ONU : Bolsonaro sera bien privé de discours lors du sommet sur le changement climatique

Mais il devrait parler lors de l’ouverture de l’Assemblée générale

Pendant ce temps le ministre brésilien de l’Environnement est très attentif aux revendications des… orpailleurs !

L’Assemblée générale de l’ONU, qui va s’ouvrir le mardi 24 septembre, aura pour thème principal la lutte contre le changement climatique. L’organisation internationale a mis son veto  à tout discours du président brésilien Jair Bolsonaro lors du sommet sur le climat de la veille (lundi 23).

Sur les réseaux sociaux, les Brésiliens se réjouissent ironiquement : « Cela évitera une honte de plus au Brésil ! ».

Par contre, un mois après avoir été critiqué par l’ensemble de la communauté internationale sur sa gestion environnementale, le président d’extrême droite Jair Bolsonaro sera l’un des premiers chefs d’État à prononcer un discours à l’ouverture de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) le mardi. Et là, ses opposants au pays craignent le pire. Il est vrai que ses prestations sont généralement lamentables. Peu de vocabulaire, aucune ligne directrice et par-dessus le marché, Bolsonaro n’a aucun talent oratoire.

 « Le Brésil n’a présenté aucun plan renforçant son engagement pour le climat », a justifié Luiz Alfonso de Alba, envoyé spécial du secrétariat général de l’ONU.

Plus de 200 fonds d’investissement appellent à des mesures fortes

Entre janvier et la troisième semaine d’août, le Brésil a enregistré un total de 71 497 incendies, le plus grand nombre au cours de la même période au cours des sept dernières années et un peu plus de la moitié dans la plus grande forêt pluviale du monde. « Compte tenu de l’augmentation des taux de déforestation et des récents incendies en Amazonie, nous craignons que les entreprises exposées à une éventuelle déforestation dans leurs opérations et leurs chaînes d’approvisionnement au Brésil aient de plus en plus de difficultés à accéder aux marchés internationaux », indique la note conjointe des 230 fonds d’investissement.

Ils rejoignent d’autres sociétés et fonds d’investissement ayant déjà réagi ces dernières semaines contre la politique environnementale du président Jair Bolsonaro. Le président a minimisé les changements climatiques et la déforestation illégale, tout en rejetant les critiques de pays tels que la France et l’Allemagne. Sans un plan ambitieux de lutte contre le changement climatique, le président ne sera même pas en mesure de prendre la parole lors du sommet de l’ONU la semaine prochaine. L’Organisation avait demandé aux pays de soumettre un plan contenant leurs engagements en matière de climat et avait sélectionné les 63 discours les plus inspirants. Le Brésil ne figurait pas sur cette liste, tout comme les États-Unis. (Lire également ailleurs sur ce site)

Campagne de boycott

La crise environnementale brésilienne est devenue un coup porté à l’image internationale du pays. Il y a un peu moins de deux semaines, le géant de la mode H & M a annoncé la suspension immédiate de l’achat de cuir brésilien.

Le Brésil subit une campagne de boycott de ses produits, promue par des entreprises internationales dont la clientèle est de plus en plus préoccupée par le changement climatique. Outre H & M, les sociétés VFcorp, Vans et The North Face ont également annoncé qu’elles cesseraient d’acheter du cuir brésilien.

Les incendies se poursuivent

Les incendies se poursuivent, selon les chiffres de l’INPE cités par le quotidien Estadão qui site Ricardo Abad, expert à l’institut Socioambiental, ONG de défense de l’environnement : « En vérité, il y a une grande part d’improvisation et on ne sait pas vraiment ce qu’il se passe en détail ».

Les orpailleurs entendus & écoutés par le gouvernement

Selon El Paìs, contrairement au discours officiel de défense de l’environnement, le gouvernement a rencontré la semaine dernière un groupe de représentants d’orpailleurs mécontents des opérations des agences officielles contre la déforestation dans des zones de la forêt nationale de Crepori, dans l’État du Pará. « Les très nombreux poids lourds du gouvernement, dont le numéro 2 Onyx Lorenzoni (ministre de la Casa civil – sorte de secrétaire général et de Premier ministre) et le ministre de l’Environnement Ricardo Salles, ont promis dans un communiqué de chercher une solution structurée et à long terme aux demandes des orpailleurs ». Ce qui, évidemment, n’est pas de bon augure, c’est le moins que l’on puisse dire.

Surtout que le gouvernement semble ne plus faire la différence entre les prospecteurs légaux et les clandestins au grand damne des ONG et des agences gouvernementales de l’environnement.

Le gouvernement facilite la déforestation en voulant sanctionner les agents qui sont payés pour lutter contre !

Le groupe a été reçu à Brasília, le lundi 16 septembre, après avoir bloqué le tronçon de la route fédérale BR-163. Ils protestaient contre les agissements des inspecteurs de l’Institut brésilien de l’environnement (IBAMA), de l’Institut Chico Mendes (ICMbio) et des agents de la police fédérale !

Normalement, contre la déforestation illégale par les prospecteurs, les fédéraux et les agents de l’IBAMA détruisent les pelleteuses et les machines utilisées par les envahisseurs. C’est tout à fait légal (comme en Guyane française d’ailleurs).

Désormais, les orpailleurs n’ont pas hésité à demander que les fonctionnaires soient… sanctionnés !

Et le sinistre ministre de l’Environnement de demander sur le champ une enquête contre les agents de l’IBAMA et de la PF !

Le Brésil préoccupe l’ONU

Les incendies de forêt en Amazonie sont une source de préoccupation pour l’ONU, « à la fois par les dégâts immédiats qu’ils causent et par le fait que la sauvegarde des forêts est essentielle dans la lutte contre le changement climatique », a précisé le bureau du porte-parole du Secrétaire général de l’ONU.

Par ailleurs, l’Organisation mondiale météorologique (OMM), images de la NASA à l’appui, a indiqué que de la fumée s’étendait sur plusieurs États du Brésil. « Les feux libèrent des éléments polluants, dont des particules fines et des gaz nocifs comme le CO2 et des oxydes d’azotes dans l’atmosphère », a indiqué l’agence onusienne sur Twitter (voir également sur le site de l’ONU).

« La déforestation est à l’origine d’environ 10 % des émissions de gaz à effet de serre induites par l’homme », ont rappelé les experts de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) sur Twitter.

« Les feux de forêt en Amazonie nous rappellent tristement combien la vie sur terre dépend des arbres », a pour sa part déclaré la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) sur Twitter.

« Dans le contexte de la crise climatique mondiale, nous ne pouvons pas nous permettre d’endommager davantage une source majeure d’oxygène et de biodiversité », a prévenu António Guterres. « L’Amazonie doit être protégée », a-t-il souligné.

Côté brésilien, le quotidien Estadão rapportait ce matin (dimanche 22/09) les propos de Ricardo Salles : « le Brésil démentira les propos erronés répétés ici et là… »

Il se trouve aux États-Unis depuis jeudi, où il a rencontré des investisseurs et des responsables locaux. Le ministre a notamment déclaré que le Brésil souhaitait fournir à la communauté internationale des éclaircissements sur ce qui se passait réellement au Brésil sur la question environnementale (en particulier en Amazonie) et améliorer les possibilités d’investissement dans l’environnement.

Le chef Roani proposé pour le prix Nobel de la paix

Un groupe d’anthropologues et d’écologistes brésiliens a proposé la candidature du chef Raoni Metuktire de la tribu des Kayapó pour le prix Nobel de la paix qui sera attribué le 11 octobre à Oslo.

 Le chef Raoni Metuktire, 89 ans, a repris cette année son bâton de pèlerin pour dénoncer l’accélération de la déforestation qu’il attribue à la politique du nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro. Selon eux (les membres de ce groupe), Raoni « mérite d’être couronné pour le combat qu’il mène depuis des décennies en faveur de la protection de l’une des plus grandes forêts tropicales de la planète ».

« Je suis très préoccupé par ce que Jair Bolsonaro dit. Il incite à détruire l’Amazonie et soutient l’extractivisme minier, le commerce du bois et l’expansion des plantations de soja », disait-il dans une interview publiée au début du mois de septembre dans le quotidien français Libération.

Dans un communiqué, la Fondation Darcy Ribeiro précise avoir écrit à Emmanuel Macron pour lui demander d’appuyer la candidature. Le président français a rencontré Raoni à deux reprises cette année.

« Le chef Raoni est un symbole vivant de la lutte pour la protection de la nature et des droits des communautés indigènes en Amazonie », a déclaré samedi 14 septembre à l’agence Reuters un porte-parole de la Fondation Toni Lotar. « Il est respecté dans le monde entier pour avoir consacré sa vie à la survie de notre planète, si menacée par le changement climatique ».