Au Brésil, un appel à isoler Bolsonaro

 

Face aux tentatives du président brésilien de minimiser la gravité de la crise sanitaire, un éditorialiste de Folha de São Paulo demande son isolement et en appelle à l’union nationale pour mettre en place un véritable plan d’urgence.

Marcos Nobre, président du Centre brésilien d’analyse et de planification est également éditorialiste de Folha de São Paulo. Il ne mâche pas ses mots. Selon lui, Jair Bolsonaro constitue « un obstacle pour affronter la crise du coronavirus » : « La solution est d’isoler le président et de constituer un noyau de rationalité à caractère d’unité nationale ».

Quelques jours après son retour à Brasília suite à un voyage aux USA, le chef d’État brésilien a pris un bain de foule, sans masque ni gants et contre l’avis de son équipe médicale avec des partisans réunis devant le palais présidentiel. Il a également fait maintenir une manifestation en sa faveur le 15 mars. Depuis, près de 300 cas de contamination, parmi lesquels deux de ses ministres, ont été confirmés au Brésil, et le pays a enregistré trois morts liées au coronavirus. Mais ce nombre est à prendre avec des pincettes. L’état de précarité des services de santé, la corruption de beaucoup de journalistes locaux et celle de certains élus font que les informations ont le plus grand mal à circuler.

Jair Bolsonaro a cependant dû agir : lors d’une conférence de presse, mercredi 19 mars, lui et ses ministres ont annoncé, masque sur le visage, que le gouvernement déclarait l’état de « calamité publique » jusqu’à la fin de 2020. « C’est une question grave, mais il n’y a pas de quoi devenir hystérique », a tout de même ajouté le président brésilien. Dans les faits, cet état de calamité publique ne veut rien dire, surtout en termes de moyens.

En fait, alors que de très nombreux pays ont déclaré la « guerre » sanitaire face au  Covid-19, le président brésilien Jair Bolsonaro va à contre-courant et minimise la crise, provoquant malaise et inquiétude jusque dans son entourage…

Un comportement que l’éditorialiste de Folha interprète sévèrement. L’auteur se dit pessimiste quant à la capacité du chef de l’État de combattre l’épidémie dans le pays et d’affronter l’inévitable crise économique qui en découlera. Elle est d’ailleurs déjà présente avec un effondrement sans précédent de la monnaie nationale. En plus, un des fils du président, parlementaire, a violemment attaqué la Chine en oubliant tout simplement qu’elle est l’un des principaux partenaires commerciaux du pays. Si Pékin, qui a vivement protesté ce jeudi, se tourne vers l’Argentine comme les autorités chinoise l’ont menacé, la plupart des exportations de soja et de viande cesseront !

 

Un parasite politique et une logique destructrice

En réalité, estime Marcos Nobre, « depuis que Bolsonaro est arrivé au pouvoir, le gouvernement fonctionne malgré le président », qui est un véritable « parasite politique » doté d’une logique destructrice et dont « l’incapacité à affronter une véritable urgence (…) et à gouverner a été mise à nu par la pandémie. Marcos Nobre en appelle donc aux noyaux de rationalité ayant agi jusqu’à présent en coulisse pour éviter le pire, « pour assumer ouvertement la tâche de donner un cap au pays et pour élaborer et mettre en œuvre un plan d’urgence efficace pour les prochains mois ».

Selon lui, l’idéal serait de mettre en place une « base d’union nationale » sous l’égide du Congrès et de composée de différentes équipes techniques, forces politiques, organisations de la société civile et même de membres de l’administration publique et de l’actuel gouvernement qui « acceptent de participer à l’effort pour un isolement total de Bolsonaro ».

Jair Bolsonaro a toujours défié le bon sens. Certes, différentes forces politiques, des dirigeants d’institutions, des fonctionnaires s’efforcent chaque jour de maintenir le fonctionnement des services publics malgré l’action désorganisatrice de l’actuel président. Mais il n’en est pas moins vrai pour M. Nobre que « Bolsonaro est fondamentalement un parasite politique. Même si les services publics continuent de travailler dur ».

L’un des ministres les plus proches de Bolsonaro, le général Augusto Heleno, du Bureau de la sécurité institutionnelle (défense et sécurité civiles et militaires), a été testé positif au coronavirus. En raison de son âge, 72 ans, il fait partie du groupe à risque de la maladie. Le secrétaire général du gouvernement est également malade.

Par ailleurs, on apprend que la police brésilienne a ouvert une enquête sur une Église évangélique. Celle-ci a annoncé une cérémonie lors de laquelle elle promettait d’« immuniser contre toute épidémie, virus ou maladie », a indiqué ce mardi la commissaire chargée de l’affaire. « Le pouvoir de Dieu contre le coronavirus. Venez parce qu’il y aura une onction avec de l’huile consacrée pendant le jeûne pour immuniser contre toute épidémie, virus ou maladie », a écrit sur les réseaux sociaux la Cathédrale globale de l’Esprit saint de Porto Alegre, au sud du Brésil…