Le drame des enfants de migrants seuls et désemparés à la frontière entre les États-Unis et le Mexique

 

The Guardian raconte la situation extrêmement difficile des migrants venant d’autres pays notamment d’Amérique centrale et obligés de rester au Mexique en ayant enquêté sur le meurtre de deux enfants. Ed Vulliamy, depuis Tijuana, écrit dans l’édition US du journal : « Les décès montrent la vulnérabilité des migrants contraints de rester au Mexique en vertu de la nouvelle politique américaine en matière de demandeurs d’asile ».

 Le journaliste raconte le drame de trois adolescents membres de la caravane de migrants venue du Honduras. Glaçant !

 Un samedi après-midi de décembre, les trois garçons décident de sortir du centre provisoire YMCA pour des enfants migrants non accompagnés à Tijuana. Ils vont en ville se rendre dans un camp de migrants (un ancien centre sportif) pour tout simplement rendre visite à des personnes qu’ils avaient rencontrées dans le nord du pays issues d’une caravane venant d’autres pays d’Amérique centrale. Deux d’entre eux ne sont jamais revenus : les corps de Jasson Ricardo Acuña Polanco et de Jorge Alexander Ruiz Duban, âgés de 16 et 17 ans, ont été retrouvés le lendemain matin. Le journaliste précise que, très rapidement, trois personnes ont été arrêtées.

« Les garçons ont été piégés, enlevés, torturés et tués ; le survivant s’est échappé avec des blessures à la gorge suite à une tentative d’étranglement et reste gravement traumatisé », explique Ed Vulliamy. Pour lui, « Ce meurtre horrible met brutalement en lumière la vulnérabilité des migrants contraints de rester au Mexique dans le cadre de la nouvelle politique américaine en matière de demandeurs d’asile.

Lors d’une visite récente à Tijuana, Pressia Arifin Cabo, représentante adjointe de l’Unicef au Mexique, a déclaré que les enfants de migrants devaient être protégés du danger des deux côtés de la frontière. « La migration n’est pas un crime et beaucoup de ces adolescents et enfants voyagent seuls, ne sachant pas quoi faire », a-t-elle dit.

Ed Vulliamy a enquêté sur la base du témoignage de l’enfant survivant et de membres du personnel du centre YMCA : « Ils [les trois adolescents] étaient avec nous depuis deux ou trois semaines », a déclaré Uriel González, qui gère quatre abris du YMCA pour enfants migrants non accompagnés le long de la frontière. Selon González, une femme les a attirés dans une maison située près du centre-ville avec la promesse de rapports sexuels et d’argent. Finalement, « elle les a emmenés dans une maison et ils n’ont pas été autorisés à en ressortir. C’est alors qu’ils ont compris qu’ils avaient été kidnappés ».

Le motif initial semble avoir été le vol, mais lorsqu’il est devenu évident que les garçons n’avaient pas d’argent, les ravisseurs ont décidé d’extorquer de l’argent à leurs proches du Centre YMCA, puis ont commencé à les torturer. Les jeunes Honduriens ont été attachés à des chaises, nus, et torturés avec des ciseaux. Deux des garçons ont été assassinés, mais Lázaro [son prénom a été changé] s’est échappé et a retrouvé son chemin jusqu’au Centre, a déclaré González. Les corps d’Acuña et de Ruiz ont été jetés la nuit même près d’une école située à proximité.

La femme et deux hommes ont été arrêtés et accusés d’enlèvement et de meurtre. Par un étrange concours de circonstances, les policiers ont demandé à Lázaro de retracer leur itinéraire, et, en le parcourant, ils ont retrouvé la femme sur le même chemin. Elle se livrait exactement à la même arnaque. C’est elle qui a dénoncé les deux hommes.

Xénophobie, misère et drogue

Les militants locaux des droits de l’homme ont lié ce double meurtre à une hostilité croissante à l’égard des Centraméricains à Tijuana depuis l’arrivée des caravanes de migrants l’année dernière.

 « Il est difficile de ne pas penser qu’un climat de xénophobie favorisé par les institutions de l’État ne soit pas un terrain fertile pour ce type d’action », a déclaré la présidente de la Commission des droits de l’homme de Basse-Californie, Melba Adriana Olvera. À propos des coupables, le procureur local a déclaré : « Ce sont de petits trafiquants de drogue qui travaillent dans la rue, eux-mêmes intoxiqués. Ces meurtres terribles illustrent la décomposition sociale que nous voyons à Tijuana (…) [Cette affaire] a attiré l’attention parce que « les victimes venaient de la caravane. S’ils ne l’avaient pas été, personne ne le saurait. Ils ne seraient probablement que deux autres victimes des meurtres à Tijuana » a ajouté le procureur Álvarez.

Les autorités locales disent que Lázaro, l’adolescent survivant, devra témoigner, mais après cela, rien ne garantit que le garçon obtienne l’asile aux États-Unis. Et s’il reste au Mexique, il est en danger de mort.

Deux membres du congrès californien, Nanette Barragán et Jimmy Gómez, se sont rendus à Tijuana pour se joindre à une manifestation contre le refus des autorités américaines d’autoriser les demandeurs d’asile à faire leurs dossiers, conformément au droit international et américain.

Après avoir attendu toute la nuit au passage, ils ont finalement accompagné 20 migrants, dont 8 mineurs. Il devait y en avoir neuf — Lázaro figurait également sur la liste.

 « Il devrait être aux États-Unis maintenant pour traiter sa demande d’asile », a déclaré González. « Au lieu de cela, il est ici, traumatisé, attendant sa chance de vivre ce cauchemar ».