Venezuela : les faits rien que les faits

Où en est-on ?

On entend beaucoup de choses en France et ailleurs sur la situation au Venezuela. Mais il y a pas mal d’approximations et quelques intoxes notamment répandues avec une impudeur stupéfiante par Jean-Luc Mélenchon ou François Ruffin en France et par le Mouvement 5 étoiles en Italie. Qu’en est-il exactement ?

 Hugo Chávez a-t-il été élu légitimement en 1998 ? oui.

A-t-il été vraiment de gauche et progressiste ? oui

A-t-il eu une véritable politique sociale : oui

Était-il démagogue ? Naturellement

Son bilan : Il a tiré des millions de familles vénézuéliennes de la misère la plus extrême notamment dans les grandes villes tout en respectant la liberté des médias. Sur le plan économique, sans doute grisé par la manne pétrolière, il n’a pas su diversifier les investissements économiques à une époque où le pays était prospère. Son clan a détourné des millions de dollars américains et sa fille détient la première fortune du pays.

 Nicolás Maduro, (56 ans) qui était-il ? Ministre des Affaires étrangères de Chavez et vice-président, fils de syndicaliste, syndicaliste lui-même, formé idéologiquement à Cuba. Il a mené une politique tournée vers la Russie de Poutine, la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Assad. Dès son entrée en politique, il a la réputation d’être bas du front, misogyne et homophobe. En 2012, il traite un opposant de « gros PD ! ». Un peu plus tard, il accuse les « ennemis historiques » du Venezuela d’avoir inoculé le cancer à H. Chávez et assure qu’il le prouvera. On attend toujours. Déjà à cette époque, des fidèles de Chávez se méfient de lui…

Nicolás Maduro a-t-il été élu légitimement en avril 2013 ? Oui, avec un score bien inférieur à ce qu’il pouvait espérer au vu de la plupart des sondages, soit 50,61 %

Raisons de la crise économique ? Tout d’abord, il est vrai que la chute des cours du pétrole a littéralement plombé l’économie vénézuélienne. Mais pas que. La corruption ruine totalement les finances de l’État et l’absence de plan économique achève de détruire la qualité de vie quotidienne des citoyens qui jusqu’à un passé récent était tout à fait convenable à l’achelle du sous-continent américain. Alors que Chávez avait misé sur l’éducation, 50 % des enfants ne sont plus scolarisés à partir de 2017/2018…

Témoignage du général chaviste dissident Clíver Alcalá : « Maduro est tellement irresponsable qu’il ne s’intéresse absolument pas au pays ou à sa souveraineté. Il ne s’intéresse qu’aux richesses qu’il peut piller ».

 Nicolás Maduro est-il aujourd’hui légitime ? Non.

Il n’a pas été élu dans les règles. Le scrutin a été truqué. Les spécialistes parlent notamment d’une fraude qui aurait touché au minimum 1,4 million de bulletins favorables à Nicolás Maduro. Les morts ont voté dans certains secteurs, des machines à voter n’ont pas ou mal fonctionné. Surtout, plusieurs partis ont été empêchés de participer. Le seul candidat autorisé était un dissident chaviste. Par ailleurs, N. Maduro a promis des « récompenses » à celles et ceux qui iront voter et surtout qui adhéreront à son parti (le PSUV – Parti socialiste unifié du Venezuela). Il a refusé de prêter serment devant l’Assemblée nationale comme le dit la Constitution. Il l’a fait devant le tribunal supérieur et une assemblée constituante à sa botte. De 2012 à aujourd’hui, le clan Maduro et les hauts gradés de l’armée s’en mettent plein les poches et alimentent de nombreux comptes aux États-Unis et dans les principaux paradis fiscaux. Les deux neveux du président sont en taule aux USA pour trafics de drogues ! Des diplomates, des magistrats et certains généraux se cachent au Brésil, en Colombie ou en Floride dont la procureure générale Luisa Ortega Diaz pourtant une proche conseillère et une fidèle de Chávez.

Qui est Juan Guaidò ? 35 ans, il est au parti Volonté populaire, membre de l’Internationale Socialiste qui se réclame de la sociale démocratie progressiste. Il est président de l’Assemblée nationale depuis le 5 janvier 2019. Il vit dans un quartier modeste dans un immeuble collectif avec son épouse (diplômée en communication) et leur fille. Il est ingénieur issu de la classe moyenne. Il est originaire de l’État de Vargas, dans lequel a lieu en 1999 une catastrophe naturelle à laquelle il a survécu.

Dès son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, il affirme ne pas reconnaître Nicolás Maduro comme président et l’appelle à transférer les pouvoirs exécutifs à l’Assemblée.

Juan Guaidò est-il légitime ? Oui, mais…

Pourquoi ? On serait tenté de dire qu’il l’est parce que… Nicolás Maduro ne l’est pas ! Plus sérieusement, la Constitution l’autorise à assumer la conduite d’un gouvernement de transition.

Constitutionnellement : L’article 233 dit qu’en cas de vacance du pouvoir, l’exercice de l’exécutif revient au président de l’Assemblée Nationale, à titre provisoire, le temps que de nouvelles élections présidentielles soient organisées. Il y a vacance du pouvoir à partir du moment où Nicolás Maduro a truqué les élections de 2018 et où il n’a pas prêté serment dans les règles à savoir devant ladite AN.

Du coup les soutiens de J. Guaidò affirment : « Juan Guaidò ne s’est donc pas auto-proclamé, il a tout simplement prêté serment, en tant que personne en charge du Venezuela ».

 Le pétrole dans tout ça ? C’est le nerf de la guerre. Naturellement les États-Unis visent les réserves pétrolières du Venezuela et se fichent bien du rétablissement de la démocratie tout comme la Russie de Poutine et l’Iran.

Le Brésil a une position plus idéologique en soutenant Nicolás Maduro tout comme l’Italie et la Turquie. L’Europe n’a pas su parler d’une même voix. La France, qui ne pèse pas en Amérique latine malgré une certaine aura soutient Guaidò : La France reconnaît Juan Guaidò comme président en charge pour mettre en œuvre un processus électoral. Nous soutenons le Groupe de contact, créé avec l’UE, dans cette période de transition, a déclaré E. Macron. L’Uruguay et le Mexique (qui n’avaient pas envoyé de représentants à la cérémonie d’investiture de Nicolás Maduro en avril dernier, mais qui ne soutiennent pas officiellement Juan Guaidò) s’alignent sur l’ONU : neutralité et dialogue.

D’ailleurs, aujourd’hui jeudi (07/01), Montevideo accueille une réunion internationale sur la crise au Venezuela. Ce sommet rassemble l’Union européenne et cinq pays régionaux : l’Uruguay, le Mexique, le Costa Rica, l’Equateur et la Bolivie.

L’aide humanitaire ne vient pas. L’aide humanitaire pour le Venezuela s’organise en Colombie où sont arrivées trente tonnes d’aliments et de médicaments. Mais elles sont bloquées à la frontière à Cucuta. Maduro n’en veut pas…