Sherab le Tibétain

roman historique

Littérature Jeunesse à partir de 11/12 ans

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Extrait:

Sherab le Tibétain

Chapitre un

Le plus petit des deux Chinois met une main à sa ceinture, à la hauteur de son pistolet. L’autre regarde alentour avec un soin extrême, puis il s’avance prudemment vers la ruelle sombre. L’instant d’après, il revient sur ses pas pour échanger quelques mots avec son coéquipier.

Les deux soldats reprennent leur marche dans la rue principale pour se fondre dans la foule encore nombreuse à cette heure tardive. Il est déjà plus de 23 heures.

Dans une venelle, de dessous un porche une silhouette se détache. Elle fait quelques pas et débouche dans la rue, tourne à gauche et descend une volée de marches avant d’emprunter une autre voie, beaucoup plus animée ; elle disparaît sur la place du Marché. Deux cents mètres plus loin, elle réapparaît pour s’engager dans un passage discret et se retrouver dans une allée, à la limite de la ville, non loin de l’enceinte du camp militaire chinois. Maintenant, elle avance en rasant les murs. À la lueur d’une lampe, on peut apercevoir un homme robuste. Il porte un paquet.

Cet homme longe un parapet sur deux ou trois cents mètres. Il se retrouve aux abords d’un étang dans lequel, l’après-midi même, deux obus de mortier, tirés par les Chinois, sont tombés. Ceci non loin de la porte septentrionale du Norbulinka, le Palais d’Été. Puis il arrive devant l’entrée de la chapelle de Mahakala, divinité tutélaire personnelle du Dalaï-Lama.

À Lhassa, car nous sommes dans la capitale tibétaine dans la nuit du 17 au 18 mars 1959 ; à Lhassa, la coutume veut que le voyageur, avant d’entreprendre son périple, vienne se recueillir dans cette chapelle.

Après un instant d’hésitation, l’inconnu pousse la lourde porte non sans avoir jeté un coup d’œil inquiet par-dessus son épaule. L’imposant panneau s’écarte dans un long et sinistre grincement. À l’intérieur, de nombreux moines en robe jaune et rouge psalmodient au pied de la statue du Protecteur. Des lampes à beurre, dans des coupelles d’or et d’argent, éclairent par douzaines toute la salle, faisant danser d’étranges ombres sur les fresques aux couleurs vives. Une forte odeur d’encens flotte dans l’air. Sur l’autel, une offrande de thé et de beurre attend dans une assiette finement ornée de fleurs peintes.

L’homme, en robe de paysan, faiblement éclairé par les lumières, s’avance vers l’autel, son paquet toujours soigneusement plaqué contre sa poitrine. Il s’incline plusieurs fois. Il déballe le contenu du colis dont il extirpe un pantalon noir, une veste de l’armée chinoise, un long manteau gris, un bonnet de fourrure et une pièce de toile enroulée. Il dispose ces vêtements au pied de l’autel avant d’escamoter la pièce de tissu ayant servi d’emballage. Derrière lui, un moine embouche une trompe et une longue note plaintive submerge toute la salle. Des cymbales s’entrechoquent.

Alors, l’inconnu sort de la chapelle sans avoir remarqué l’ombre dissimulée par un épais rideau bleu…

Puis un autre personnage arrive. Lui aussi se méfie, mais il n’est pas seul. À ses côtés marchent quatre hommes, légèrement en retrait. Le nouveau venu est jeune. Il entre dans la chapelle et, alors que les moines répètent toujours leurs prières, il pose sur son nez une paire de lunettes aux verres cerclés d’acier. Elles lui donnent aussitôt un air familier à tous les Tibétains. C’est le Dalaï-Lama !

*

Le Dalaï-Lama s’avance vers l’autel. Il s’empare des habits laissés là par son frère aîné, puis il disparaît. Quand il revient devant les moines qui n’ont pas cessé de prier, il est affublé du pantalon, de la veste militaire, du manteau et du bonnet en peau de renard. Par-dessus son épaule gauche, il a jeté une ancienne thangka enroulée ayant appartenue au deuxième Dalaï-Lama. Cette tenue totalement inhabituelle à son rang doit le faire passer inaperçu dans les rues de la ville d’autant qu’il enfouit ses lunettes rondes dans sa poche.

Il heurte Sherab en se dirigeant vers la porte pour sortir. Celui-ci vient de faire irruption de derrière l’épais rideau bleu. Surpris, le Dalaï-Lama fait un pas en arrière. L’adolescent s’incline.

Je sais qui vous êtes, dit-il. Seigneur, je sais aussi que la fuite est pour cette nuit. Je veux faire partie de votre équipage et vous accompagner jusqu’en Inde, même au-delà s’il le faut…

Mais tu sembles si jeune !

J’ai plus de quatorze ans et toute ma famille a été massacrée par l’envahisseur. Je suis seul au monde.

Un des moines s’approche. Il murmura à l’adresse du Dalaï-Lama quelques brèves paroles, aussitôt Sherab retourne derrière le rideau et le chef spirituel sort de la chapelle.

Il s’arrête sur le perron. L’air est glacé, pourtant la ville entière est emprisonnée dans un halo de brume. Une brume grise et lourde qui s’attarde depuis plusieurs jours déjà. Ce n’est pas coutumier à Lhassa surnommée la Ville du Soleil.

Les rues animées grouillent d’une foule nombreuse venue pour assister aux riches festivités du Nouvel An. Il y a aussi des milliers de réfugiés, ils bivouaquent à la périphérie de la ville. Tous ont fui les atrocités commises par les soldats de Pékin. L’armée chinoise occupe depuis 1950 la partie orientale du pays. Une autre cause à cette animation : les Chinois ont invité le chef tibétain à assister à une représentation théâtrale à leur base militaire principale, située en dehors de la capitale. Les Tibétains y ont vu un piège, d’autant qu’il a été demandé au Dalaï-Lama de venir seul, sans armes et sans gardes du corps. La population s’est alors pressée autour du Norbulinka pour protéger le dignitaire. Aussi, dans les rues de Lhassa, règne-t-il une certaine confusion, d’autant que de violentes émeutes ont été durement réprimées la semaine précédente.

Le Dalaï-Lama frissonne. Il descend lentement l’escalier pour rejoindre ses gardes dans la rue. Tous sont déguisés en soldats chinois. On a même donné au Dalaï-Lama un fusil. Sherab sort à son tour de la chapelle. Il file en direction de la place du Marché. Le Dalaï-Lama et sa petite escorte se dirigent vers la porte de l’enceinte intérieure. Ils partent rejoindre le Grand Chambellan et le chef de la garde personnelle du souverain. Leur marche est seulement ralentie par les restes de barricades érigées par les signataires d’une pétition demandant le départ des troupes chinoises.

Il est presque minuit ce 17 mars 1959. Le Dalaï-Lama, Dieu et Roi à la fois, est sur le point de quitter sa capitale au nez et à la barbe des Chinois.

*

Un peu plus tard, Sherab est attablé dans une petite taverne non loin de la porte Nord. Malgré l’épaisse fumée entourant les hommes nombreux qui, dans le brouhaha, boivent de la bière ou de l’arak, il peut apercevoir, par une étroite fenêtre, les lumières du Potala, l’imposant palais d’hiver des lamas du Toit du Monde. Le bâtiment massif construit sur la Montagne Rouge domine toute la Cité des Dieux. Derrière les épaisses murailles survolées dès l’aube par les dungkars il y a de nombreux dépôts de céréales et de viande séchée, mais surtout le monastère Victorieux qui héberge cent soixante-quinze moines avec l’école des fonctionnaires et plusieurs chapelles. L’ensemble blanc, rouge et ocre écrase la ville avec ses mille salles réparties sur treize étages, mais vidées de leurs cent mille livres et documents historiques, de leurs joyaux et statues, de l’essence même de ce qui a été durant trois siècles le centre intellectuel, spirituel et administratif du Tibet….

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