Bolsonaro à l’ONU

Un discours pitoyable, ubuesque, nationaliste et violent

Côté amérindien : ce qui se passe en Amazonie est un crime, un écocide contre l’humanité

Nous considérons la France comme un intermédiaire dans cette lutte, un intermédiaire qui permet d’établir un dialogue avec d’autres pays.

Ce mardi le discours à la tribune de l’ONU de Jair Bolsonaro était très attendu. Comme prévu ce fut une diatribe d’extrême droite, complotiste, climatosceptique et même raciste. Le tout prononcé par un piètre orateur qui, une fois de plus a humilié les Brésiliens, sauf peut-être encore les 12 % qui continuent de le soutenir et el défendre publiquement. Même la droite brésilienne a pris ses distances avec ce président non seulement populiste, mais qui n’hésite pas à balancer les infox les plus éhontées !

Depuis 1946 et la première Assemblée générale de l’ONU, (à Londres), le discours du représentant du Brésil ouvre la session, juste après celui du secrétaire général et avant le président des États-Unis.

Ses premiers mots : « Je remercie Dieu d’être en vie », évoquant l’attentat au couteau dont il avait été victime quelques semaines avant son élection. Puis il a aussitôt clamé « vouloir rétablir la vérité sur le Brésil, qui renaît après avoir frôlé le socialisme ». ce fut, de l’avis de quasiment tous les observateurs un discours pitoyable et vide de sens dont le but était de flatter un électorat brésilien de plus en plus sceptique.

El Paìs note que le président brésilien a prononcé des mots anti-autochtones dans un discours confus et truffé d’inexactitudes : « Le président Jair Bolsonaro a profité du discours d’ouverture de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York pour ouvrir au Brésil son programme d’extrême droite, de pro-dictature militaire et anti- autochtone (…). L’ultra-conservateur a commencé son discours en revendiquant le coup d’État militaire de 1964 qui avait instauré une dictature militaire au Brésil. Il a répété (sans raison) son argument selon lequel son accession au pouvoir avait sauvé le Brésil du “socialisme” ».

Il a également répété qu’il n’y aurait pas de nouvelle démarcation des terres indigènes au Brésil et a également attaqué l’extension des terres actuelles.

La presse brésilienne dans une quasi-unanimité s’interroge : Où va s’arrêter l’isolement du Brésil avec ce président fantasque, irresponsable et si étroit d’esprit ?

Il a par exemple affirmé des contre-vérités sur l’Amazonie et même prétendu que les leaders des peuples autochtones, comme le chef Raoni, étaient « manipulés par l’étranger », après avoir répété de façon puérile que « L’Amazonie n’appartient pas au patrimoine de l’humanité ».

Pour le président d’extrême droite, les intérêts économiques priment sur les préoccupations écologiques. Sans citer de pays, il a accusé le comportement « colonial » de certains, vis-à-vis du Brésil. Il a également remercié Donald Trump qui partage son approche de la souveraineté nationale.

« N’hésitez pas à venir au Brésil, a-t-il lancé, c’est un pays très différent de ce que vous voyez à la télé et dans les journaux ».

Ernesto Araújo, ministre des Affaires étrangères du Brésil

Au Brésil, pour Celia Xakriaba, militante autochtone de l’État brésilien de Minas Gérais, Jair Bolsonaro est l’ennemi public numéro 1. Elle l’accuse d’avoir mis en place un cadre légal pour tuer les Amérindiens: « Quand il légalise la possession des armes dans les zones rurales, il autorise en quelque sorte les assassinats de nos responsables amérindiens. Lorsqu’il affaiblit la législation qui protège l’environnement, il vise surtout les Amérindiens. On voit bien que le capitalisme a atteint ses limites. Certes, nous défendons nos terres, mais ce qui est en jeu, va au-delà de nos terres. C’est la survie de l’humanité. Il faut que tous les pays s’engagent en faveur de l’Amazonie », rapportent Reuters et O Globo.

Concernant la proposition du président français Emmanuel Macron de créer un statut international pour protéger l’Amazonie, Jair Bolsanoro a déclaré que c’était « absurde ».

Un point de vue rejeté par ceux qui vivent dans la forêt tropicale, comme les Amérindiens : « Nous considérons la France comme un intermédiaire dans cette lutte, un intermédiaire qui permet d’établir un dialogue avec d’autres pays. Car ce qui se passe en Amazonie est un crime, un écocide contre l’humanité. Le gouvernement de Jair Bolsonaro doit être tenu comme responsable. Il a été prouvé que les incendies en Amazonie sont principalement l’œuvre des propriétaires terriens qui souhaitent élargir leurs exploitations agricoles. Le lobby agricole au Congrès national nous demande toujours : pourquoi les peuples autochtones sont contre le capitalisme. C’est à quoi nous répondons, en retournant la question : pourquoi le capitalisme est contre les peuples autochtones ? », martèle Celia Xakriaba.

Celia Xakriaba

Deux gourous inquiétants à la manœuvre

Le discours extrêmement nationaliste de Bolsonaro à l’ONU aujourd’hui, a été en grande partie rédigé par… Steve Bannon et le funeste Olavo de Carvalho ! Une fine équipe de conspirationnistes, racistes et hors-sol.

Le ministre des Affaires étrangères, Ernesto Araújo a rencontré à plusieurs reprises Bannon depuis au moins une semaine tout comme Olavo de Carvalho.

Le ministre est le fils d’H. F. de Araújo, qui, en tant que procureur général de la République avait refusé l’extradition du nazi Gustav Wagner dans les années 1960… Bolsonaro a nommé le fils ministre sur les conseils de son gourou Olavo de Carvalho, pseudo philosophe, ancien communiste passé par le soufisme (!), astrologue (!), homophobe, misogyne, raciste, conspirationniste revendiqué, il a longtemps résidé aux USA ces 20 dernières années.

 

En attendant les forêts brésiliennes continuent de flamber et pas seulement l’Amazonie. Lire cette excellente enquête de Denis Sergent publié dans le quotidien La Croix ce 24 septembre.