Bolsonaro laisse le Brésil hors de contrôle, affirme le journal Estado de S. Paulo

 

Le quotidien de droite, qui avait soutenu le coup d’État constitutionnel contre Dilma Rousseff, commence à retourner sa veste face aux coups d’éclat de Bolsonaro. Si le populisme de Trump n’entame guère les performances économiques des États-Unis, les frasques de Bolsonaro commencent à peser lourd dans la dégradation des conditions de vie des Brésiliens. Car Bolsonaro accumule les erreurs stratégiques, on a le sentiment qu’il ne contrôle rien. En fait, le quotidien de São Paulo explique que le président n’a que très peu d’influence sur le gouvernement et les institutions. Il manque non seulement de charisme, mais également d’autorité. De plus l’éditorial du journal dit : « Le comportement du président Jair Bolsonaro cette semaine a atteint un niveau inacceptable pour ceux qui occupent une position aussi élevée. Il n’est plus possible de dire que le président teste les limites de la démocratie et du décorum, car celles-ci sont depuis longtemps dépassées. Ce qui s’est passé ces derniers jours est plus qu’une simple réitération du manque de modération de Bolsonaro ; c’est une démonstration complète de l’incapacité du président à se contrôler… »

Naturellement, l’Estado de São Paulo fait allusion aux insultes publiques à caractère sexuel dont a été l’auteur le président contre une jeune journaliste (voir ailleurs sur ce site).

 « Dans un gouvernement en autocombustion permanente, les pompiers auront malheureusement encore beaucoup de travail à faire, car le président Bolsonaro lui-même, chaque fois qu’il parle de n’importe quel sujet, ajoute généralement de l’huile sur le feu. La confusion de son gouvernement est le reflet d’un profond malentendu à propos de son rôle de président. Gouverner, ce n’est pas offenser – que ce soit l’honneur du peuple ou l’intelligence des autres », conclut l’éditorialiste.

Par ailleurs, cette semaine voit un nouveau bras de fer entre l’exécutif et le Congrès à Brasília. Au centre des polémiques le général Heleno qui conteste l’opposition de plus en plus flagrante des parlementaires (députés et sénateurs) contre le président rajoutée à celle d’une vingtaine de gouverneurs (sur 27). Augusto Heleno Ribeiro Pereira (73 ans) est un général d’armée de la réserve de l’armée brésilienne. Il était commandant militaire de l’Amazonie et chef du Département des sciences et de la technologie. Il a des positions clairement critiques concernant les politiques officielles, en particulier en ce qui concerne l’attitude de la communauté internationale envers Haïti et la politique indigène du gouvernement brésilien. Il est actuellement chef du Bureau de la sécurité institutionnelle de la présidence de la République. Sans savoir qu’il était enregistré, le général a évoqué le “chantage” du pouvoir législatif pour accroître le contrôle le budget de l’Union, selon le journal O Globo. « Nous ne pouvons pas accepter que ces gars nous fassent du chantage tout le temps. Va te faire foutre », a déclaré Heleno, en présence du ministre de l’Économie, Paulo Guedes, et de Luiz Eduardo Ramos, du secrétariat général du gouvernement. Le discours du général a été capté lors d’une émission en direct de la présidence de la République lors d’une cérémonie de lever du drapeau au Palais Planalto.

Par-dessus le marché, l’ancien président Fernando Henrique Cardoso (PSDB — droite modérée de 1995 à 2002) a déclaré : « Le Brésil a besoin de leadership et le poste est désormais vacant » ! FHC (tel est son surnom abrégé) partage sa vie entre Paris (où il possède un appartement et son immense domaine agricole brésilien demeure populaire à l’âge de 88 ans. Pour lui, le comportement de Jair Bolsonaro, qui a insulté la journaliste Patrícia Campos Mello, était inacceptable. « L’actuel président du Planalto doit se comporter comme un président », explique FHC.

Deux anciens présidents de la République fédérative du Brésil:  Fernando Henrique Cardoso (1995-2003) et Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2011)