Brésil

Sous l’Empire les hommes avaient de la barbe donc les femmes n’avaient pas besoin d’être (trop) instruites !

 

Le système éducatif perd les pédales au Brésil. Les profs, surtout dans l’enseignement basic (le primaire) sont de moins en moins bien formés et surtout la moitié d’entre eux ont peu de moyens pédagogiques et son payés à coups de lance-pierre (entre un et deux salaires minimums souvent les municipalités et les États, en gros entre 1000 et 2000 R $ — 200/400 €).

Un peu comme en France, les réformes ne cessent de se succéder. La dernière en date est de chasser les profs « communistes » et de favoriser les écoles militaires.

Une des toutes premières mesures date de l’Empire : la restriction de l’enseignement des mathématiques pour les… filles ! Ce sont les sénateurs qui, en 1827, ont décidé cette réglementation pour le moins machiste comme le souligne une série de reportages historique diffusée par le programme « Arquivo S » pour archives du Sénat.

On n’est pas venu pour rigoler !

La première grande loi sur l’éducation au Brésil, 1827, détermina que, dans les « écoles de premières lettres » de l’Empire, les garçons et les filles étudiaient séparément et avaient des programmes différents. En mathématiques, les filles avaient moins de leçons que les garçons. Pendant qu’ils apprenaient l’addition, la soustraction, la multiplication, la division, les nombres décimaux, les fractions, les proportions et la géométrie, les petites filles ne dépassaient pas l’apprentissage des quatre opérations de base. En revanche, dans les cours de portugais et de religion, le contenu était le même pour les garçons et les filles. « La question est de savoir si les filles ont besoin du même niveau d’éducation que les garçons. Je ne pense pas. Pour eux, je pense que notre ancienne règle suffit : lire, écrire et raconter. Ne soyons pas excentriques et singuliers. Dieu a donné la barbe aux hommes, pas aux femmes », déclara doctement le sénateur Visconde de Cayru (Bahia).

Ce surprenant discours est conservé aux Archives du Sénat, à Brasília. Avant d’être signée par l’empereur Dom Pedro I et de devenir loi, la proposition qui a structuré l’enseignement primaire au Brésil a été discutée et votée à la Chambre et au Sénat, explique le quotidien El Paìs (Brasil).

Ce vicomte de Cayru a été l’un des défenseurs du fait que le programme de mathématiques pour les filles devrait être aussi maigre que possible. Aggravant sans vergogne son cas il ajouta : Le « beau sexe n’a pas la capacité intellectuelle d’aller très loin : Concernant les mathématiques, il y a assez [pour les filles] des quatre opérations, qui ne sont pas hors de leur portée et peuvent être très utiles dans [leur] vie quotidienne. Leur utilisation de la raison est peu développée pour pouvoir comprendre et pratiquer des opérations arithmétiques et géométriques plus difficiles. Je suis convaincu qu’il est vain de lutter contre la nature ».

Quant au sénateur Marquês de Caravelas (également de Bahia, décidément !) il n’était pas en reste : « En général, les filles n’ont pas autant de capacité de développement de raisonnement (sic) que les garçons, elles n’accordent pas autant d’attention à l’enseignement. Il semble que leur nature même n’aime pas le travail aride et difficile et n’embrasse que le futile. Elles ont juste besoin de savoir lire, écrire et apprendre les quatre premières opérations de l’arithmétique. Si vous voulez leur donner plus de cadeaux, apprenez-leur à chanter et à jouer, des cadeaux qui amélioreront leur beauté. Ce qui importe, c’est qu’elles soient bien éduquées dans l’économie du foyer ».

Au début de l’Empire, le professeur, dans la majorité des cas, donnait des cours dans sa propre résidence ou dans une maison qu’il louait à cet effet. Il pouvait avoir de quelques étudiants à plus d’une centaine. Les élèves étaient tous dans la même pièce et l’enseignant était réparti en fonction de leurs connaissances. Il n’y avait pas d’âge pour entrer à l’école. Les étudiants peuvent commencer à tout moment entre 5 et 12 ans, selon les souhaits de la famille. La scolarité basique durait en moyenne quatre ans. À la fin de leurs études, pour recevoir leur certificat, les enfants et adolescents étaient soumis à un examen sanctionné par des inspecteurs gouvernementaux. Une petite partie des garçons poursuivaient leurs études pour accéder à l’enseignement supérieur — les deux premiers collèges du Brésil, ceux de São Paulo et Olinda (Récife), ont été créés cette même année 1827. Quant aux filles, les chercheurs les plus optimistes estiment qu’à peine 1 % d’entre elles dépassaient le stade de cet examen de fin d’études.

En fait, à la lecture des archives, on s’aperçoit que l’Empereur Pedro I (Pierre Ier) était beaucoup plus progressiste que les parlementaires brésiliens. En effet, dans un discours au Sénat de 1826, il demandait aux législateurs de donner la priorité à l’éducation des jeunes des deux sexes… »

Le Brésil venait d’accéder à l’indépendance et n’avait pas encore de réseau scolaire organisé. La réponse du Parlement interviendra l’année suivante. On ne peut pas dire qu’elle ait tenu compte des arguments de l’Empereur !

Toutefois, l’unification du contenu des garçons et des filles aura lieu trois décennies plus tard, en 1854.

L’historien André Paulo Castanha, professeur à l’Université d’État du Paraná occidental (Unioeste) et auteur d’études sur l’éducation dans l’Empire, a un regard original sur les mesures prises en 1827. Il explique : « Aujourd’hui, nous pouvons envisager que ce genre de débat est absurde, mais nous ne pouvons pas totalement condamner les sénateurs. Ils pensaient conformément aux réalités de l’époque. Mais surtout, il n’y avait pas dans le jeune empire suffisamment de professeurs et encore moins de scientifiques capables d’enseigner les mathématiques. Les parlementaires ont donc divisé par deux le nombre d’élèves ». Bon, certes les critères étaient plus que discutables !

Système éducatif brésilien

Aujourd’hui, le système éducatif est décentralisé et composé d’institutions publiques et d’établissements privés. Le ministère de l’Éducation (MEC) contrôle l’enseignement au niveau national, secondé par le Conseil National de l’Éducation.

L’enseignement est obligatoire pour tous les enfants âgés de 6 à 14 ans et il se divise en éducation de base (l’éducation infantile, l’enseignement fondamental et le moyen) et supérieure. L’éducation publique est gratuite à tous les niveaux et sa responsabilité se répartit entre les États, le district fédéral et les municipalités. Ces dernières ont la responsabilité du premier degré (écoles primaires). Non seulement responsabilité immobilière et matérielle, mais également pédagogique. Les enseignants sont recrutés par les conseils municipaux ou les secrétariats municipaux à la scolarité. La disparité de salaires des professeurs entre les communes est donc particulièrement importante ainsi que les moyens octroyés aux enseignants pour mener leur mission à bien.

L’année scolaire est divisée en deux semestres : le premier commence en février et s’achève fin-juin et le deuxième commence en août et s’achève à la mi-décembre. L’éducation infantile se fait dans les crèches (de 0 à 3 ans) et dans les écoles préparatoires (4 à 5 ans). Dans les écoles privées, en général, l’éducation infantile accueille des enfants à partir de 2 ans. L’enseignement fondamental dure neuf ans avec possibilités de redoublement (mais dans tous les États) et est divisé en deux parties : l’enseignement fondamental I, qui va de la première année à la cinquième année, et l’enseignement fondamental II, qui va de la sixième année à la neuvième année. L’enseignement est obligatoire jusqu’à l’âge de 14 ans.

L’enseignement moyen, la dernière étape de l’éducation basique, dure trois ans et tient compte de la formation générale de l’élève. Il peut inclure l’éducation professionnelle, mais rarement dans les États pauvres du nord de l’Union.

Quant à l’enseignement supérieur, il comprend le premier cycle, avec une durée de deux à six ans, et les cycles supérieurs, qui varient de deux à quatre ans pour la maîtrise, et de quatre à six ans pour le doctorat. Le gouvernement fédéral entretient au moins une université dans chaque État de la fédération. En raison du manque de places, les Facultés et les universités du Brésil, aussi bien publiques que privées, est imposé un concours d’entrée appelé « vestibular ». À ne pas confondre avec l’ENEM équivalent du baccalauréat. L’ENEM (Exame Nacional de Ensino Médio) a été créé en 1998. Depuis 2004, il permet d´entrer dans toutes les universités… en théorie. Il est surtout important dans la mesure où il est un instantané du niveau scolaire des jeunes Brésiliens.

On compte environ 180 universités fédérales. Elles sont autonomes, puisqu’elles gèrent leur administration et les cours.

Bolsonaro massacre l’école et l’enseignement supérieur

Le gouvernement de Jair Bolsonaro effectue  des coupes dans le budget de l’enseignement supérieur, à hauteur de 5,1 milliards de reais (2,5 milliards d’€). Il souhaite s’attaquer en priorité aux filières de philosophie, sciences sociales, et littérature, et implanter davantage d’écoles civiques et militaires.

Les budgets des trois plus grandes universités du pays (l’Université fédérale de Bahia, l’Université fédérale Fluminense, et l’Université nationale de Brasilia) ont déjà été réduits de plus d’un tiers !

Le ministre de l’Éducation, Abraham Weintraub, a notamment accusé les étudiants d’être des « aspirateurs d’impôts »…

Du fait du nombre important d’élèves, la journée d’école au Brésil est  divisée en trois plages horaires, de 7h à 12h, de 12h à 17h et de 17h à 22h. 

Les plus petites écoles peuvent choisir de mettre en place une ou deux de ces plages horaires. Un élève n’assiste normalement qu’à une seule de ces sessions.

Ce système est mis en place pour réduire le nombre d’enfants qui quittent l’école de bonne heure et aussi pour utiliser au mieux les locaux scolaires.

Si l’école est obligatoire jusqu’à 14 ans, certains élèves quittent l’école plus tôt pour travailler afin d’aider leur famille. Un enseignement à distance ou des cours du soir peuvent être organisés pour eux.

L’indépendance du Brésil est un processus qui s’étend de 1821 à 1824.

En 1807, l’armée française napoléonienne avait envahi la péninsule ibérique jusqu’à Lisbonne. Le Portugal qui refusa d’adhérer au blocus continental contre le Royaume-Uni. Incapable de résister à cette attaque, la famille royale et le gouvernement portugais fuient au Brésil (1808), qui est alors la plus riche et la plus développée des colonies lusitaniennes. L’installation de la cour à Rio de Janeiro amène une série de transformations politiques, économiques et sociales qui aboutissent à la décision du régent Jean de Portugal de faire du pays un royaume associé à son ancienne métropole en 1815.

Après plusieurs révolutions (dont 1820) et mouvements sociaux, la situation est incontrôlable quand Lisbonne et Madrid demandent à Pierre de rentrer au Portugal. Mais celui-ci répond : « je reste ». Alors fut décidé la dissolution de son gouvernement, incarné par José Bonifácio de Andrada e Silva. Le 7 septembre 1822, le prince Pierre (Pedro) lance le « cri d’Ipiranga » et proclame l’indépendance. Le prince est proclamé empereur sous le nom de Pedro Ier et le pays prend le nom d’Empire du Brésil.

Commence alors une guerre d’indépendance qui voit la toute nouvelle armée brésilienne s’opposer aux troupes coloniales portugaises encore présentes dans certaines régions du pays.