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À propos…

Survolez les photos avec votre souris ou votre rat comme vous voulez

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L’Inde, la Suisse, l’Europe méridionale et le bassin méditerranéen, l’Afrique, Singapour, la Nouvelle Calédonie, puis les Amériques dont les Guyanes, l’Argentine, le Brésil…

Aujourd’hui avec épouse et fille dans le Nordeste brésilien entre Sertão et océan, avec séjours réguliers en Guyane et en France…

C’est vous dire si j’en ai vu du pays !

Mais…

Afin que vous sachiez tout de moi…

Il pleut. Ça tue un peu la chaleur. C’est agréable. La pluie et le vent lessivent la ville, la forêt. Même le fleuve et les chats commencent à se pelotonner sur les coussins confectionnés par ma femme avec amour et désinvolture. Elle fait tout ainsi.

En bas, sous l’étroit balcon tropicalement fleuri, la rue est déserte et silencieuse, pourtant il est à peine 21 heures. Ici, jusque tard dans la nuit paroles, cris, musiques, plaintes et rumeurs flottent et s’élèvent dans l’air à la moiteur sucrée, au bord du Rio Tocantins. Nous sommes dans le sud du Maranhão. Au mois de mars, à la fin du mois de mars. Dans l’atelier où j’ai branché un appareil sophistiqué balançant des compositions musicales de Wagner, les machines crépitent et sonnaillent.

Chacune veut une chemise, un chemisier de la meilleure confection et surtout des originaux, hors-série. Je parle des clientes dont le fait de se couvrir le cul de couleurs vives, tissus mâchurés ou textiles zéphirés, leur donne l’intelligence ballotte de celles s’identifiant aux actrices cathodiques pour mieux cerner l’inutilité de leur condition. C’est, vous l’aurez compris, un modeste atelier de couture, de bas étage dirons-nous pour résumer. Elles (les couseuses) sont mal payées, mais toujours souriantes, accortes, dessalées, simples, même simples d’esprit avec des culottes mercerisées qu’il faut retirer avec des mains tremblantes, mais toujours révérencieuses. Le matin, elles boivent du mauvais café, le bon étant réservé à l’exportation ; le midi et le soir se nourrissant exclusivement de riz, de haricots, de biscuits et de Coca-Cola, elles s’obèsent de concert avec la mondialisation. Mais elles n’en savent rien de rien.

Et moi, seul dans mon bureau au tacet troublé par le bruissement fritureux des ventilateurs, je me répète indéfiniment le monde peuplé de complexités parfaitement simples. En outre, les ventilateurs me donnent des crampes dans le dos et me titillent le nerf d’Arnold. Donc, seul dans ce bureau, un petit cabinet de travail mal exposé les jours (nombreux) de pluie, j’attends que le téléphone me reliant au monde se manifeste en chassant d’une main experte les quelques moustiques ayant échappé au souffle des installations rafraîchissantes. Me demandant si le fait d’écrire, ou plutôt de vouloir écrire, est la libre expression du besoin existentiel de se présumer vivant. Mettant ainsi noir sur blanc la mémoire de nos frustrations transfigurées, toutefois gratifiantes, sous peine d’insupporter notre condition au point de se révolter contre des injustices jamais empêchées. Car sans le mal, il n’y a pas de coupables, et sans transgresseurs il n’y a plus de société, plus exactement de vie sociale. Mais laissons cela aux communistes-libéraux adeptes du consumérisme et de la croissance ; de l’énergie nucléaire et des cravates blanches.

Longtemps, j’ai attendu l’appel des fous. Pourtant, je me sens sérieusement calme, serein, apaisé, benoît et même encore puis-je dire, légèrement léthéen.