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Les Amérindiens d’Amérique du Nord eux aussi violemment frappés par la pandémie

 

Sur tout le continent américain, la crise sanitaire met en grand danger les Amérindiens. Nous parlons ici souvent des autochtones d’Amérique latine, mais ceux du nord (États-Unis et Canada) sont aussi menacés par le Covid-19. Depuis la mi-mars, plus de 3 600 cas coronavirus ont été enregistrés et plus d’une centaine de décès au sein du plus grand territoire amérindien dans le pays. Celui des Navajos. C’est le deuxième taux d’infection le plus important aux USA, derrière New York, et la tendance est à la hausse, selon Médecins sans frontières : « Il s’agit d’une population dont l’habitat est vraiment multigénérationnel. C’est-à-dire qu’il y a parfois jusqu’à quatre générations qui vivent sous le même toit, dans le même petit logement. Donc quelqu’un rentre de la ville, il est infecté, asymptomatique, et il transmet la maladie à une personne âgée ».

Établie en 1868, mais présente depuis le XVIe siècle, la nation Navajo compte 175 000 habitants répartis sur trois États du Sud-ouest américain. Les Navajos ou Navahos constituent un peuple de la famille linguistique athapascane. Ils vivent dans des réserves du nord-est de l’Arizona et des régions contiguës du Nouveau-Mexique et de l’Utah. Ils sont apparentés aux Apaches. Les Navajos se retrouvent donc en première ligne sur le front de la pandémie.

Le premier cas de Covid-19 chez les Navajos a été découvert le 17 mars. Depuis, le chiffre a explosé à plus de 3 600 cas ! Si le nombre de morts, 100 à 120, est proportionnellement plus modéré qu’à New York, les Amérindiens s’attendent à ce qu’il explose.

Cette population est fragilisée par des affections chroniques comme le diabète, les problèmes cardio-vasculaires et, comme beaucoup d’Américains par de l’hypertension souvent liée à l’obésité. Tout cela sur fond de très grande précarité. Dans les réserves, les Navajos vivent dans des conditions d’hygiène souvent exécrables. « Entre 30 et 40 % des foyers de la nation Navajo n’ont pas l’eau courante, déplore la responsable de MSF. Donc comment leur dire de se laver les mains fréquemment avec du savon ? Les défis sont importants. Et puis, l’accès au système de santé est déjà difficile à la base, car ce sont des personnes qui vivent loin des centres de santé. C’est dès le départ une population exclue et vulnérable » a expliqué Carolina Batista de MSF (Médecins sans frontières) à Radio France Internationale.

Les Navajos ont abandonné de gigantesques territoires en échange d’une promesse que l’État fédéral fournirait éducation et soins gratuitement et à perpétuité. Mais la promesse n’a jamais été vraiment tenue. Sur les 71 000 kilomètres carrés de la réserve ne se trouve qu’une petite douzaine d’établissements de santé sur 71 000 km². Quant aux infrastructures comme les réseaux d’eau ou d’électricité sont largement sous-estimés et peu entretenus. L’internet à haut débit y est quasi inexistant.

La base de l’économie de subsistance des Amérindiens est fondée sur l’agriculture, l’élevage et le tourisme. Au milieu du XXe siècle, la production de pétrole et la découverte de riches gisements minéraux sur leurs terres a considérablement modifié cette économie. Si elle a apporté un peu d’argent, elle a aussi transformé une jeunesse en manque de points de repères ce qui a favorisé la malnutrition, l’alcoolisme et l’usage de drogues. D’ailleurs c’est l’État fédéral des États-Unis qui exploitent ce pétrole contre une redevance d’une cinquantaine de dollars par an pour une population de 250 000 personnes. Mais la réserve connaît depuis des dizaines d’années une forte pénurie de logements, 35 % des foyers navajos n’ont pas l’eau courante et 10 % n’ont pas accès au réseau électrique.

« Nous sommes les premiers citoyens de ce pays, mais nous avons été oubliés (…) J’espère que ça changera », a déclaré devant les médias Jonathan Nez, le chef de la nation.

Des tribus entières d’Amérindiens avaient été décimées par la grippe espagnole au cours des années 1918 et 1919. Et, en 2009, la mortalité causée par H1N1 avait été quatre fois plus forte que chez toute autre minorité aux États-Unis. À chaque pandémie les situations économiques et sociales catastrophiques dans lesquelles sont abandonnées les premières nations ne font qu’aggraver le phénomène que ce soit dans le nord ou dans le sud du continent américain.

Allison Barlow, la directrice du Centre d’étude de la santé indienne à l’université Johns Hopkins, est catégorique : « Depuis l’arrivée des conquistadors, les Amérindiens ont subi des vagues de décimation de nouveaux virus » (AFP). Jonathan Nez ajoute : « Au milieu de la première puissance mondiale, aux États-Unis d’Amérique, nos citoyens n’ont pas le luxe de pouvoir ouvrir un robinet pour se laver les mains avec de l’eau et du savon ».

Sources : EuroNews, El Paìs et RFI avec l’AFP.

Photos : Des Navajos font la queue, au volant de leurs véhicules, pour accéder au centre de santé d’Oljato près de Monument Valley, entre l’Arizona et l’Utah (Kristin Murphy/AP) ; A Navajo man in ceremonial dress representing the Yebichai god Zahabolzi (Zahadolzha?). Iconographic Collections Keywords: Tribe; Spirits; Indians, North American; Tribal; American Indian; Edward S. Curtis; Anthropology; Ethnography; Shaman; Population Groups; Native. CC BY 4.0, 2014.