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Guadeloupe : La plupart des établissements scolaires bloqués

Les enfants ne vont plus à l’école depuis… le 4 décembre !

 

Le mouvement contre la réforme des retraites ajouté à des revendications locales fait que dans ce département français des Antilles les enfants sont déscolarisés depuis maintenant cinq semaines !

Les établissements scolaires sont bloqués, les accès cadenassés, les serrures obstruées.

« Nous sommes en grève depuis le 5 décembre, mais depuis janvier, le mouvement s’est durci », a expliqué mardi 4 février lors d’une conférence de presse Eddy Segur, du syndicat FSU (Fédération syndicale unitaire). Depuis une quinzaine de jours, de nombreuses revendications locales sont venues renforcer la mobilisation des enseignants. « Nous nous mobilisons contre la réforme des retraites, bien sûr, mais aussi contre la prévision de la suppression de 72 postes », indiquent les professeurs du collège Maurice Satineau, à Baie-Mahault, rassemblés devant la grille, tous les matins, avant de rejoindre le rectorat pour venir grossir les rangs du piquet de grève.

Conséquence, une grande partie des enfants ne vont plus à l’école depuis plusieurs semaines. « Mon enfant de quatrième n’a eu cours que quatre lundis et deux mercredis. Et encore tous les enseignants n’étaient pas présents. Donc six fois en plus de deux mois », regrette Vincent, un parent d’élève. « Je vois mon enfant déscolarisé et m’inquiète sérieusement sur son année scolaire », ajoute-t-il, disant « comprendre le mouvement des enseignants », mais « pas comment l’académie et le gouvernement peuvent laisser pourrir une situation à ce point », rapporte encore l’AFP.

La FSU critique la politique locale de l’éducation. « Monsieur le recteur, vous détruisez méticuleusement le service public d’éducation dans une académie qui jette hors du système scolaire des milliers d’élèves tous les ans sans diplôme », fustige dans un courrier adressé au rectorat Eddy Ségur. Le syndicaliste pointe un indice de positionnement social de la Guadeloupe, qui « si l’on était en France hexagonale conduirait à créer 270 postes de titulaires », selon les médias locaux.

Le rectorat fait valoir, pour justifier les suppressions de postes, une baisse démographique, indique l’AFP. « La baisse des effectifs à la rentrée prochaine (moins 902 élèves dans le 1er degré) permet de dégager une soixantaine de postes dont seulement seize doivent être rendus au ministère », écrit le rectorat dans un communiqué.

« La démographie fait qu’il y a moins d’élèves en Guadeloupe. Les suppressions de postes ne sont pas proportionnelles à la suppression du nombre d’élèves, cela signifie que le taux d’encadrement en Guadeloupe l’an prochain sera encore amélioré », a affirmé mercredi le ministre Jean-Michel Blanquer, répondant au Sénat à la sénatrice Victoire Jasmin (PS).

Les enseignants en grève laissent les parents d’élèves se débrouiller. Certains donnent des cours gracieusement d’autres scolarisent dans l’urgence leurs enfants dans le privé.

Beaucoup soulignent que les enseignants de Guadeloupe comme ceux de Martinique et de Guyane ont un salaire augmenté de 40 %, de nombreuses primes (même dans le primaire) qui n’existent pas en France hexagonale et bénéficient d’abattements fiscaux à hauteur de 40 %… Certains ajoutent que, concernant les retraites, ils n’ont absolument rien à perdre.

En attendant, le rectorat n’apporte aucune solution concrète pour aider les parents d’élèves et continue de s’appuyer sur un grand nombre de vacataires pas toujours bien formés.

Pour le député de Guadeloupe Olivier Serva (LREM) :  « Tout l’enjeu est de tenter de démontrer les spécificités de la Guadeloupe », il cite notamment un « taux d’illettrisme deux fois plus fort » sur l’île.