Des centaines de familles expulsées dans une cinquantaine de campements de paysans sans terre en Amazonie ?

Les violences se multiplient dans les colonies des paysans sans terre en Amazonie. On est même passé à la vitesse supérieure puisque des centaines de familles pourraient être expulsées par les autorités (policière et militaire) cette année. Une cinquantaine de campements seraient concernés selon un rapport d’Agência Pública, un collectif de journalistes d’investigation.

Les auteurs de ce rapport ont visité l’État de Rondônia, et parcouru les campements de Boa Sorte. Meurtres, milices rurales et documents officiels falsifiés ont été les principales découvertes.

João Antônio, rapporte l’agence, explique qu’il ne se souvient plus bien combien de temps un policier militaire de Candeias do Jamari a maintenu le canon d’un pistolet automatique sur sa tempe…

Voici une des nombreuses illustrations d’une violence rurale qui ne cesse de se développer.

Le conflit entre les multinationales de l’agro-alimentaire et les sans terres datent de pratiquement l’ère coloniale et s’est accentué depuis les années 1960 et, notamment, durant les années noires de la dictature militaire (1964-1985).

Comme l’Agence publique l’a découvert, sur la base d’une enquête réalisée avec des données de la Commission pastorale des terres (CPT) et du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), des centaines de familles dans au moins 52 colonies agricoles pourraient être expulsées cette année en Amazonie, région qui englobe neuf États de l’Union fédérale.

Le Rondônia, le Pará et le Maranhão sont les États avec le plus grand nombre de campements de sans-terre et de petits exploitants agricoles menacés par ces actions violentes, généralement mandatées par les gros agriculteurs et les grands groupes agro-industriels. En Rondônia, en plus de Boa Sorte, 13 autres campements sont menacés d’expulsion en 2020. Dans le Maranhão, les actions violentes concernent une douzaine de campements. Dans le cas de Pará, 11 colonies sont visées dans les régions sud et sud-est de l’État.

Les exactions des milices, souvent secondées par la police militaire ont désormais les mains libres puisqu’elles se savent encouragées par le gouvernement d’extrême droite de Bolsonaro.

« Avec l’insécurité juridique sur le terrain, ils [les sans-terre] ne savent pas quoi faire. C’est une question de survie, car ils ont besoin de planter pour manger », a déclaré un procureur régional.