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Venezuela : stop aux idées reçues, on réfléchit !

L’Amérique latine c’est compliqué

La gauche latino-américaine vue de Paris c’est simpliste !

L’Amérique latine, à travers le Venezuela et, dans une moindre mesure le Brésil, déchaîne les passions notamment en France. Ce qui est frappant, c’est la grande méconnaissance de celles et ceux qui prennent des positions tranchées aussi bien à droite qu’à gauche. Toutefois, il est vrai que les discours les plus caricaturaux viennent essentiellement de la part des Insoumis à travers les houkas lancés par certains amis de J.L. Mélenchon comme l’ineffable Danielle Simonnet ou les deux sergents Garcia de l’ancien sénateur socialiste, Alexis Corbière et Eric Coqueret. À droite et même au PS, on se croit revenu au temps de la guerre froide où l’enjeu vénézuélien serait non plus balloté entre l’URSS et les USA, mais entre Trump et Castro.

Première contre-vérité (souvent avancée par la droite) Lula et Chávez ont mené la même politique, le Parti des Travailleurs est proche et soutient les chavistes. C’est faux. D’abord parce que le PT a mené une politique sociale démocrate et pas du tout socialiste. D’ailleurs, à propos de l’intégration régionale en Amérique du Sud, Andrès Serbin écrivait en 2009, dans les colonnes de Nueva Sociedad, dans un article intitulé A América do Sul em um mundo multipolar : « Deux leaders jouent un rôle clé en Amérique du Sud et définissent deux visions différentes de l’intégration régionale. D’un côté, Hugo Chávez, avec un aspect géostratégique et militaire ; d’autre part, une diplomatie prudente basée sur le développement de l’économie et du commerce axée sur le Brésil [de Lula], dont la formulation la plus ambitieuse est l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) ».

Le sous-continent américain est complexe. Aussi compliqué dans son approche que l’Europe. Trop souvent on simplifie, on caricature, on parle de la gauche sud-américaine. Elle n’existe pas. On parle des révolutions sud-américaines. Elles n’existent pas. Aucun point comment entre la gauche au pouvoir en Uruguay et Maduro au Venezuela. Dilma Rousseff au Brésil a mené une politique sociale libérale lors de son second mandat (écourté) alors que Lula, tout en préservant la grande industrie, a réussi à tirer des millions de gens de la misère extrême en s’appuyant sur la même politique que celle de Mitterrand en France entre 1981 et 1983 (politique économique de la demande).

Pour une partie de la gauche, les USA veulent toujours faire des l’Amérique latine leur chasse gardée. Oui et non. Oui quand l’opportunité se présente. C’est ce qui se passe plus ou moins au Brésil, c’est ce qui se passe carrément au Venezuela. Mais, il s’agit bien d’opportunités non pas d’une politique de déstabilisation et de conquête longuement préméditée comme ce fut le cas au Chili en 1973 ou au Brésil en 1964 par exemple.

Au Brésil, ce fut d’abord un sauve-qui-peut des parlementaires corrompus qui craignaient pour leur liberté. En effet, quasiment tous les sénateurs et les députés étaient et sont toujours corrompus. Michel Temer en premier. Il leur fallait a tout pris empêcher la justice de remonter jusqu’à eux. Car, c’est à mettre au crédit de Dilma Rousseff, la police fédérale et la justice se sont vu octroyer les moyens d’œuvrer en toute liberté. Le coup d’État constitutionnel dont a été victime la présidente légitimement élue à la succession de Lula n’a pas du tout été l’œuvre d’un complot étasunien (Obama avait bien d’autres chats à fouetter) mais bien d’une manipulation interne. Alors bien sûr, les conservateurs US ont ensuite poussé à la roue notamment en aidant le juge Moro qui aujourd’hui fait tout pour empêcher Lula de se présenter en 2018, mais à l’origine la crise a été purement interne. Naturellement les néo-cons au pouvoir à Washington sont très satisfaits de Michel Temer, ce président corrompu, sans aucune volonté, qui vient de brader une grande partie de l’Amazonie aux orpailleurs (tout comme d’ailleurs s’apprête à le faire le gouvernement français et les élus locaux à propos de l’Amazonie guyanaise).

Au Venezuela, dans un premier temps, profitant de la manne pétrolière, Chávez a effectivement réussi a améliorer les conditions de vie des plus pauvres. Il a modernisé le pays. Mais il n’a pas su diversifier l’économie (pas suffisamment d’investissements dans les services publics et les infrastructures) et lutter contre la corruption. Pire, la classe dirigeante chaviste a elle-même été emportée par la corruption, la propre fille d’Hugo Chávez étant aujourd’hui une des personnes les plus riches de tout le continent américain, nord compris ! Tant que le cours du pétrole était élevé Chávez pouvait donner le change. Mais son décès, la baisse du cours du pétrole et l’arrivée au pouvoir de l’incompétent et passablement demeuré Maduro a précipité le Venezuela dans la chaos sans que les USA n‘aient eu besoin de lever le petit doigt. Il suffisait, pour les conservateurs trumpistes, d’attendre que le bel édifice s’effondre. Ce ne fut pas long. A eux aujourd’hui le beau rôle, mais ils restent prudents car le Venezuela de Chávez demeure un important fournisseur pétrolier de l’Amérique du Nord et Trump ne veut pas d’une hausse brutale du prix des carburants à la pompe, conséquence d’un effondrement total du régime ou d’une guerre civile…

Pour autant, au Venezuela, comme au Brésil, la droite n’est-elle pour rien dans les violences, les déséquilibres économiques, les injustices ? Si, bien sûr. Encore qu’au Brésil, une partie de la droite que l’on pourrait dire centriste commence à prendre ses distances avec Michel Temer. Mais il est vrai qu’elle a largement contribué au renversement de Dilma Rousseff, car s’il y a une chose qui demeure en Amérique latine et qui du coup est commune à tous ses pays c’est bien la lutte des classes. Quand Lula disait que la droite criminalise l’ascension sociale, il avait tout à fait raison et c’est une caractéristique primordiale à prendre en compte en Amérique du Sud. Celle-ci est restée dans un cadre colonial. Et du coup l’organisation sociale est toujours basée sur les inégalités au profit des classes dirigeantes et, bien sûr, au désavantage des travailleurs dont beaucoup sont demeurés dans un statut forcé de paupérisation affligeant. Aujourd’hui, au Venezuela tout comme au Brésil, la bourgeoisie (la haute, mais aussi les membres des classes moyennes supérieures) ne supporte pas l’émancipation donc ne tolère pas les Lula, Chávez, Mujica et autres Correa. C’est un fait. Prenez l’avion sur une ligne intérieure brésilienne et observez les moues de dégoût des Blancs en costume et bijoux quand montent à bord des Noirs ou des Morènes en sandales ! Mais bon an mal an, grâce aux taux de croissance des années 2000, la société brésilienne reste stable pour le moment. Alors pourquoi tout s’effondre au Venezuela ?

Un peu d’histoire et tour d’horizon sur la situation vénézuélienne pour essayer de répondre en appelant à témoigner Natalia Brandler, Maurice Lemoine, Luisa Ortega Diaz, Eduardo Galeano, Andrès Serbin (déjà cité), Patrick Le Hyaric et Pablo Stefanoni.

Natalia Brandler (@nataliabrandler) : Universitaire (docteur en sciences politiques directrice du Groupe d’études politiques sur l’Amérique latine (en France) et de l’Asociación Civil CAUCE (au Venezuela), spécialistes des systèmes électoraux et des études d’opinions.

Ce qu’elle dit :

« Les Insoumis bâtissent souvent leur discours à partir de trois erreurs :

1) Ils qualifient de «socialiste» une alliance entre militaires et politiciens corrompus utilisant le drapeau socialiste afin de s’attirer la sympathie de la gauche internationale.

2) Ils accusent «l’extrême droite et l’oligarchie financière» d’avoir détruit le pays, alors qu’en réalité, l’opposition réunit des partis de centre droit, de gauche et des sociaux-démocrates, la seule oligarchie étant la «boli-bourgeoisie» chaviste. Ils devraient s’informer sur les investigations en cours à propos des milliards de dollars déposés par cette dernière dans des banques étrangères.

3) Ils attribuent la crise à la baisse des prix du pétrole alors que la cause de cet échec est une gestion publique qui a détourné 850  milliards de dollars de revenus pétroliers et qui, prenant comme alibi un soi-disant collectivisme, a détruit l’industrie et l’agriculture ».

Elle précise : « Bien que le chavisme ait organisé des scrutins au cours des seize dernières années, depuis décembre 2015, il est évident qu’il accepte de convoquer des élections seulement quand il est sûr de les gagner. A partir de cette date, le président Maduro s’est servi du Tribunal suprême de justice (TSJ), dont les membres, nommés illégalement, sont liés au Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV, au pouvoir), pour annuler les décisions de la nouvelle Assemblée nationale (AN) » et Natalia Brandler d’ajouter : « Le Conseil national électoral, arbitre sous influence du gouvernement, déclara un chiffre de votants de 8 millions, quantité exagérée selon l’entreprise Smartmatic, chargée du comptage des votes, pour qui la fraude s’élèverait au moins à 1  million de votes. Cette fraude a été commise pour dépasser le chiffre obtenu par la MUD lors du plébiscite convoqué les 16 et 17 juillet contre l’ANC, ce qui fait planer un doute sur la transparence des processus électoraux antérieurs validés par le CNE.

L’ANC (Constituante) s’est installée en prenant d’assaut le palais législatif où se réunit l’AN. Dans un deuxième temps, elle destitue la procureure générale Luisa Ortega et émet un ordre d’arrestation. Celle-ci fuit vers la Colombie, puis le Brésil, et assure posséder des preuves de corruption de fonctionnaires. On peut se demander pourquoi une partie de la gauche française incluant, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, ne s’est pas encore prononcée sur ces faits ».

Maurice Lemoine : Journaliste et voyageur engagé, rédacteur en chef de La Chronique d’Amnesty International de 1993 à 1996, avant de rejoindre le Monde diplomatique dont il a également été le rédacteur en chef. Lire la suite sur sa fiche Wikipedia ICI.

Pour lui : « On a au Venezuela une alliance de la droite et de l’extrême droite », d’autre part, le journaliste qui connaît très bien le Venezuela où il est allé de nombreuses fois, explique : « Le secteur privé du pays n’a jamais également accepté le role prépondérant de l’Etat dans l’économie depuis l’arrivée de Hugo Chávez au pouvoir, selon Maurice Lemoine. Le Venezuela est le onzième producteur mondial de pétrole. Hugo Chávez et Nicolas Maduro n’ont pas réussi à sortir le pays de sa dépendance aux pétro-dollars qui représentent 96 % des revenus du pays selon l’OPEP pour l’année 2016 ». « On oublie que lors de l’arrivée au pouvoir de Hugo Chávez, le baril était également au plus bas et il n y’avait pas de queues devant les magazins. Nous sommes aujourd’hui dans une opération de destabilisation économique. Le secteur privé se retourne vers l’Etat pour changer ses bolivar en devises pour pouvoir importer. L’industrie pharmaceutique en 2004 a reçu 608 millions de dollars en 2004 pour pouvoir acheter des médicaments de l’étranger. Il n’y avait pas à l’époque une pénurie de médicaments. En 2014, le secteur a reçu 2,4 milliards de dollars et pourtant il y a une vrai pénurie de médicaments aujourd’hui », indique l’ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique. « Il y a un sabotage des reseaux de distribution par le secteur privé (…) proche idéologiquement de l’opposition », ajoute Maurice Lemoine.

Luisa Ortega Diaz (@lortegadiaz) : L’ancienne procureur général fut très proche d’Hugo Chávez. Discidente, elle accuse Maduro de corruption. Elle est sous le coup d’un mandat international. Elle a fui le Venezuela avec son mari (juge anti-corruption) par la Colombie. Elle est actuellement au Brésil. Sa fiche Wikipedia ICI. Elle affirme détenir les preuves de la corruption de Maduro et de sa famille. Elle réclame une intervention de l’ONU, affirmant qu’il « existe au venezuela une violation flagrante et systématique des droits de l’Homme ». Pour l’ancienne chaviste l’ANC (Asamblea Nacional Constituyente) est totalement illégale. Lors de la 22e réunion des procureurs généraux (les Ministères publics) du Mercosul au Brésil la semaine dernière, elle a déclaré : « Cet événement me permettra de montrer au monde les preuves qui incriminent Nicolás Maduro et son entourage dans de graves crimes de corruption ». selon elle : « Les Vénézuéliens sont aujourd’hui persécutés, emprisonnés pour penser différemment du régime du dictateur Nicolás Maduro et de son entourage complètement corrompu ».

Eduardo Galeano : Écrivain, journaliste, dramaturge uruguayen [né à Montevideo en 1940]. Son œuvre la plus connue, Les Veines ouvertes de l’Amérique latine, est un acte d’accusation contre l’exploitation de l’Amérique latine par les puissances étrangères depuis le XVe siècle. Il participe à des forums sociaux mondiaux de l’altermondialisme [2001-2005], et fait partie des dix-neuf personnalités qui ont proposé et signé le manifeste de Porto Alegre. Il est membre du comité de parrainage du tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009. Galeano a toujours dénoncé la main mise des USA sur les pays d’Amérique du Sud, combattant sans cesse la moindre velléité émancipation. Il a écrivait en 2015: « Hugo Chávez est un démon. Pourquoi? Parce qu’il a tiré de la misère deux millions de vénézuéliens qui ne savaient et ne pouvaient ni lire ni écrire, même en vivant dans un pays qui détient la richesse naturelle la plus importante au monde : le pétrole. Je vivais dans ce pays depuis quelques années et je savais très bien ce qu’il en était. On l’a appelé le « Venezuela saoudien » à cause du pétrole. Il y avait alors deux millions d’enfants qui étaient déscolarisés (…) c’est la preuve que Chávez est un méchant [aux yeux des impérialistes]. Il veut aider les pays sud-américains, Cuba envoie des médecins, il les paie. Mais les médecins ont également été une source de scandale, les médecins vénézuéliens étaient furieux de la présence de ces intrus travaillant dans les quartiers les plus pauvres, alors que je vivais là-bas en tant que correspondant de Prensa Latina… »

Andrès Serbin : Anthropologue et docteur en sciences politiques, professeur titulaire à la Facultad de Ciencias Económicas y Sociales de la Universidad Central de Venezuela. Président exécutif de la Coordinadora Regional de Investigaciones Económicas y Sociales (CRIES), un réseau très actif en Amérique latine et dans les Caraïbes dont le siège est à Buenos Aires. Il a travaillé au sein de plusieurs universités européennes dont Marseille-Aix et la Sorbonne III. Selon lui : « Hugo Chávez [avait] une vision géostratégique et militaire, chargée d’éléments idéologiques, illustrée par sa politique étrangère. Grâce à une diplomatie proactive qui utilisait les ressources énergétiques Chávez a cherché à renforcer son leadership en Amérique latine et, d’autre part, à jouer un rôle mondial plus pertinent grâce à des alliances avec l’Iran, la Russie et la Chine et par l’utilisation de Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) en tant que forum mondial. La crise financière et son impact sur les prix du pétrole, ainsi que la fragilité croissante des accords internes qui définissent la capacité de Chávez de gouverner son pays et de maintenir des politiques sociales cohérentes, menacent à court terme cette stratégie, dont la Construction d’un monde multipolaire pour contrer l’unilatéralisme et l’hégémonie américaine, dans une rhétorique fortement anti-impérialiste ». Ce que n’a jamais su faire Maduro.

Patrick Le Hyaric : Journaliste et homme politique français, président et directeur du groupe L’Humanité (L’Humanité, L’Humanité Dimanche, l’humanité.fr, Pif Gadget, le réseau La Cerise, la Fête de l’Humanité). Fils d’agriculteurs, aide familial puis technicien agricole, Patrick Le Hyaric commence sa carrière de journaliste à La Terre, dont il est directeur général depuis 1989. En 2000, il succède à Pierre Zarka comme directeur du journal L’Humanité. Il est par ailleurs président de l’Association pour le pluralisme de la presse. Elu député européen de la circonscription d’Île-de-France depuis 2009, il est également conseiller municipal à Aubervilliers : « Je suis personnellement lié au Venezuela et à nombre de ses dirigeants de multiples manières. J’ai répondu à toutes les demandes de collaboration et d’aides notamment sur le développement agricole. J’avais même, à la demande de H. Chávez, travaillé sur les médias et un projet de journal. C’est parce que je suis cet ami que je permets d’être critique. On aurait tort de nier le fait qu’il aurait fallu depuis longtemps changer de modèle économique et sortir du quasi « tout pétrole ». On aurait tort de nier ou de vouloir cacher la corruption. D’autre part, on ne peut avoir trente six discours variables selon la posture qu’on défend : l’un ici qui dit que le parlement est premier, et l’autre ailleurs qui explique que parce que le parti du président a perdu les élections législatives, le primat revient au président. On ne peut pas ici regarder la côte de popularité du président et dire que là-bas il ne faut pas le faire parce qu’il est en deçà des 20%. On ne peut pas avoir adoré hier des personnalités, d’anciens ministres ou encore Mme Luisa Ortega Diaz (procureure générale qui a toujours été fidèle à la constitution et à la révolution) et les vouer aujourd’hui aux gémonies parce qu’ils émettent des réserves et des critiques sur l’objet de la constituante et sur son processus. Un processus où une commune de quatre milles habitants a la même représentation qu’une autre de huit cent mille habitants. Ceci combiné avec une représentation par corporation dont personne ne peut dire comment on été construites les listes électorales. Où est ici le principe « un homme / femme, une voix » ? Pourquoi vanter tant le référendum révocatoire et ne pas s’y soumettre quand les conditions constitutionnelles sont pourtant réunies ? »

Pablo Stefanoni (@PabloAStefanoni) : Économiste et journaliste. Rédacteur en chef de « Nueva Sociedad », ancien directeur du « Monde diplomatique » – édition bolivienne, coauteur de « Debatir Bolivia. Perspectivas de un proceso de descolonización » (2010), membre du conseil éditorial d’Alternatives Sud (CETRI). Il écrit dans un article intitulé El retroceso « nacional-estalinista » publié ICI il y a quelques jours : « La gauche latino-américaine et européenne devrait préférer le débat sur le sens de la démocratie plutôt que de se barricader dans une défense aveugle du chavisme qui ouvre la porte à la droite. En 1920, à l’issue d’un voyage dans la Russie révolutionnaire avec un groupe de syndicalistes ouvriers, l’intellectuel britannique Bertrand Russell écrivit un petit livre (Théorie et pratique du bolchévisme) dans lequel il retranscrivit ses impressions sur la récente révolution bolchévique. Il y abordait, avec simplicité et sens de l’anticipation, quelques-uns des problèmes liés à la concentration des pouvoirs et aux risques de bâtir une nouvelle religion d’État. Dans un texte fortement empathique avec la charge colossale reposant sur les épaules des bolchéviques, il soutenait que le prix de leurs méthodes serait très élevé et que, même en payant ce prix, le résultat était incertain. Dans ce raisonnement, on retrouve la plupart des difficultés du socialisme soviétique et de ce qu’il est devenu au cours du XXe siècle.

Cent ans après ce manifeste libertaire, il n’est pas inutile de revenir sur ces problèmes. Surtout parce que la tension entre démocratie et révolution demeure d’actualité bien que, en général, elle se manifeste plus comme une farce que comme une tragédie, du moins dans certaines analyses de la conjoncture latino-américaine. Le cas vénézuélien est le plus dramatique, car il s’agit de la première expérience autoqualifiée de socialiste et victorieuse depuis la révolution sandiniste de 1979. Ne serait-ce que pour cela, elle mérite qu’on y prête attention. De surcroît, il est possible que son échec ait des conséquences similaires à celles de la défaite sandiniste de 1990, voire pire. Cependant, les analyses font souvent défaut et sont généralement remplacées par des discours pamphlétaires qui ne sont rien d’autre que le miroir inversé de ceux de la droite régionale… La convocation d’une incertaine Assemblée constituante s’apparente à une fuite en avant du gouvernement de Nicolás Maduro, dont le soutien populaire s’effrite dans les urnes comme dans la rue.

(…) On supprime la démocratie avec le libéralisme. Ce n’est pas un hasard non plus si une grande partie de la gauche qui célèbre la “mère de toutes les batailles” vénézuélienne admire Kadhafi et son Livre vert. En Libye, le “chef spirituel” a poussé à l’extrême le remplacement de la démocratie libérale par un État de masse (la Yamahiriya) fondé sur son pouvoir personnel et sur une police secrète efficace qui a éradiqué le problème de la dissidence…

Il s’agit d’une gauche que l’on pourrait dénommer “nationale-stalinienne”. Une appellation idéale, qui permet de définir un espace rassemblant le populisme latino-américain et la nostalgie stalinienne (des éléments qui, par le passé, se conjuguaient mal). De ce mélange se dégage une sorte de “structure de sentiment” qui combine la rhétorique hyperbolique, une analyse sociale et politique étroite, un binarisme appauvrissant et une vision moralisatrice (à défaut d’analystes marxistes de l’impérialisme, on y trouve des moralisateurs enthousiasmés par les avantages des nouveaux pouvoirs comme la Chine ou le retour de la Russie, sans parler des sympathies avec Bachar al-Assad et d’autres héros de l’anti-impérialisme). Dans la mesure où la marée rose latino-américaine se retire, le populisme démocratique qui expliquait la vague de gauche dans la région perd de sa force, et cette sensibilité nationale-stalinienne gagne en visibilité et en influence au sein des gouvernements en déclin ou parmi les gauches affaiblies. Le national-stalinisme est une espèce de populisme minoritaire qui, lorsqu’il gouverne, agit comme s’il résistait depuis l’opposition. C’est pour cela qu’il gouverne si mal ».

Mégane De Amorim : Journaliste à Libération. Voici des extraits de son article (2016) consacré à Lorent Saleh, étudiant et activiste de 27 ans enfermé depuis près de trois ans dans une prison souterraine de Caracas :

« Lorent Saleh a été emprisonné en septembre 2014, accusé par le régime de préparer un attentat terroriste contre le Venezuela. Il est depuis enfermé dans la “Tombe”, une prison souterraine de Caracas, que les ONG dénoncent comme le haut-lieu de la torture des opposants politiques. Il y a des jours où il va bien, des jours où ça ne va pas, raconte à Libération la mère de Lorent Saleh, Yamile Saleh Rojas. Quand il est arrivé dans la “Tombe”, on lui a coupé les cheveux, on lui a mis l’uniforme. On l’a enfermé vingt mètres sous terre, dans des cellules construites pour être les coffres-forts d’une banque. Pendant huit mois, il n’a pas pu voir le soleil. Ils lui mettaient la lumière dans sa cellule, de jour comme de nuit, il n’avait plus la notion du temps. Ils ne le frappent pas dans la “Tombe”, mais tout est fait pour le détruire. Ils mettent des températures tellement basses que le lit est gelé. Lorent est malade, il a de graves problèmes de santé, des problèmes urinaires et ils ne le soignent pas. Ça fait un an et demi qu’on demande son transfert en hôpital et il n’a encore jamais vu de médecin. C’est de la torture. Je veux que tout le monde sache qu’au Venezuela, ils torturent les jeunes (…) Pour le régime vénézuélien, Lorent Saleh est un terroriste soutenu par la droite colombienne, en particulier par l’ex-président colombien Alvaro Uribe. Suspecté de préparer un attentat, il est accusé de “conspiration de rébellion”. Le ministre de l’Intérieur, Miguel Rodriguez Torres, diffusait juste après son arrestation une vidéo accablant Lorent Saleh. Elle apporterait la preuve que l’étudiant prévoyait des attentats au Venezuela. La vidéo, visiblement coupée au montage à de multiples reprises, présente Lorent en pleine conversation par webcam. L’image est en partie assombrie, ne laissant apparaître qu’un rond, au centre. Le mois dernier, 400 opposants au régime, qui manifestaient contre la politique de Nicolas Maduro, ont été également arrêtés. Pour Natalia Brandler, directrice du Groupe d’études politiques sur l’Amérique latine, “le référendum révocatoire est maintenant la seule solution pour éviter un bain de sang au Venezuela”. L’article complet, publié dans Libération le 21 juin 2016 est à lire ICI.

Ces témognages et ces analyses ne sont pas exhaustifs. Il y en a beaucoup d’autres. Mais j’ai pensé qu’il serait utile de les rassembler afin d’avoir une vision démarquée des prises de position trop tranchées lues ici ou là. Personellement je retiendrais ces mots de Patrick Le Hyaric à propos de la situation vénézuélienne : « On aurait tort de nier le fait qu’il aurait fallu depuis longtemps changer de modèle économique et sortir du quasi « tout pétrole ». On aurait tort de nier ou de vouloir cacher la corruption. D’autre part, on ne peut avoir trente six discours variables selon la posture qu’on défend : l’un ici qui dit que le parlement est premier, et l’autre ailleurs qui explique que parce que le parti du président a perdu les élections législatives, le primat revient au présiden».

En attendant, il est clair que la solution doit passer par les urnes sous un contrôle international. Enfin, ce qui est indéfendable chez Hugo Chávez puis Nicolás Maduro est la corruption. Je suis de ceux qui disent que la corruption doit être considérée comme crime contre l’Humanité. Elle fait des victimes. Elle prive les enfants d’école, les malades de soins, les femmes et les hommes de l’émancipation à laquelle ils ont droit ! La corruption détruit tout ce que le chavisme aurait pu avoir de positif.

NB : J’ai la prétention de bien connaître l’Amérique du Sud. Je vis au Brésil et séjourne en Guyane française régulièrement. Ces dix dernières années je suis allé quatre ou cinq fois à Caracas et dans le sud du Venezuela. Dernièrement j’ai pu constater à Manaus et Bélem (Amazonie brésilienne) l’arrivée de réfugiés vénézuéliens (mai et juin 2017). J’ai surtout vu des Amérindiens (quand les Amérindiens fuient ce n’ait vraiment pas bon signe) et des gens soucieux de se procurer  des médicaments. La corruption plus le vraissemblable blocus intérieur fait que des malades ne peuvent plus se soigner. La situation au Vénézuéla destabilise la région et est avant tout une crise sanitaire.

Venezuela

La tentation du national-stalinisme

Dans un article publié le 8 août 2017 dans les colonnes de Mediapart, l’ancien directeur de l’édition bolivienne du Monde diplomatique, Pablo Stefanoni écrit : « La gauche latino-américaine et européenne devrait préférer le débat sur le sens de la démocratie plutôt que de se barricader dans une défense aveugle du chavisme qui ouvre la porte à la droite ».
Et c’est bien l’enjeu : le retour d’une droite régressive et revancharde après le fiasco de l’épisode Maduro !
Pour le journaliste, observateur avisé des évènements latino-américains, Maduro s’enfonce et une partie de la gauche avec lui :  « La convocation d’une incertaine Assemblée constituante s’apparente à une fuite en avant du gouvernement de Nicolás Maduro, dont le soutien populaire s’effrite dans les urnes comme dans la rue. Il est certain que les manifestations contre le gouvernement sont plus ou moins véhémentes selon les régions, mais l’affirmation selon laquelle il n’y a que les riches d’Altamira ou de l’est de Caracas qui s’opposent au gouvernement est démentie par la défaite écrasante du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) aux élections législatives de 2015. Pour cette raison, il n’y a pas eu d’élections régionales (ni syndicales) ensuite. Pour cette raison encore, la Constituante a été façonnée de manière à ce qu’elle combine le vote citoyen avec le vote territorial et celui des entreprises, par le biais d’une entourloupe maquillée de principes révolutionnaires ».
Il souligne : « Il est important que la gauche se différencie de l’antipopulisme — avec ses aspects élitistes, revanchistes et souvent autoritaires. Mais mépriser la perspective d’une radicalisation démocratique, en accusant les libéraux qui pointent les déficits démocratiques glissant vers un néo-autoritarisme décadent, ne fait que favoriser les nouvelles droites régionales. Au lieu de se battre pour le sens de la démocratie contre les visions qui la réduisent à la liberté du marché, à la postpolitique ou au républicanisme conservateur, les nationaux-staliniens l’abandonnent et se barricadent dans une “résistance” incapable de régénérer la prééminence que la gauche avait conquise en Amérique latine lors de la “décennie gagnée”. Ce qui était défendable au nom du “socialisme au XXIe siècle” est devenu une parodie des années 70 ».
Et Pablo Stefanoni de conclure : « Malheureusement, sans une gauche plus active et créative au sujet du Venezuela, l’initiative régionale reste aux mains de la droite. Examinons ces processus de manière critique et faisons tout notre possible pour que Caracas ne soit pas notre mur de Berlin du XXIe siècle ».

Ce article a été traduit de l’espagnol par Thomas Cantaloube
Version complète pour les abonnés de Mediapart ICI

14-Juillet

Communiqué du Consulat général de France à Recife

A l’occasion de la fête nationale française, le vendredi 14 Juillet 2017, le Consulat Général de France à Recife pour le Nordeste organise une soirée à caractère culturel au Museu de Arte Moderna Aloisio Magalhães (MAMAM) et en partenariat avec lui.

 Cette célébration de la fête nationale française est plus particulièrement placée sous le signe du partenariat et de l’amitié entre les peuples.

 La soirée ambitionne de réunir de nombreux partenaires de la France dans le Nordeste dans les domaines  économique, de l’enseignement et de la recherche ou de la création culturelle.

 Le Consulat Général de France est également heureux d’inviter quelques compatriotes à cette soirée. A cet effet il met  à leur disposition des invitations qu’il convient de venir retirer en personne au Consulat général. Le nombre d’invitations étant nécessairement limité, il est recommandé de se présenter au Consulat général le plus tôt possible la semaine prochaine.  L’invitation est nominative et valable pour une seule personne. Une seule invitation sera remise par personne.

 Merci de formuler votre demande au préalable par voie de courriel à l’adresse suivante : admin-francais.recife-fslt@diplomatie.gouv.fr . Cette précaution est prise pour vous éviter un déplacement inutile.

Brésil : Le sénat approuve la Loi Travail (très controversée)

Le Sénat a approuvé mardi une réforme du Code du travail très contestée par les syndicats. Le projet de loi avait déjà été approuvé par la chambre des députés en avril. Réclamée par les milieux d’affaires, cette réforme est considérée comme vitale par le gouvernement du président Temer.

La réforme s’inscrit dans une série de mesures d’austérité en corollaire avec la réforme en cours d’examen par le parlement, et elle aussi très contestée. La nouvelle loi travail prévoit notamment la création de contrats de travail plus flexibles, et met fin aux cotisations syndicales obligatoires. Selon un sondage de l’institut Datafolha, 58 % des Brésiliens y sont opposés.

M. Temer a salué le vote du Sénat : « Je crois que nous avons approuvé une des réformes les plus ambitieuses des trente dernières années », a-t-il dit.

L’adoption du texte par le Sénat a été retardée mardi pendant un long moment par trois sénatrices de l’opposition qui ont empêché le président du Sénat Eunicio Oliveira de s’asseoir à son pupitre. Le président du Sénat a alors décidé de suspendre les débats et demandé de couper les micros et la lumière. L’hémicycle a été plongé dans l’obscurité. Les trois sénatrices de gauche qui ont occupé le pupitre ont ensuite été rejointes par d’autres parlementaires, qui ont retransmis leur action en direct sur les réseaux sociaux à l’aide de leurs téléphones mobiles.

Guyane

Encore une élue mise en examen (la maire de Saint-Elie)

L’alliance de la Bible et du fusil-mitrailleur : ces figures montantes de l’extrême-droite brésilienne

par Mathilde Dorcadie

Secoué par les scandales de corruption et les intrigues, le Brésil vit actuellement une restructuration complète de son paysage politique, dominé pendant une décennie par le Parti des Travailleurs (PT) et sa figure emblématique, l’ancien syndicaliste Lula. En deux ans, les courants conservateurs et réactionnaires, proches des paramilitaires et des églises évangélistes, ont conquis un espace médiatique sans précédent et infusent lentement leurs idées dans une société qui a perdu confiance dans ses dirigeants. Dans la perspective d’élections anticipées, et dans un contexte de violence politique croissante, Basta ! propose un tour d’horizon des nouvelles droites au Brésil.

Brésil : grève générale

Élections anticipées ?

La journée de protestation contre le gouvernement Temer au Brésil (vendredi 30 juin 2017) n’a guère mobilisé en dehors des grandes métropoles du littéral (São Paulo, Rio de Janeiro, Porto Alegre). Dans le Norte et le Nordeste les activités commerciales et me parfois bancaires ont été très peu perturbées. Par contre, partout, les transports en commun étaient à l’arrêt (Teresina, Fortaleza, Brasília, Imperatriz, Cuiaba…)

La circulation a notamment été désorganisée vendredi matin par des manifestants qui avaient placé des barricades pour bloquer des routes, notamment à Rio de Janeiro, où des incidents entre policiers et manifestants se sont prolongés jusque dans la nuit. Des pneus ont été brûlés sur les principales voies d’accès à la ville, provoquant des embouteillages monstres atteignant 70 km à l’heure de pointe. À Sao Paulo, capitale économique du pays, un groupe d’une vingtaine de personnes a installé des barricades pour bloquer une route du centre-ville, avant d’être dispersé par les forces de l’ordre à l’aide de grenades assourdissantes (AFP).

Les principales revendications portent sur l’assouplissement des règles du travail et la réforme libérale des régimes de retraite. Tout ça dans un contexte de crise politique sans fin. Le président Temer est clairement accusé de corruption. Il est sur un siège éjectable. Lula demande des élections anticipées.

Brésil : Le naufrage du président Temer

Arrivé au pouvoir il y a un an à peine, dans la foulée de la destitution de la présidente Dilma Rousseff, Michel Temer est aujourd’hui en bien mauvaise posture.

« Homme froid et cérémonieux, profondément impopulaire auprès des Brésiliens, Temer est arrivé en affichant une seule et unique préoccupation : la dure crise économique que le Brésil traverse depuis 2014 », rappelle El País Brasil. Mais il s’est avéré incapable d’imposer les réformes économiques drastiques qu’il voulait mettre sur pied. Temer est également aux prises avec la justice, notamment pour des soupçons de corruption. Quant à sa popularité, elle est estimée à moins de 9 %, rapporte O Globo.

À lire dans Courrier International 

Tout savoir, ou presque sur la situation économique du Brésil par les services économiques à l’étranger du Ministère de l’économie (Direction du Trésor)

Guyane: de scandale(s) en scandale(s)

En Guyane française, l’histoire se répète depuis des décennies. Cadres dirigeants, élus, institutions font encore et toujours la une des médias et généralement pas à leur avantage.

Les élus notamment sont sur la sellette : la maire de Cayenne, Mme Marie-Laure Phinéra Horth et l’ancien maire de Matoury sont soupçonnés de détournement de fonds publics. La maire de la capitale a même été placée en garde à vue. Tous les deux nient farouchement. En ce qui concerne M. Jean-Pierre Roumillac l’ancien maire de Matoury de 1989 à 2014, il se voit accusé par l’actuel maire (M. Gabriel Serville qui a sauvé son siège de député) qui affirme vouloir déposer une plainte dès lundi (3 juillet). Ces accusions sont dans l’air depuis au moins… deux ans. Certains observateurs s’interrogent à propos de l’opportunité d’engager des poursuites aujourd’hui.

Au chapitre des élections, justement, les deux députés de Guyane font l’objet d’un recours. Davy Rimane, syndicaliste (éclairage, mais ce n’est pas forcément une lumière !) contre Lénaïck Adam dans la deuxième circonscription (Ouest). Dans la première circonscription (Cayenne et Est) on ne connaît pas l’identité de celle ou celui qui a déposé un recours contre M. Serville (député sortant, réélu).

À part ça le scandale Léon Bertrand perdure. Condamné à de la prison ferme, il est toujours en liberté et surtout… maire de Saint-Laurent-du-Maroni ! [voir mon papier dans Mediapart ou sur ce site un peu plus bas].

Autre affaire cocasse (ou dramatique, c’est selon), celle de l’ineffable Bertrand Moukin un des leaders du mouvement d’avril-mai. On l’a surnommé M. Barrages, tout un symbole. Cet homme, par ailleurs vent debout contre l’immigration clandestine a finalement reconnu avoir participé à un vaste trafic de… faux visas ! L’affaire concerne également deux fonctionnaires de la préfecture, une dirigeante d’entreprise et un transporteur. Troublant : le préfet était-il au courant lors de négociations folkloriques avec les 500 frères et autres collectifs ?

Autre affaire : le procès de l’ancien président de la Chambre des métiers et de l’artisanat, M. Harry Contout pour favoritisme conjointement avec un chef d’entreprise. Voir Guyaweb sur les développements de cette sombre histoire où, comme toujours en Guyane, trafic d’influence, corruption, abus de confiance sont étroitement liés avec les pouvoirs économiques et politiques !

Pendant ce temps-là, le lycée agricole de Matiti est bloqué. L’établissement est en cessation de paiement fautes de subventions, notamment de la part Collectivité locale… Naturellement, on parlemente, on s’énerve, on bloque et débloque, mais rien n’avance.

Wait and see !

Selon les autorités, la cagoule n’est plus à la mode en Guyane !

Cet article a été publié sur mon blog, site de Mediapart, le 7 juin 2017 à 13:10 (Paris: 18:10)

La justice garde un œil sur les cagoulés de Guyane. Les 500 frères ont voulu remettre le couvert, le procureur a tapé du poing sur la table ! Des questions demeurent.

Les 500 cagoulés bas du front ont repris du service le 6 juin en voulant bloquer le centre des impôts de Cayenne. Mais, contrairement à il y a quatre mois, comme nous le soulignions dans notre article du 17 février 2017, la justice a réagi. En effet, par un communiqué de presse, le procureur de la République (près le TGI de Cayenne, M. Eric Vaillant) a justifié l’interpellation de plusieurs leaders des collectifs dits des 500 frères et de Trop Violans en ces termes :
« … six personnes ont été interpellées et placées en garde à vue au commissariat de Cayenne (…) pour les motifs suivants : dégradation de biens publics, entrave à la circulation, entrave à la liberté de travailler, dissimulation de visage lors d’une manifestation et pour l’un d’entre eux, en plus : port d’arme de catégorie D (poing américain et menaces) ».
Les gardes à vue ont été relativement courtes (un peu plus de cinq heures), mais « l’enquête se poursuit ».
Une question évidente se pose : pourquoi ces interpellations n’ont-elles pas eu lieu le 15 février dernier puis les semaines suivantes où on a quand même laissé librement circuler des cagoulés, bloquer la Guyane, dégrader la préfecture et parfois commettre des actes « musclés » en tenant des propos racistes ?
Pourquoi a-t-il semblé normal pour les élus et les autorités de Guyane qu’une poignée d’énergumènes bloquent pour la seconde fois le consulat du Surinam ?
Pourquoi a-t-on vu des gradés de la gendarmerie « cul et chemise » avec des cagoulés ?
Pourquoi le préfet s’est-il laissé déborder par des gens complètement hors-sol et irresponsables ?

Pourquoi ce qui était autorisé avec une certaine bienveillance ne l’est-il plus aujourd’hui ?
Certains avancent l’explication suivante : il fallait éviter à tout prix une explosion bien plus grave à la Guyane. Sans doute, mais nous évoquons les premiers jours. C’est-à-dire les premiers défilés des cagoulés à la mi-février. À ce moment-là, il était tout à fait possible de désamorcer ce qui en fait n’aura été qu’une suite d’événements néfastes n’ayant apporté à la Guyane quasiment aucun autre bénéfice que ceux proposés dans un certain Contrat d’avenir. Celui-ci, à défaut de construire l’avenir, a surtout fait couler beaucoup d’encre et de salive du côté de la CTG (Collectivité territoriale de Guyane). Ah si : il y a l’effacement de certaines (grosses) dettes dues à des incompétences purement locales ! Tout ça pour ça…

Au fait, un sondage circule : désormais, il n’y a plus que 15 % des Guyanais pour approuver l’action des 500 cagoulés. Mais bon, ce n’est qu’un sondage…

Brésil: le président Michel Temer plus que jamais sur la sellette


On le surnommait l’homme à la valise. Rodrigo Rocha Loures ce proche du président Temer avait été filmé en train de recevoir une valise de billets de banque (150 000 €). Il a été emprisonné. L’incarcération de ce proche conseiller du président Temer fragilise encore un peu plus le gouvernement brésilien. Enième rebondissement qui arrive au moment où le président pourrait voir son mandat cassé par le Tribunal supérieur électoral qui siège à partir de ce mardi 6 juin. Déjà accusé de corruption, M. Temer comparait aujourd’hui pour des irrégularités dans le financement de la campagne présidentielle de 2014 dans le ticket Dilma Rousseff présidente et Michel Temer à la vice-présidence. La position du président (non élu) devient franchement compliquée. Quant à son impopularité, elle bat des records ! « Le président affirme qu’il veut le bien du Brésil, en réalité il redoute la prison et sa résistance aggrave la crise a déclaré Paolo Baia, professeur de sciences politiques à l’Université fédérale de Rio de Janeiro ».

Quoi qu’il en soit, si le président est destitué le président de la Chambre des députés, Rodrigo Maia, assurera l’intérim pendant un mois, ensuite il y aura des élections indirectes (par le Congrès).

De plus en plus de voix s’élèvent (notamment dans la rue) pour réclamer des élections directes anticipées (au suffrage universel). Normalement la prochaine élection présidentielle doit avoir lieu en octobre 2018. Lula est candidat, pour l’instant, car la justice et tout particulièrement le juge Moro s’échinent à lui barrer la route.   Lors de la clôture du 6e congrès du Parti des travailleurs à Brasilia, ce dernier a déclaré : « J’ai appris aujourd’hui que le parquet demande ma condamnation, m’on incarcération. Je ne sais pas pourquoi. N’importe où dans le monde pour être condamné ou accusé il faut des preuves, ici au Brésil, non ! »

Gleisi Hoffmann, 2017

O PT vivenciou neste domingo mais um processo de eleições diretas para renovar suas direções. Milhares de filiados e filiadas foram às urnas partidárias. Esse processo é um compromisso histórico do PT com a democracia, que o diferencia de outras agremiações partidárias no País.

À l’ouverture de ce congrès, Lula avait demandé à la gauche de se préparer à revenir au pouvoir. Il a aussi critiqué l’infantilisme du parquet qui selon lui n’est pas parvenu « depuis deux ans a trouvé un dollar, un peso, un Real de pots-de-vin » à son encontre. Par ailleurs, ce Congrès a élu à la tête du Parti des Travailleurs la sénatrice Gleisi Hoffmann, avocate de 51 ans. Elle a été la chef de cabinet de la présidence de la République sous Dilma Rousseff. 

À propos de l’élection de G. Hoffmann, l’ex-président Lula da Silva déclaré : « Quand le PT était dirigé par des hommes il était bien et maintenant que c’est une femme qui en assure la responsabilité, ils vont voir comment le parti est plus audacieux, plus aguerri ». Quant à Michel Temer, il faut savoir que la plainte contre lui devant le Tribunal supérieur électoral a été déposée par une formation de droite, le parti de la social-démocratie brésilienne, qui avait perdu l’élection présidentielle de 2014. Ce parti est aussi… membre de la majorité présidentielle actuelle ! On voit mal désormais comment Michel Temer peut se maintenir au pouvoir, à moins que les juristes décident de jouer l’apaisement en le maintenant sous perfusions jusqu’à l’élection de 2018… histoire de ne pas rajouter une crise aux autres crises (politique, sociale, économique) qui secouent et affaiblissent le pays depuis plus de deux ans.

Législatives 2017. Français de l’étranger.

Fin de partie pour les deux députés sortants des première et deuxième circonscriptions de l’Amérique

Le continent américain compte deux circonscriptions pour les représentants des Français établis hors de France. La première (Nord, USA Canada), la deuxième (Amérique latine). Cette dernière comprend trente-trois pays pour une population d’environ 100 000 Français inscrits sur les registres consulaires. Le Brésil rassemble environ 22 000 ressortissants français (inscriptions consulaires).

Dans la 2e circonscription, Sergio Coronado a été le premier député à être élu (depuis la réforme de 2010) le 17 juin 2012 sous l’étiquette EELV. En 2017 il se représentait sous les couleurs de J.L. Mélenchon. Il serait en ballotage défavorable selon les premiers résultats partiels.

Selon les résultats publiés par l’embassade de France au Brésil Paula Forteza (LREM) arriverait en tête avec 50,64% des suffrages exprimés devant le député sortant, Sergio Coronado avec 22,18 %. (Résultats seulement sur les 10 bureaux du Brésil, pas sur l’ensemble de la 2e circonscription).

Même sort dans la première circonscription pour l’ancien sniper de Sarkozy, Frédéric Lefebvre (LR). Il serait battu par Pierre Lescure (LREM). 

Màj : 4 juin 2017 (22 h Brésil, 3 h le 5, Paris).

Paula Forteza (LREM)-Amérique latine

Sergio Coronado (FI)-Amérique latine

Frédéric Lefevbre (LR)-Amérique du nord

Roland Lescure (LREM)-Amérique du nord

Brésil : Après deux années de récession hausse du PIB de 1 %
Mais la crise politique et sociale est toujours prégnante

Certes c’est une bonne nouvelle, mais l’incertitude est toujours de mise tant la crise politique et sociale est profonde. Les inégalités s’accroissent, les mesures libérales du président Temer gèlent les acquis sociaux des plus pauvres et pénalisent aussi la classe moyenne notamment au registre des retraites.
D’ailleurs cette hausse de 1 % au premier trimestre 2017 ne doit pas masquer le fait que par rapport au 1er trimestre 2016, le PIB de la principale économie latino-américaine est cependant en retrait de 0,4 %, a précisé l’IBGE (Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística).
Pour rappel Le PIB du Brésil avait diminué de 3,6 % en 2016, après avoir déjà baissé de 3,8 % en 2015.
L’économie brésilienne, qui avait connu un taux de croissance record de 7,6 % en 2010, a été affaiblie par la baisse des cours des matières premières (produits agricoles et pétroliers), mais aussi par la crise politique qui secoue le pays.
 L’analyste et ex-président de la Banque centrale Carlos Langoni maintient sa prévision d’une croissance autour de 0,5 % pour l’année en cours. Même si, a-t-il précisé « dans un scénario extrême d’approfondissement de la crise politique, il pourrait y avoir une croissance nulle du PIB, avec une stagnation économique ».
Par secteurs, c’est l’agriculture qui a connu la plus forte progression (13,4 %) grâce à un volume accru de récoltes et à la bonne résistance des prix des marchandises. L’industrie a progressé de 0,9 % et les services sont restés stables.

Reste que l’inflation passe en avril sous la cible de la Banque centrale (4,08 % contre 4,5 %), pour la première fois depuis 2009. Par ailleurs, toujours selon l’IBGE, les secteurs du commerce de détail voient leurs résultats baisser en mars en comparaison à février (quasi – 2 %).

Crise politique et sociale

D’autre part en dévoilant le programme d’investissement nommé « Avançar », destiné à remplacer la PAC (plan d’accélération de la croissance), le gouvernement fait l’impasse sur les politiques sociales d’éducation, de santé, de sport et d’accès à l’eau en y consacrant seulement 13 % du budget. Les priorités étant les transports et la défense. Curieux : la défense (23 % du programme) pour un pays qui n’est en guerre avec personne et dont aucune perspective belliqueuse n’est en vue.

Le président non élu Michel Temer, 76 ans

L’actuel président non élu, Michel Temer, 76 ans, est mis en cause par d’anciens cadres du groupe de BTP Odebrecht, dans l’enquête sur l’énorme scandale de corruption impliquant la plus grande entreprise du pays, le groupe pétrolier Petrobras. M.Temer aurait demandé à Odebrecht quelque 10 millions de reais (3 millions d’euros) pour la campagne de son parti (PMDB). Pour une fois, les juges détiendraient des preuves. Contrairement au sujet des accusations portées contre Lula soupçonné d’enrichissement personnel par le juge Moro qui ne désespère pas d’empêcher l’ancien président, toujours populaire (notamment dans les régions pauvres du Norte et du Nordeste), d’être candidat à la présidentielle d’octobre 2018.

[M. Temer est président par intérim après le coup d’État constitutionnel mené par la droite et l’extrême droite qui a mené à la destitution de Dilma Rousseff qui avait été élue démocratiquement pour un second mandat].

Qual o nome completo de Michel Temer ?

Filho de imigrantes libaneses que chegaram ao Brasil, na década de 1920, Michel Temer nasceu e foi criado no interior paulista. Em 1963, graduou-se em direito pela Universidade de São Paulo (USP), onde atuou ativamente na política estudantil. O nome completo de Michel Temer é Michel Miguel Elias Temer Lulia .

Le témoignage d’un lanceur de projets entrepreneuriaux en Guyane

Après la publication d’un article sur le blog de Mediapart ICI concernant la Guyane, Maurice B. nous a envoyé un courriel. Il souhaite témoigner sur les difficultés qu’il rencontre auprès des élus et des administrations en Guyane. Il travaille dans le secteur fluvio-maritime (création et fabrication d’embarcations originales comme des house-boats ou des petits sous-marins de loisir). Il reproche surtout aux élus et aux administrations guyanaises de ne pas prendre en compte les projets créateurs d’emplois proposés par les citoyens.
« Personnellement, je pense que les élus tous confondus, non rien a faire du peuple, seul les intéresse de se faire élire avec leur parti ou de faire des alliances pour garder leur place.
Nous avons présenté un projet à madame Marie-Laure Phinéra-Horth, maire de la ville de Cayenne. [Ce projet peut créer] 50 emplois en moins de trois ans [puis] 100 emplois.
Sans compter du travail pour 4 sous-traitants en direct, il faut savoir que nous aurions apporté toutes les formations aux personnes que nous aurions employées, et cela sans demander d’assistance à quiconque.
Notre seule exigence était d’avoir une assistance financière soit sous forme de caution bancaire ou de subventions remboursables avec intérêts ou d’être parrainés par une grosse société locale le temps de notre mise en place ».

Passe-droits ? Belles paroles ? Des formations pour quoi faire ?

« [les collectivités] interviennent avec des millions d’euros, voire des milliards pour certains, il se monte des SEM [sociétés d’économie mixte] où elles sont majoritaires à plus de 70 % ».
Notre témoin sous-entend que beaucoup de ces SEM sont créées au bénéfice d’amis d’élus…
Il poursuit : « … à ce jour c’est lettre morte [les démarches effectuées pour la création de cette entreprise], il est vrai qu’une start-up, c’est pas très crédible, il vaut mieux donner [c’est Maurice qui souligne] de l’argent sans contrepartie a des grosses multinationales connues, que d’aider une jeune entreprise avec un projet innovant et porteur d’emplois. Quand tout le monde parle de créer des emplois c’est du leurre et des belles paroles, ils [les élus] n’en pensent pas un mot, il parle de faire de la formation, c’est très bien, mais de la formation quand il n’y pas de travail… »
Notre témoin dit que lui et son équipe peuvent vraiment créer des emplois : « Nous, nous amenons du travail réel pas des chiffres ou des belles paroles ».
Il insiste : « ça va faire plus d’un an qu’on nous promène [d’administration en administration]. Après on vous explique qu’il n’y a pas d’argent ou que ça ne dépend pas de leur budget, il y a toujours une explication sordide, pour vous dire sans vous le dire, que ça ne les intéresse pas… ».
Maurice prétend que s’il était connu, médiatisé ou proche d’un élu il n’en rencontrerait pas tous les obstacles qu’il nous décrit.
Et, avec humour, il cite Coluche : « quand la personne ayant perdu ses papiers va à la police qui l’écoute bien et après on lui demande s’il a ses papiers ! »

contact@diogenedarc.com

Les conséquences au Brésil de la crise vénézuélienne
L’appel d’universitaires et d’intellectuels

Alors que des militants de la société civile, des universitaires et des intellectuels latino-américains et européens viennent de publier un appel international « pour stopper la montée de la violence au Venezuela », la situation s’aggrave à Manaus (capitale de l’Amazonie brésilienne). En effet, Brasília a assoupli ses conditions d’entrée sur le territoire de l’Union afin de venir en aide aux milliers de Vénézuéliens qui le peuvent de venir se réfugier ou tout simplement se procurer les produits de base qui font désormais défaut chez eux et notamment les médicaments.
Du coup, la ville brésilienne de Manaus, au cœur de l’Amazonie, dans l’impossibilité de loger tout le monde et face au risque de maladies, a décrété l’état d’urgence sociale en réaction à l’afflux de migrants venus du Venezuela et parmi eux plus de 350 Indiens de la tribu vénézuélienne des Warao.
Depuis le début de 2017, le Brésil a reçu 8 231 demandes de réfugiés venant du Venezuela. Depuis février, une résolution du Conseil national de l’immigration brésilien permet aux ressortissants du Venezuela essayant d’échapper à la crise dans leur pays de demander un permis de séjour temporaire sans passer par les procédures complexes concernant normalement les réfugiés.

L’appel des intellectuels à propos de la situation au Venezuela

L’appel des d’intellectuels sud-américains comme la sociologue argentine Maristella Svampa ou l’économiste équatorien Alberto Acosta, est notamment signé par Sergio Coronado, député des Français de l’étranger pointe la responsabilité du gouvernement Maduro dans la dérive autoritaire du pouvoir, et soutient les initiatives de dialogues pluralistes qui émergent à Caracas : En tant qu’universitaires, intellectuels ou militants de la société civile, nous souhaitons exprimer notre profonde préoccupation face à la situation incontrôlée de violence politique et sociale au Venezuela qui a déjà entraîné plus de cinquante morts, des centaines de blessés et de détenus renvoyés devant des tribunaux militaires.
Nous sommes conscients que la situation de violence dans laquelle le Venezuela est plongé aujourd’hui a des origines nombreuses et complexes, dans un contexte de polarisation politique de plus en plus virulent et de désintégration du tissu social. Le conflit vénézuélien a ainsi différences faces.

Capture d’écran de la chaîne Euronews

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Brésil

La destruction du système de protection sociale par le gouvernement Temer

Grazielle David

Jeudi 25 mai 2017, mis en ligne par Dial

Il est encore trop tôt pour faire le bilan du gouvernement de Michel Temer devenu officiellement chef d’État du Brésil après la destitution de Dilma Rousseff, le 31 août 2016. Mais comme l’explique Grazielle David, les mesures prises font planer une menace importante sur les services publics et le système de protection sociale brésilien. Article publié dans l’édition de mars de la revue América Latina en Movimiento : « Stop aux paradis fiscaux ? », une coédition avec la campagne « Paguen lo Justo » [Qu’ils paient ce qui est juste].

Le Brésil s’est distingué par l’ampleur, l’intensité, la perversité des mesures d’austérité adoptées. Le gouvernement de Temer, qui est arrivé au pouvoir en 2016 après la destitution de la présidente élue démocratiquement, a adopté de façon accélérée une série de mesures nocives au peuple brésilien. Il est important de souligner que le président comme ses ministres sont largement impliqués dans les dénonciations de corruption en cours. Le pays vit une crise institutionnelle et politique et les propositions du gouvernement n’ont jamais été soumises au vote populaire. Lire l’article complet

La justice française enquête sur de possibles rétro-commissions autour de la vente de sous-marins au Brésil 

Lire l’article complet sur le site de France Inter, par Emmanuel Leclère publié le dimanche 21 mai 2017 ICI

D’après les informations du Parisien, l’enquête du parquet national financier (PNF) a été ouverte en octobre dernier pour « corruption d’agents publics étrangers » et fait suite aux aveux d’Emilio et de Marcel Odebrecht. Père et fils, ils sont fondateur et patron de la plus grande entreprise de BTP brésilienne.

Brésil : Ce que dit le rapport annuel d’Amnesty International

Le moins que l’on puisse dire est que ce rapport 2015/2016 n’est pas très flatteur. On s’y attendait. En préambule, les auteurs écrivent :

« Cette année encore, de graves atteintes aux droits fondamentaux, dont des homicides perpétrés par la police et des actes de torture et autres mauvais traitements en détention, ont été signalées. Les jeunes Noirs des favelas (bidonvilles) et les groupes marginalisés étaient particulièrement exposés à ces violations ».

Violences policières

Le rapport souligne en effet que « Le nombre d’homicides commis durant des opérations policières demeurait élevé en 2015 mais, en raison d’un manque de transparence dans la majorité des États, il était impossible de fournir un chiffre exact. Les États de Rio de Janeiro et de São Paulo ont enregistré une hausse importante du nombre de personnes tuées par des policiers en service, confirmant la tendance observée en 2014. Ce type d’homicides faisait rarement l’objet d’une enquête, et des tentatives de maquillage des scènes de crime et d’incrimination des victimes de la part des policiers ont souvent été signalées. Ceux-ci invoquaient régulièrement la légitime défense pour justifier ces meurtres, soutenant que la victime avait opposé une résistance au moment de son arrestation ».

L’association internationale donne plusieurs exemples. Mais il suffit de lire la presse quotidienne au Brésil pour se faire une idée encore plus précise des exactions policières, souvent hors de contrôle. Des mineurs, et parfois même des enfants en sont très souvent les victimes. Les exécutions de masse ne sont pas rares : « À Manaus (État de l’Amazonas, dans le nord du pays), 37 personnes ont été tuées en l’espace d’un week-end en juillet. À Osasco, une ville de la région métropolitaine de São Paulo, 18 personnes ont trouvé la mort en une seule nuit. L’enquête préliminaire a révélé l’implication de policiers militaires ».

Les policiers responsables d’homicides illégaux jouissent d’une impunité quasi totale. Sur les 220 enquêtes sur des homicides commis par la police ouvertes en 2011 dans la ville de Rio de Janeiro, une seule affaire avait abouti en 2015 à l’inculpation d’un agent. En avril 2015, 183 de ces enquêtes étaient toujours en cours.

Autre dossier très lourd : les peuples indigènes

Le rapport explique : « Le processus de délimitation des terres des peuples indigènes ne progresse toujours qu’avec une extrême lenteur, alors que le gouvernement fédéral dispose à la fois de l’autorité juridique et des moyens financiers nécessaires pour le faire avancer. Plusieurs dossiers sont toujours en instance. Les attaques visant des membres de communautés indigènes demeurent monnaie courante, et leurs auteurs sont rarement traduits en justice ».

Le rapport pointe notamment du doigt la situation dramatique des Guaranis-Kaiowás de la communauté d’Apika’y, dans le Mato Grosso do Sul. Une ordonnance d’expulsion, qui aurait pu laisser sans abri les membres de cette communauté, a été suspendue provisoirement en août. Cependant, à la fin de l’année 2015, ils étaient toujours sous la menace d’une expulsion…

Un texte aux conséquences très néfastes pour les peuples autochtones

Une commission spéciale de la Chambre des députés a approuvé en octobre une proposition d’amendement de la Constitution transférant au pouvoir législatif – au sein duquel l’influence du lobby de l’agriculture industrielle est très forte – la responsabilité de délimiter les terres appartenant aux indigènes, responsabilité jusqu’alors assumée par le pouvoir exécutif. À la fin de l’année, cet amendement devait encore être adopté par l’ensemble des députés réunis en plénière. L’adoption de ce texte aurait de lourdes répercussions sur l’accès à la terre des peuples indigènes.

Guyane : le scandale Léon Bertrand

Léon Bertrand s’honorerait à mettre un terme à ses recours à la noix et à se présenter aux portes du pénitencier. Ne serait-ce pas un acte à la hauteur de ce qu’il fut et de la confiance longtemps placée en lui ?

Il a été l’homme fort de la droite guyanaise. Ce « bébé » Chirac a même connu son heure de gloire grâce au Corrézien. L’amateur de tête de veau et d’argent liquide l’a fait secrétaire d’État puis ministre délégué au Tourisme (2002-2007). On dit que le grand Jacques l’appelait régulièrement à trois heures du matin…

En 2008, Nicolas Sarkozy le nomma inspecteur général de l’Éducation nationale au 5e tour. Ne participant qu’à une petite dizaine de réunions en deux ans, notre descendant de bagnard ne s’est pas tué à la tâche. D’ailleurs, professeur de sciences physiques et naturelles, il a très peu enseigné (il est maire de Saint-Laurent-du-Maroni dès 1983 après avoir été élu conseiller général l’année précédente).

Léon Bertrand, revendiquant ses origines (européennes, surinamaises, amérindiennes), aura été très populaire dans l’Ouest guyanais. Il dispose toujours d’un certain capital de sympathie. Homme chaleureux, généreux, bon musicien à ses heures, n’hésitant pas à boire le coup avec ses administrés dans les cafés du coin, il a su longtemps naviguer en évitant les écueils, usant souvent d’un clientélisme bon enfant. Du moins, le croyait-on. Car tout s’est sérieusement gâté à l’aube des années 2010.

Mis en examen pour délit de favoritisme et corruption passive, il a été placé en détention provisoire au centre pénitentiaire de Ducos (Martinique) dans la nuit du 26 au 27 novembre 2009, après avoir été gardé à vue à Cayenne. Il est alorssoupçonné d’irrégularités dans les conditions d’attribution de marchés publics au sein de la Communauté de communes de l’Ouest guyanais (voir ici sa fiche Wikipédia).

À partir de là le feuilleton judiciaire (compliqué !) occupera les Guyanais, et surtout le toujours maire de Saint-Laurent et ses proches. En fait : sept ans de malheur !

Un (trop) long feuilleton judiciaire dont Monsieur Léon est la vedette

Dans cette histoire, il y aura de tout, même disparition et mort d’homme (voir iciou ). On suivra alors les aventures judiciaires de l’ancien ministre au gré de rebondissements multiples notamment sous la plume de Frédéric Farine, correspondant de l’AFP et journaliste pour le site Guyaweb.

On a cru qu’un point final ponctuerait cette pâle copie d’un polar à la James Hadley Chase  avec la condamnation en appel (à Basse-Terre, Guadeloupe) de Monsieur Léon : trois ans de prison ferme, 80 000 euros d’amende et trois ans de privation des droits civiques pour corruption passive et pour favoritisme dans le cadre de marchés publics. Peine prononcée le 7 mars 2017 assortie d’un mandat de dépôt. Lire la suite sur mon blog hébergé par Mediapart

Brésil : la presse française à la remorque du groupe Globo

La façon dont les médias français rendent compte de ce qui se passe au Brésil n’a qu’un lointain rapport avec le journalisme. Un stagiaire localier dans une sous-préfecture ferait beaucoup mieux. Beaucoup de correspondants ne font que recopier les dépêches de l’AFP et traduire celles du groupe Globo. Ce dernier, très à droite dans ses analyses (ce qui d’ailleurs est son droit dans une démocratie), soutient naturellement tout ce qui peut aller contre l’exécutif brésilien actuel et le PT. Il est également intéressant de ne pas oublier que ce groupe a quand même été longtemps un soutien indéfectible à la dictature militaire aux mains de la CIA. Ou s’inspirent tout simplement (quand ils ne le recopient pas) du Washington Post.

La correspondante du Monde, comme la plupart de ses consœurs et confrères n’a de cesse de porter aux nues le juge Sergio Moro. L’Eliot Ness brésilien cher au Washington Post. Mais pourquoi donc, dans le Monde, dans le Figaro et même dans l’Obs, ne rapporte-t-on pas ces quelques précisions :

Sergio Moro est très marqué à droite. Il est le fils du fondateur du PSDB (à la pointe de l’opposition au gouvernement). Son épouse est toujours salariée de ce parti qui porte bien mal son nom (Parti de la sociale démocratie du Brésil). Sergio Moro va très régulièrement aux États-Unis où il a fait ses études d’ailleurs. En 2007, il a participé à un séminaire de trois semaines pour les « leaders potentiels » parrainés par le Département d’État américain…

Pourquoi ne rapporte-t-on pas non plus les réactions de certains juristes brésiliens comme José Roberto Batochio, avocat, ex-président de Ordem dos Advogados do Brasil, à propos de la divulgation par Moro d’un enregistrement pirate d’une conversation entre Lula et Dilma : « C’est inadmissible, ce juge [Sergio Moro] tente d’instaurer un État policier dans les faits ». Lui aussi accuse le juge de transgresser la Constitution. Il a ajouté que dans une démocratie solide (comme aux États Unis), le juge aurait été sanctionné. « Où allons-nous si on peut ainsi divulguer des secrets d’État ? » Cet enregistrement a été effectué sans mandat.

Enfin, la situation dans laquelle se retrouve le Brésil est principalement due à une absence totale de législation concernant le financement de la vie politique et à un Congrès très à droite qui refuse toutes les réformes. Oui, Petrobras a servi de pompe à fric pour tous les partis politiques tout comme le groupe de BTP Odebrecht. Dilma Rousseff aurait dû reconnaître au tout début de l’affaire Petrobras qu’elle était au courant des financements des partis de droite comme de gauche. Elle ne pouvait sans doute pas l’ignorer quand elle était ministre des Mines et de l’Énergie et présidait à ce titre le Conseil d’administration de l’entreprise nationale que la droite veut offrir aux Américains.

Comme dans tout financement de la vie politique par des entreprises, il faut bien faire la part des choses entre ceux qui ont détourné  l’argent pour des campagnes électorales et ceux, qui, au passage, se sont personnellement enrichis comme Aécio Neves (candidat malheureux à la présidentielle de 2014 et très proche du juge Moro), Cardoso (ancien président et, accessoirement, propriétaire d’un appartement avenue Foch à Paris !) ou Eduardo Cunha, président de l’Assemblée Nationale qui a envoyé de l’argent sur des comptes en Suisse par le biais de l’église évangélique.

La méthode de Sergio Moro est d’obtenir des aveux négociés en échange de réductions de peine ou même d’arrêt des poursuites. Il y a donc, au niveau judiciaire un odieux marchandage et, au final, très peu de preuves matérielles. D’ailleurs il n’y a aucun document attesté prouvant un enrichissement personnel de Dilma Rousseff et de Lula. Enfin, rappelons que se sont eux qui ont le plus œuvré contre la corruption au Brésil !