Haïti : fusillade au Sénat à Port-au-Prince, deux blessés, dont un journaliste

Le président de la République, Jovenel Moïse, a annulé son voyage officiel aux Nations unies

 

La confusion régnait lundi puis dans la nuit de lundi à mardi à Port-au-Prince. Le président haïtien Jovenel Moise avait convoqué une séance au Sénat pour que la plus haute chambre du pays ratifie son choix de nommer Fritz William Michel au poste de Premier ministre. Selon les premières informations, des tirs ont retenti dans l’enceinte du Palais législatif alors qu’au même moment un attroupement se formait à ses abords.

C’est un sénateur, Ralph Fethiere, qui aurait tiré par accident, selon Patrice Dumont, un autre sénateur, interrogé par la radio locale Vision 2000. Deux personnes au moins auraient été blessées : un membre de la sécurité du Sénat et un photojournaliste, Dieu Nalio Chéry. On ne connaît toujours pas ce mardi matin leur état de santé.

Le sénateur Jean-Marie Ralph Fethière, élu du parti au pouvoir, a expliqué avoir agi pour se défendre face à ces manifestants de l’opposition qui avaient fait irruption dans l’enceinte du palais Sénat pour empêcher la tenue de la séance. « Je me suis défendu. La légitime défense est un droit sacré », a déclaré M. Fethière à un média haïtien, en ajoutant qu’il ignorait qu’un journaliste ait été touché, selon Haïti24.

Des manifestants étaient présents lundi dès sept heures du matin aux abords du Sénat. Des heurts ont eu lieu toute la journée.

Dans une entrevue accordée à Haïti 24, le sénateur Jacques Sauveur Jean a qualifié de condamnables les actes perpétrés au Sénat de la république, ce lundi. Le parlementaire estime que ce nouvel avortement de la séance de ratification du Premier ministre nommé, Fritz William Michel, « ne fait qu’empirer la situation sociopolitique du pays ». L’élu du Nord-Est conseille à ses collègues de « faire preuve de compréhension et d’œuvrer en vue de sortir le pays de l’impasse ».

L’incident s’est déroulé alors que devant le palais législatif une foule se rassemblait pour dénoncer « le passage en force que tentait de réaliser le président Jovenel Moise ». Des manifestants de l’opposition ont alors réussi à pénétrer dans l’enceinte du Parlement, et ont vandalisé des locaux, couvrant notamment des murs et des sièges de matières fécales.

Le président avait convoqué à la dernière minute une séance au sénat pour que la chambre haute du pays donne son aval à la nomination de Fritz William Michel, dernière étape à franchir pour que ce choix soit officiel.

Le président du Sénat de la République, Carl Murat Cantave, aurait décidé cette fois de faire tenir la séance dans les locaux de l’Académie de police sur la Route de Frères. Pour l’heure, des sénateurs de l’opposition accompagnés de quelques militants montent la garde devant l’Académie pour empêcher cette éventualité.

Jovenel Moise avait décidé de reporter à mardi son départ pour New York où il doit assister à l’Assemblée générale de l’ONU, car il souhaitait quitter Port-au-Prince avec un gouvernement enfin installé. Ce qui ne sera donc pas le cas. C’est le ministre des Affaires étrangères, Bocchit Edmond, déjà à New York depuis la fin de la semaine dernière, qui le représente à l’ouverture de l’Assemblée générale aujourd’hui mardi.

En province, des commerces et bâtiments appartenant à des sénateurs ont été vandalisés. Dans la capitale, des barricades ont été dressées et au moins deux véhicules ont été incendiés, également plusieurs commerces pillés. Les heures à venir s’annoncent agitées en Haïti. Combien de temps ce petit pays trop souvent ravagé par des catastrophes naturelles et la corruption va-t-il encore tenir ?

Mise à jour le 25 septembre 2019 à 12:24 (17:24 à Paris)

Le président haïtien Jovenel Moïse sort de son mutisme face aux violences

C’est en pleine nuit que l’allocution à la nation de Jovenel Moïse a été diffusée à la télévision haïtienne. Il a fallu attendre 2 heures du matin ce mercredi pour suivre à la télévision d’État le message, pourtant pré-enregistré, du président haïtien.

Une quinzaine de minutes en créole et français dans lesquelles Jovenel Moïse appelle à une trêve historique. Il a aussi exprimé sa sympathie à l’égard des victimes de l’insécurité. Et a clairement souligné la responsabilité du Sénat quant à l’absence d’un gouvernement fonctionnel depuis sept mois :

Nous avons constaté que le Sénat n’est pas en mesure de remplir ses obligations constitutionnelles, afin de doter le pays d’un gouvernement légitime ou de refuser la déclaration de politique générale de deux gouvernements successifs en sept mois et en six séances avortées. J’en prends acte. Lire plus sur le site de RFI