Brésil

L’IBAMA accuse

« Le pire des incendies de forêt est à venir » alors que le Brésil prétend que la crise est sous contrôle

 Un expert met en garde : La saison des feux annuels n’a pas encore pleinement joué

Il demande des mesures urgentes

 Les incendies qui font rage en Amazonie brésilienne vont probablement s’intensifier au cours des prochaines semaines, a prévenu un expert en environnement, même si le gouvernement prétend que la situation est sous contrôle.

Environ 80 000 foyers ont été détectés au Brésil cette année — plus de la moitié dans la région amazonienne. Le président d’extrême droite Jair Bolsonaro a affirmé que la situation était en train de « revenir à la normale ». C’est malheureusement totalement faux selon les spécialistes.

Dans un article paru mercredi dans le journal brésilien O Globo, un éminent expert a averti que la saison sèche annuelle, favorable aux incendies en Amazonie, n’a pas encore atteint son apogée.

« Le pire de l’incendie reste à venir », a écrit Tasso Azevedo, ingénieur forestier et environnementaliste, qui coordonne le groupe de surveillance de la déforestation MapBiomas.

Le scientifique a déclaré que bon nombre des zones actuellement dévorées par les flammes étaient des étendues de la forêt amazonienne qui avaient été détruites aux mois d’avril, mai et juin. Mais les zones déboisées en juillet et en août n’ont toujours pas été incendiées. Et elles le seront.

L’Amazonie brésilienne a perdu 1 114,8 km2 (une superficie équivalente à celle de Hong Kong) au cours des 26 premiers jours d’août, selon les données provisoires fournies par l’agence de surveillance par satellite du gouvernement.

Azevedo écrit : « Ce que nous vivons est une véritable crise qui pourrait devenir une tragédie annoncée par des incendies beaucoup plus importants que ceux que nous voyons maintenant s’ils ne sont pas immédiatement arrêtés ».

Il a appelé à des mesures urgentes, dont l’interdiction des incendies délibérés en Amazonie jusqu’à la fin du mois d’octobre, au moins, lorsque la saison sèche se terminera. Mesure qui n’a toujours pas été prise !

Cet avertissement est intervenu après que plus de 400 membres de l’agence brésilienne pour l’environnement, Ibama, aient publié une lettre accablante sur l’état de la protection de l’environnement sous Bolsonaro.

Dans la lettre au président d’Ibama, Eduardo Bim et les autres fonctionnaires ont déclaré qu’ils estimaient qu’il était de leur devoir d’exprimer publiquement leur « immense préoccupation » au sujet de la direction prise par la protection de l’environnement.

« Les taux de destruction de la forêt amazonienne ne seront pas réduits à moins qu’une position ferme soit prise contre les crimes environnementaux », ont-ils écrit.

Les employés de l’Ibama accusent l’administration de Bolsonaro d’avoir paralysé l’organisme même qui devrait lutter contre la déforestation illégale et donner le feu vert aux criminels de l’environnement.

Oui ! Bolsonaro a menti et ment toujours !

Mercredi, Reuters a rapporté que, malgré la flambée de la déforestation, une équipe d’élite d’Ibama — appelée Grupo Especializado de Fiscalização ou Groupe d’Inspection Spécialisée — n’avait toujours pas été déployée en Amazonie. Elle ne l’a d’ailleurs jamais été depuis que Bolsonaro est au pouvoir !

IBAMA : L’Instituto Brasileiro do Meio Ambiente e dos Recursos Naturais Renováveis (Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables, IBAMA) est une autorité fédérale brésilienne dépendante du Ministère de l’Environnement.

C’est en quelque sorte la police de l’environnement et des forêts avec normalement d’importants moyens d’intervention, de répression et de justice. Bolsonaro a réduit de 95 % son budget. Quand le président Macron et l’ONU disent que Bolsonaro a menti et ment toujours, ils ont raison.

Outre son impact écologique direct, la situation est dramatique pour la faune et la flore locales. En Amazonie, rien n’est adapté pour les incendies, explique auprès de National Geographic William Magnusson, un chercheur spécialisé dans la biodiversité, en poste au National Institute of Amazonian Research (INPA) de Manaus.

En ce qui concerne les animaux, Mazeika Sullivan, professeur associé à l’université de l’Ohio, interrogé également par le magazine américain, dresse un tableau pessimiste en ce qui concerne la faune. Il s’agit d’un coup important porté dans un court terme, commence-t-il. 

Si les impacts à court terme semblent connus, ceux à long terme pourraient bien être encore plus dévastateurs. En effet, les incendies devraient altérer en profondeur l’écosystème des zones touchées. Toujours selon National Geographic, la canopée amazonienne empêchait jusque-là les rayons du soleil d’atteindre le sol de la forêt, ce n’est désormais plus le cas. Ainsi, la température au sol devrait augmenter et perturber le développement de la vie tel qu’il était auparavant. 

Lors d’une réunion avec le président, les neuf gouverneurs de l’Amazonie lui ont signifié qu’ils ne pouvaient pas s’offrir le luxe de refuser l’aide internationale. De leur côté, les maires ont lancé une démarche auprès des ambassadeurs des pays du G7 pour bénéficier localement de l’aide financière proposée. Lire par ailleurs ici sur ce site