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Covid-19

Selon le quotidien international El Paìs, au Brésil seul un cas sur 20 est officiellement comptabilisé.

 

Les tests sont si peu nombreux que l’ampleur de l’épidémie est inconnue. Le plus probable est que le nombre de personnes infectées au Brésil atteint les 4 millions. En cela, le journal dans sa version brésilienne rejoint les projections faites quotidiennement par l’Université de São Paulo et la London School of Hygiene and Tropical. Selon les données de la plateforme Our World In Data de l’Université d’Oxford, le Brésil fait partie des pays où le nombre de tests par habitant est le plus faible.

Le chercheur Ribas Freitas, spécialiste des mesures de surmortalité et professeur à l’école de médecine de São Paulo, explique que les informations sur les villes les plus peuplées sont sans doute exactes, car elles sont insérées quasiment en temps réel.

Les sous-évaluations sont plutôt très importantes dans les municipalités de moins d’un million d’habitants et surtout dans les zones isolées, Amazone, Maranhão, Sertão…. Le Brésil est un pays qui pourrait contenir sur son territoire deux fois la superficie de l’Union européenne. C’est pourquoi les différences régionales sont très importantes. Les cas sont concentrés dans le sud-est (autour de São Paulo et Rio de Janeiro), dans le nord-est (notamment Recife, Fortaleza et São Luis) et dans le nord (Manaus et sa périphérie).

Quand les premières quarantaines ont été mises en place, les politiques, les chercheurs et les responsables de la Santé avançaient quasiment à l’aveugle.

Les chercheurs de la London School expliquent que comme la maladie n’est pas susceptible d’être également mortelle dans toutes les régions ou tous les endroits du pays (en raison de facteurs tels que l’âge moyen des personnes infectées ou l’accès aux hôpitaux, aux unités de soins intensifs ou aux respirateurs), l’estimation nécessite un large éventail d’incertitudes. Mais c’est le taux de létalité qui interpelle. Alors qu’il est généralement de 0,6 % à 2 % en Europe, il serait au Brésil de 6,7 % !

4 000 000 de malades ?

Quant au nombre de personnes malades, 4 000 000 est avancé comme chiffre de référence. Face à la difficulté de suivre toutes les personnes infectées par des tests de diagnostic, les autorités et les experts tentent de compléter les estimations par des informations issues des certificats de décès. Le registre civil du Brésil publie quotidiennement les dernières données disponibles sur les décès signalés à la suite du coronavirus et ceux signalés comme suspects, en raison d’une pneumonie ou d’une insuffisance respiratoire. Jusqu’au 16 mai, l’état civil national a indiqué 16 396 décès confirmés ou suspectés de covid-19 dans tout le Brésil. En fait, selon la méthodologie des scientifiques il serait de 10 à 19 fois plus élevé. Cependant, même l’estimation de l’état civil peut entraîner une sous-déclaration. La raison en est que chaque enregistrement local collecte et insère les informations dans la base de données à son propre rythme. C’est pourquoi l’excès de décès cette année par rapport à la moyenne enregistrée les années précédentes est devenu l’une des données de référence pour mesurer l’incidence de l’épidémie dans un lieu donné. Une estimation hebdomadaire du nombre de décès dans certaines des villes les plus peuplées du Brésil montre que les chiffres pour 2020 sont nettement plus élevés que le nombre officiel de décès par Covid-19. Ces calculs ont été réalisés sur les quatre pôles les plus actifs de la pandémie dans le pays (Manaus, Fortaleza, São Paulo et Rio de Janeiro).

La situation à Manaus, principale ville d’Amazonie, est particulièrement grave. Au cours de la dernière semaine d’avril, les données de l’état civil indiquaient une mortalité globale qui s’était multipliée jusqu’à quatre par rapport à celle des années précédentes. Elle pourrait être supérieure en ce mois de mai.

L’État d’Amazonas, avec un territoire grand comme trois fois l’Espagne, compte 3,5 millions d’habitants, la plupart concentrés à Manaus. Selon le ministère de la Santé, le réseau de santé d’Amazonie compte seulement 450 lits en soins intensifs. Le taux de mortalité serait cinq fois supérieur à celui estimé par les autorités. À Fortaleza, le nombre de décès a augmenté de 189 % (entre le 15 avril et le 15 mai) par rapport à la même période des années précédentes.

Fortaleza est située dans une région pauvre. Le Ceará compte 8,4 millions d’habitants et un peu plus d’un millier de lits dans les unités de soins intensifs des hôpitaux.

Rio de Janeiro enregistre des augmentations un peu moindres, mais très prononcées : au cours de la dernière semaine d’avril et la première de mai, la mortalité s’est multipliée par deux par rapport aux années précédentes. L’État compte environ 4 000 lits pour 17 millions d’habitants.

São Paulo présente des données moins dramatiques. Cependant, la taille même de la ville, dont la zone métropolitaine est la plus peuplée du pays, implique que des décès en excès de l’ordre de 20 à 30 % représentent des milliers de décès supplémentaires par rapport à ce qui est habituel à cette époque de l’année. Les unités de soins intensifs de la capitale économique sont occupées à 90 % et celles de l’État, à environ 70 %. L’État de São Paulo, avec 45 millions d’habitants, compte 9 200 unités de soins intensifs, dont la moitié dans le réseau public, seul accessible pour la plupart des malades.

Hier, mercredi 20 mai, le directeur des urgences de São Paulo indiquait prévoir un effondrement du système de Santé pour la fin de la semaine prochaine…