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Pérou

Le Congrès avait révoqué le président Martín Vizcarra

Le nouveau président, après sept jours de chaos est centriste.

Après 24 heures sans chef d’État, les députés péruviens ont désigné le centriste Francisco Sagasti comme nouveau président de la République par intérim, le troisième en une semaine. Après sept jours d’une mobilisation massive qui s’est soldée par la mort de deux manifestants. 

Trois jours après avoir été destitué, l’ex-président péruvien Martin Vizcarra a mis en cause une nouvelle fois jeudi la légitimité du nouveau pouvoir, tandis que de nouvelles manifestations de soutien sont attendues à Lima. « La légalité est en question et la légitimité, que donne le peuple, nous la voyons dans la rue » avec les manifestations contre le nouveau président Manuel Merino, a déclaré M. Vizcarra devant le bureau du procureur où il devait être entendu dans l’affaire de corruption présumée qui lui a valu sa destitution.

Deux mois après une première tentative, le Parlement péruvien avait approuvé la destitution du président Martin Vizcarra pour « incapacité morale permanente » suite à des soupçons de corruption, à quelques mois seulement de l’élection présidentielle prévue en avril 2021.

Surnommé le “Don Quichotte” pour sa barbe, Francisco Sagasti, un novice en politique est pourtant âgé de 76 ans. Il est le petit-fils d’un héros de la guerre du Pacifique contre le Chili à la fin du XIXe et issu d’une famille originaire d’Autriche.

« Je suis très content que Sagasti soit le nouveau président, a confié un étudiant de 22 ans à la correspondante de RFI. Il a voté contre la destitution de Vizcarra qui nous a plongés dans cette grave crise politique et il n’est pas sous le coup d’une enquête pour corruption, contrairement à d’autres députés. Donc c’était la meilleure option ».

Si les revendications des derniers jours sont toujours bien présentes chez les jeunes, le choix de Francisco Sagasti comme nouveau président par intérim semble avoir apaisé les manifestants.

Peu après le vote, des manifestants sont descendus dans les rues de la capitale, tandis que d’autres ont participé à des concerts de casseroles depuis leurs fenêtres pour manifester leur colère. Des appels à manifester ont été lancés à travers tout le pays pour ce mardi, avant la désignation formelle de l’actuel président du Parlement comme président de la République par intérim.

Une première tentative de destitution par le Parlement avait échoué en septembre, seulement 32 députés avaient voté pour. L’affaire portait à ce moment-là sur l’embauche d’un chanteur par le ministère de la Culture, soupçonné d’avoir bénéficié d’un contrat de complaisance. Des enregistrements dans lesquels Martin Vizcarra demande à des témoins de mentir avaient entraîné ce vote pour demander sa destitution.

Peu après le vote, des manifestants sont descendus dans les rues de la capitale, tandis que d’autres ont participé à des concerts de casseroles depuis leurs fenêtres pour manifester leur colère. Des appels à manifester ont été lancés à travers tout le pays pour ce mardi, avant la désignation formelle de l’actuel président du Parlement comme président de la République par intérim.

Une première tentative de destitution par le Parlement avait échoué en septembre, seulement 32 députés avaient voté pour. 

Martín Alberto Vizcarra Cornejo est né le  à Lima, président de la république du Pérou du  au . vice-président en 2016.

 

Francisco Sagasti

L’affaire portait à ce moment-là sur l’embauche d’un chanteur par le ministère de la Culture, soupçonné d’avoir bénéficié d’un contrat de complaisance. Des enregistrements dans lesquels Martin Vizcarra demande à des témoins de mentir avaient entraîné ce vote pour demander sa destitution.Ce mardi, le chef du Parlement, Manuel Merino, d’Action populaire, un homme politique qui a joué un rôle crucial dans la première motion de destitution en septembre, assumera la présidence de transition. Il a autorisé un membre du Congrès (sur lequel pèsent les accusations constitutionnelles) de diffuser en séance plénière, des enregistrements de conversations du président et de son entourage sur l’embauche irrégulière d’un ami de Vizcarra en tant que consultant pour le ministère de la Culture.

À l’issue de ce nouveau vote, le porte-parole d’Union pour le Pérou, l’un des partis à l’origine de la procédure de destitution, a salué la décision du Parlement au nom de la lutte contre la corruption. Mais au sein de la population, cette destitution a suscité de vives réactions alors que près de 80 % des Péruviens y étaient opposés, selon notamment un sondage Ipsos-Peru d’octobre 2020.

Manifestations à Lima

Le politicien fait face à plusieurs enquêtes pour paiements irréguliers alors qu’il était gouverneur régional. Le Congrès du Pérou a donc limogé le président, Martín Vizcarra après deux ans et huit mois de mandat. La motion de censure pour « incapacité morale permanente » a été lancée après que le président a fait l’objet d’une enquête pour avoir reçu des pots-de-vin en échange de contrats de travaux publics entre 2013 et 2014, alors qu’il était gouverneur de Moquegua, dans le Sud du pays.

Quelques minutes après la décision du Congrès, les caceroladas se sont succédées dans les quartiers bourgeois de Jesús María, Barranco, Chorrillos et Miraflores à Lima, et le chef du Parti pourpre (pro-Viszcarra), Julio Guzmán, a appelé à manifester sur la Plaza San Martín, l’une des principales de la capitale.

Une centaine de personnes sont arrivées dans la nuit de lundi à la Plaza de Armas à Lima pour protester contre la décision du Parlement. Un sit-in a également été convoqué ce mardi après-midi dans les environs du Congrès, une demi-heure avant le début de la session au cours de laquelle Merino sera assermenté, mais le Parlement vient de reporter l’heure à dix heures du matin. Dans la ville de Trujillo, sur la côte nord, un autre groupe de citoyens s’est réuni avec des panneaux indiquant « La démocratie se défend » et « Coup d’État », selon la station Radioprogramas. À Huancayo, dans les hauts plateaux du centre, quelque 200 personnes ont également manifesté.

Deux heures après le vote, le chef de l’État, accompagné de ses ministres, a déclaré qu’il n’entamerait aucune action en justice contre son éviction. « L’histoire et le peuple péruvien jugeront les décisions que chacun prendra. Dans l’hémicycle, ce n’est pas la raison, mais le nombre de voix qui a été imposé : les représentants du peuple ont apparemment oublié qui ils représentent. Ils ne m’ont pas écouté, ou s’ils l’ont fait, ils ne m’ont pas compris. Malgré les conseils de nombreuses personnes, j’ai décidé de ne pas m’opposer légalement à cette décision du Congrès péruvien que je désapprouve et dont nous connaîtrons un jour les vraies motivations. Je ne veux pas que l’on croie que ma volonté de service du peuple péruvien n’ait été que le désir d’exercer le pouvoir. Je quitte le palais du gouvernement la tête haute comme lorsque j’y suis entré il y a 18 mois », a-t-il ajouté.

La proposition de destituer le président a été présentée le 20 octobre par 27 membres du Congrès après que la presse eut publié des témoignages de personnes souhaitant collaborer avec le parquet sur le versement présumé de pots-de-vin à Vizcarra par l’entreprise de construction Obrainsa et son partenaire italien Astaldi, en échange de l’attribution d’un ouvrage d’irrigation appelé Lomas de Ilo. Selon les éléments de preuve fournis par l’accusation, le montant était d’environ 281 000 dollars.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnalités politiques ont également réagi, à l’instar de l’ex-Premier ministre Pedro Cateriano qui a dénoncé « un coup d’État » ou de la candidate de la gauche à la présidentielle Veronica Mendoza, qui a fustigé une décision « honteuse et indigne » du Parlement. De son côté, le chef du parti Morado, Julio Guzman, a accusé les partis à l’origine de la procédure de destitution d’avoir négocié des postes au sein du prochain gouvernement.

L’archevêque de Lima, Carlos Castillo, a lui demandé aux parlementaires de revenir sur leur décision, en raison de la grave crise économique et sanitaire que traverse le pays sud-américain, l’un des plus touchés par la pandémie de covid-19, avec plus de 920 000 infections et près de 39 000 morts. De plus, le ministère de la Santé a indiqué un cas de diphtérie chez une fillette de 5 ans à Lima. Elle est décédée le 30 octobre 2020 d’un arrêt cardiaque à l’hôpital Dos de Mayo après quatre jours d’hospitalisation.