Venezuela: Un colonel exhorte ses collègues à mettre fin au massacre ordonné par Maduro

Le colonel José Luis Silva Silva, attaché militaire du Venezuela à Washington (et qui a reconnu en janvier Juan Guaidó comme président légitime), a envoyé un courrier électronique aux officiers militaires les plus influents de son pays pour les exhorter à mettre fin « au bain de sang ordonné par le régime de Nicolás Maduro ».

« Frères d’armes, il nous appartient de mettre un terme à ce carnage et de reconnaître le gouvernement légitime du président Juan Guaidó (…). Ce n’est pas le moment de douter, c’est le moment de dire NON à ce Narcoestado (État narco-trafiquant) dirigé par Maduro et le haut commandement militaires rendus ivres par le pouvoir ». Il fait appel à la conscience des militaires pour ne plus « massacrer notre peuple.

(Capture d’écran d’une vidéo diffusée dans les médias)

Le message a été envoyé un jour après que Maduro ait ordonné à des bandes paramilitaires et à des éléments de la Garde nationale de réprimer violemment les efforts menés par Guaidó pour acheminer une aide humanitaire au Venezuela.

Les groupes paramilitaires, appelés collectifs au Venezuela, ont tiré des armes à feu sur les manifestants, alors que des agents de la Garde nationale les réprimaient avec des plombs et des gaz lacrymogènes.

Dans son message aux officiers, le colonel a déclaré qu’il est conscient de la peur que ressentent les militaires de l’armée bolivarienne, car ils risquent d’être emmenés à tout moment vers les cachots de la Direction générale du contre-espionnage militaire. Mais il a insisté sur le fait que le pays avait besoin d’eux à ce stade pour défendre un peuple innocent contre les intentions criminelles du régime.

 « Est-ce que nous sommes stupides, apatrides ou aveugles, que nous ne voyons pas qu’il existe des groupes au sein d’unités non militaires de maintien de l’ordre qui ne sont pas là pour réprimer, mais pour tuer ? Est-ce que ça ne vous fait pas mal d’être complice en prenant la vie d’une personne qui est un père, une mère, un conjoint ou un enfant de quelqu’un ? Pendant un instant, pensez que c’est votre famille qu’ils ont tuée et vous verrez le vide et la douleur dans votre cœur », a-t-il encore écrit.

Par ailleurs, à la frontière brésilienne (fermée) huit militaires ont fuit. « Nous ne voulons pas rester dans l’histoire comme des assassins, c’est pour ça que nous avons fui », a affirmé le sergent Moreno Peñaloza aux journalistes. Les quatre sergents & quatre soldats ont lancé un appel à la désertion « contre la tyrannie de Nicolas Maduro ».

Au total il y aurait eu environ 160 défections depuis samedi (23/02) dans les rangs de l’armée bolivarienne et dans ceux des forces spéciales. Tous ces militaires ont trouvé refuge en Colombie.

Christian Krüger, directeur du service de migrations de la Colombie, a précisé que des sauf-conduits temporaires avaient été octroyés aux déserteurs, pendant que leurs cas sont examinés pour savoir qui ils sont et connaître « la raison pour laquelle chacun demande refuge ».

Le Groupe de Lima en réunion à Bogota

Le Groupe de Lima, a entamé lundi à Bogota une réunion cruciale pour trouver une issue à la crise au Venezuela, à laquelle participent l’opposant Juan Guaidò et le vice-président américain Mike Pence.

« Nous avons réaffirmé à plusieurs reprises notre engagement envers la transition démocratique et le rétablissement de l’ordre constitutionnel au Venezuela », a déclaré le chef de la diplomatie, Carlos Holmes Trujillo. « Au sein du Groupe de Lima, nous luttons pour que cette solution soit de forme pacifique », a également affirmé le vice-ministre des Affaires étrangères du Pérou, Hugo de Zela.

Hugo de Zela a ajouté : « Le moment est venu d’adopter davantage de mesures pour isoler le régime ; des mesures plus claires qui amplifient la pression, et nous sommes disposés à assumer des positions plus catégoriques, à agir sur le plan politique, sur le plan financier ».

Le Groupe de Lima, créé en 2017 est composé de 13 pays latino-américaines et du Canada. Il s’est donné pour objectif de parvenir à une issue pacifique et démocratique à la crise dans laquelle s’enfonce le Venezuela. Il n’a pas reconnu le deuxième mandat de Maduro, entamé le 10 janvier. L’Uruguay et le Mexique n’en font pas partie. Ces deux pays veulent rester neutres et se sont à plusieurs reprises proposés comme médiateurs entre Juan Guaidò et Nicolás Maduro.