Pessimisme économique en Amérique latine pour les investisseurs et les entreprises

 

En 2019 un vent d’optimisme soufflait légèrement en faveur de l’économie de l’Amérique latine : le Fonds monétaire international prévoyait une augmentation de 2 % du PIB de la région. La deuxième économie latino-américaine (le Mexique) commençait à sortir de l’ouragan Trump avec un nouvel accord commercial qui réactualisait l’ALENA datant de 1994, souligne E. Fariza depuis Madrid dans le quotidien El Paìs. Quant au Brésil les économistes entrevoyaient enfin le bout du tunnel après des années de léthargie. Mais les frasques et l’inexpérience de Bolsonaro ont tout mis par terre. L’économie brésilienne est à nouveau menacée de récession. Cet écart entre des prévisions généralement optimistes et une réalité totalement différente a, pour la première fois en cinq ans, une conséquence majeure : 67 % des entrepreneurs espagnols présents dans la région sont pessimistes et prêts à geler, voire retirer leurs investissements notamment au Mexique. Mais il n’y a pas que les Espagnols. Les Américains, par exemple, ont retiré leurs billes au Brésil dans certaines entreprises. Ce fut le cas fin 2019 avec Ford qui a fermé ses usines de fabrication de camions.

Il y a quand même quelques exceptions : le Pérou, le Panama ou le Costa-Rica restent des territoires attirants pour les entreprises européennes. Mais l’Argentine et le Venezuela (on s’y attendait !) sont les deux pays où la situation macroéconomique fait fuir les investisseurs du monde entier. Sauf peut-être les Iraniens qui se détournent du Brésil pour cause de trumpisme. Bolsonaro s’est en effet totalement aligné derrière la politique internationale des USA en oubliant que l’Iran est un des principaux clients agro-alimentaires du pays !

Pour la première fois depuis 2013, les entreprises espagnoles pensent que leur activité à moyen terme en Amérique latine sera en grand recul, jusqu’à moins 60 % !

Si le Brésil reste la première économie d’Amérique latine (devant le Mexique), il est passé de la septième économie mondiale à la dixième en quelques années. Selon la Banque Mondiale, après une décennie de forte croissance (2002-2013), le pays est entré dans la plus forte récession de son histoire en 2015 (-3,8 % du PIB) et en 2016 (-3,6 %). Cette crise économique sans précédent était due à la chute des cours des matières premières, de la consommation et des investissements.

La crise économique, l’absence de politiques publiques et la corruption génèrent désormais une augmentation très significative de la pauvreté. De nombreux fonctionnaires retraités ne reçoivent plus leurs pensions, certains deviennent sans-abri, faute de pouvoir payer leur loyer. Les 5 % de Brésiliens les plus riches détiennent autant de richesses que les 95 % restant. Six milliardaires sont à eux seuls plus riches que les cent millions de Brésiliens les plus pauvres. D’après les données de l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE), l’extrême pauvreté s’est accrue de 11 % au cours de l’année 2017 tandis que les inégalités reprennent également leur progression (l’indice de Gini passant de 0,555 à 0,567). La réduction du nombre de bénéficiaires de la Bolsa Familia en est la cause principale. Voir sur ce site ici et ailleurs sur ce site.