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À peine démissionné : départ précipité du ministre de l’Éducation pour les États-Unis

Weintraub visé par la justice brésilienne

 

Le tout juste ex-ministre de l’Éducation (il a démissionné la semaine dernière, voir sur le site ICI) s’est aussitôt rendu aux États-Unis. Le New York Times emploie même l’expression « il s’est rendu en hâte aux USA ». Ceci alors qu’une crise sans précédent secoue le sommet de l’État. Enquête et arrestations se multiplient notamment autour de l’affaire Queiroz (voir également sur ce site).

Au lendemain de sa démission, donc, Abraham Weintraub, l’un des lieutenants les plus pugnaces du président Bolsonaro, a fait une sortie précipitée à destination de Miami (Floride). Au moment de son départ, il aurait fait part de sa préoccupation face aux enquêtes de la Cour suprême contre lui et d’autres responsables soupçonnés d’orchestrer des campagnes de diffamation et de désinformation.

Son départ précipité aura finalement été une illustration dramatique de la façon dont l’administration Bolsonaro a été assiégée en plein au milieu d’enquêtes criminelles et législatives. Sans parler de la catastrophe sanitaire due à la pandémie que rien ne semble arrêter au Brésil.

Weintraub espérait occuper un poste de direction à la Banque Mondiale aux États-Unis. Il est entré dans le pays en contournant une interdiction de voyager imposée pour limiter la propagation du coronavirus. Comment s’est-il débrouillé ?

@AbrahamWeint et son frère @ArthurWeint utilisent beaucoup Twitter

Peu de temps avant d’embarquer pour un vol à destination de Miami vendredi soir, M. Weintraub a déclaré qu’il prévoyait de quitter le Brésil « le plus rapidement possible ». Il a écrit dans un post Twitter : « Je ne veux pas combattre ! » en ajoutant : « Laissez-moi tranquille, ne me provoquez pas ». Et aujourd’hui lundi (22/06) il a écrit, toujours sur le réseau social : « Je suis reconnaissant à tous ceux qui m’ont aidé à arriver en toute sécurité aux États-Unis, que ce soit ceux qui ont agi directement (il y avait des dizaines de personnes) ou ceux qui prient pour moi. J’en profite pour dire que je vais bien… ». On est en plein délire, semble-t-il.

Son frère, Arthur Weintraub, un proche conseiller du président, en a rajouté une couche en écrivant toujours sur Twitter, tôt samedi matin : « Mon frère est arrivé aux États-Unis ». Il a également piqué une colère contre « toutes les conneries que l’on raconte sur mon frère ! ».

Ceci ne répond pas à la question : comment a-t-il fait pour voyager ? La première réponse qui vient à l’esprit des commentateurs est qu’il a utilisé un passeport diplomatique et sans doute de l’aide du président brésilien lui-même qui continue d’entretenir de bons rapports sinon avec Donald Trump, mais avec Steve Bannon.

Shismênia Oliveira, porte-parole du ministère de l’Éducation, a déclaré que M. Weintraub avait voyagé sur un vol commercial et payé son propre billet. Elle a déclaré que le but de son voyage était de s’installer à son poste de direction à la Banque Mondiale. Mais pour l’instant aucune confirmation de la réalité de ce poste ni officielle ni officieuse et encore moins de la banque.

S.Oliveira n’a pas voulu dire si M. Weintraub avait utilisé un passeport diplomatique. Au Brésil, les membres du gouvernement se voient délivrer un passeport diplomatique et nombre d’entre eux se rendent régulièrement aux États-Unis. L’exécutif brésilien paye généralement le voyage aller et retour ainsi que les frais d’hébergement, de bouche et de déplacement à travers les États-Unis.

Les détenteurs de ces passeports diplomatiques sont exemptés de l’interdiction de voyager imposée par la Maison Blanche le 24 mai. Elle interdit l’entrée de la plupart des étrangers qui ont récemment séjourné au Brésil.

Le Département d’État US a déclaré dans un communiqué par courrier électronique qu’il ne commentait pas les cas de visas individuels, et un porte-parole des douanes et de la protection des frontières des États-Unis n’a pas répondu aux questions concernant l’admission de M. Weintraub dans le pays.

Les députés de l’opposition ont déclaré que le départ de M. Weintraub constituait une entrave à la justice. Ils ont également déclaré que s’il utilisait effectivement un passeport diplomatique, cela représenterait un abus de pouvoir, car M. Weintraub avait quitté le gouvernement avant son voyage.

« Il est évident que cela a été fait avec l’acquiescement du président”, a déclaré Fabiano Contarato, un sénateur qui avait demandé que tous les passeports de M. Weintraub soient confisqués en attendant la fin des enquêtes criminelles.

Randolfe Rodrigues, un autre sénateur (de l’Amapá État brésilien voisin de la Guyane) a qualifié M. Weintraub de « fugitif international » qui devrait être extradé au Brésil et emprisonné.

Weintraub, l’une des figures les plus combatives du gouvernement Bolsonaro, était devenu encombrant avec ses relations extrêmement tendues avec la Cour suprême du Brésil, dont il a souhaité à plusieurs reprises la dissolution et même l’arrestation des juges.

Il fait l’objet d’une enquête de la Cour suprême pour suspicion d’orchestration de campagnes secrètes de diffamation et de désinformation en ligne. Par ailleurs le STF (Cour suprême du Brésil) a ouvert une enquête en avril sur des allégations selon lesquelles le président Bolsonaro aurait tenté de remplacer le directeur de la police fédérale pour protéger des parents et amis empêtrés dans des enquêtes criminelles.

La Haute Cour enquête également sur l’un des fils de Jair Bolsonaro.

 

        Sources : Agencia Estado, Associated Press, New York Times, Folha de São Paulo