Brésil : Le journaliste Glenn Greenwald inculpé pour avoir publié des SMS dénonçant la corruption !

 

« Je n’ai rien fait d’autre que de faire mon travail de journaliste dans le cadre de la loi ».

Les procureurs brésiliens (MPF, le parquet fédéral ou Ministère public fédéral) ont accusé le journaliste américain Glenn Greenwald résidant depuis de nombreuses années au Brésil de cybercrimes après qu’il ait publié des messages (textos, courriels et messages divers électroniques) piratés dénonçant la corruption parmi les fonctionnaires.

Greenwald, co-fondateur de The Intercept et ancien chroniqueur de Salon et de the Guardian, a été accusé de faire partie d’une « organisation criminelle » qui a piraté les téléphones de plusieurs fonctionnaires et procureurs dans une plainte pénale de 95 pages.

Ce que l’on ne pardonne pas à Greenwald c’est surtout d’avoir dénoncé les manipulations du juge Moro (actuel ministre de la justice du gouvernement d’extrême droite Bolsonaro) qui ont conduit l’ex-président Lula en prison. Il a du même coup prouvé l’innocence de ce dernier dans plusieurs dossiers notamment celui dit du duplex (faussement attribué à Lula).

Le journaliste a publié des conversations impliquant le ministre brésilien de la Justice Sérgio Moro qui montraient que le magistrat s’était coordonné avec les procureurs alors qu’il était juge supervisant une vaste allégation de corruption qui a conduit à la condamnation de l’ancien président Luis Inácio Lula da Silva, ouvrant la voie à l’élection de Bolsonaro. Moro, lui-même une figure d’extrême droite populaire dans le pays, siège maintenant au cabinet de Bolsonaro comme ministre de la justice aux pouvoirs renforcés par rapport à la Constitution de 1988.

Les procureurs ont allégué dans la plainte que Greenwald avait « clairement joué un rôle dans la facilitation de la commission d’un crime » parce qu’il avait exhorté les pirates à supprimer les archives qu’ils partageaient avec The Intercept Brasil pour couvrir leurs traces. Les procureurs ont déclaré que Greenwald avait parlé aux pirates pendant qu’ils surveillaient les conversations privées. Six autres personnes ont été inculpées dont quatre en relation avec les hackers.

Toutefois, le juge de la Cour suprême, Gilmar Mendes, a rendu l’année dernière une ordonnance interdisant à la police fédérale d’enquêter sur le rôle de Greenwald dans les piratages. Les procureurs ont déclaré mardi avoir respecté l’ordonnance, mais ils affirment avoir trouvé de nouveaux messages qui, selon eux, impliquaient Glenn Greenwald.

Greenwald, qui avait précédemment publié des documents de la National Security Agency divulgués par Edward Snowden, a laissé entendre qu’il craignait d’être accusé en représailles pour ses reportages. Bolsonaro lui-même a attaqué Greenwald sur son homosexualité et a déclaré qu’il pourrait « purger une peine de prison au Brésil »…

Rien de moins qu’une vengeance

Greenwald, qui vit au Brésil et est marié à un membre du Congrès brésilien (David Miranda), a déclaré à la presse anglo-saxonne que ces accusations violentes étaient « une tentative évidente d’attaquer les médias libres en représailles des révélations que nous avons faites sur le ministre Moro et le gouvernement Bolsonaro ».

« Il n’y a rien dans la plainte qui montre qu’il a aidé ou guidé les pirates », a déclaré au Times le professeur de droit brésilien Thiago Bottino. Selon les lois du pays, il a ajouté : « Vous ne pouvez pas punir un journaliste pour avoir divulgué un document obtenu par des moyens criminels ». D’ailleurs, il est renseigné depuis le début des révélations de Greenwald et de son équipe que ce sont les pirates qui ont confié les documents au journaliste sans que ce dernier ait rien demandé.

« Il y a moins de deux mois, la police fédérale, examinant tous éléments de preuve cités par le ministère public, a déclaré explicitement que non seulement je n’avais jamais commis de crime, mais que je faisais preuve d’une extrême prudence en tant que journaliste (…) Même la police fédérale sous le commandement du ministre Moro a clairement reconnu que je n’ai rien fait de plus que de faire mon travail de journaliste, éthiquement et dans le cadre de la loi ».

Gleisi Hoffman, chef du Parti des Travailleurs (PT, parti de Lula), a déclaré que ces accusations étaient un abus de pouvoir. « Ils veulent un État policier, avec plus de farces, d’illégalités et d’actes arbitraires”, a-t — elle tweeté ».

Par ailleurs, Glenn Greenwald a déclaré au Daily Beast que l’administration Bolsonaro « ne croit pas aux libertés fondamentales de la presse ».

 

« Il y a moins de deux mois, la police fédérale, examinant tous éléments de preuve cités par le ministère public, a déclaré explicitement que non seulement je n’avais jamais commis de crime, mais que je faisais preuve d’une extrême prudence en tant que journaliste (…) Même la police fédérale sous le commandement du ministre Moro a clairement reconnu que je n’ai rien fait de plus que de faire mon travail de journaliste, éthiquement et dans le cadre de la loi ».

« Cette attaque scandaleuse contre la liberté de la presse est clairement une tactique d’intimidation. Elle ne doit pas être tolérée », a déclaré la Fondation pour la liberté de la presse. « Greenwald et son reportage sur The Intercept Brazil ont fait l’objet d’attaques verbales fréquentes de la part du président brésilien Jair Bolsonaro et même d’une enquête policière — une conduite qui a déjà été déclarée en violation de la constitution brésilienne par la Cour suprême du pays. Les accusations d’aujourd’hui représentent un mépris flagrant de cette ordonnance du tribunal ».

« Les États-Unis doivent immédiatement condamner cet attentat scandaleux contre la liberté de la presse et reconnaître que ses atteintes à la liberté de la presse dans ce pays ont des conséquences pour les journalistes américains qui font leur travail à l’étranger », a déclaré Ben Wizner de l’ACLU dans un communiqué.

Greenwald a affirmé que les accusations n’étaient pas seulement une attaque contre la presse libre, mais contre le système judiciaire brésilien. « C’est aussi une attaque contre la Cour suprême brésilienne ».

L’incorruptible juge Gilmar Mendes du STF (Cour suprême). Un des rares magistrats intègre à résister à Bolsonaro et Moro.