En 1871, la famille Bender, originaire d’Allemagne, s’installe sur une terre du comté de Labette, au Kansas. John Bender Sr., sa femme Kate et leurs deux enfants adultes, qui portent les mêmes noms, décident d’ouvrir une auberge et une petite épicerie.

Après la guerre de Sécession, le gouvernement des États-Unis déplace les Indiens Osages du comté de Labette vers un nouveau territoire qui allait devenir l’Oklahoma. Le terrain vacant est ensuite mis à la disposition des colons. En octobre 1870, cinq familles de spiritualistes s’établissent dans l’Ouest du comté de Labette. Une de ces familles est celle de John Bender à qui sont donnés 160 acres (65 ha) de terres situées à proximité de la Great-Osage Trail, qui est alors la seule voie ouverte pour voyager vers l’Ouest. À l’automne 1871, après avoir construit une cabane, une grange avec un corral et un puits, les Bender s’installent. Ils utilisent la petite salle à l’arrière pour le logement, tandis que la pièce de devant est transformée en « magasin général » et auberge. Almira et Kate Bender cultivent un potager et créent un verger. Dans leur maison en bois, les Bender semblent vivre une vie paisible. Ils accueillent à leur table de nombreux voyageurs de passage. La fille, Kate, se présente comme une «spiriatualiste» et fait profiter les clients de ses dons de guérisseuse. Dans la ferme, les convives se pressent.

Des clients qui, pour certains, ne seront plus jamais vus…

D’origine allemande, John Bender aîné avait la soixantaine et parlait un anglais peu compréhensible. Almira Bender avait 42 ans et était désagréable : ses voisins l’avaient surnommée « la diablesse », mais parlait couramment l’anglais. John Bender le jeune avait environ 25 ans, des cheveux auburn et une moustache : il avait un accent allemand. Il riait sans raison, ce qui a conduit certaines personnes à le considérer comme un « imbécile ». Quant à Kate, 23 ans, était une jeune fille séduisante et instruite. Guérisseuse auto-proclamée, elle s’exprimait dans un anglais très correct, pratiquement sans accent. Elle se disait soiritualiste et… adepte de l’amour libre. Excellente publicité pour l’auberge qui, bientôt en désamplit pas. Bien que les « vieux » Bender restaient entre eux, Kate et son frère participaient régulièrement à l’école du dimanche à Grove Harmony. Kate donna des conférences et créa des brochures sur le spiritualisme.

En mai 1871, le corps d’un homme nommé Jones, qui avait eu le crâne fracassé et la gorge tranchée, fut découvert dans la rivière Drum Creek. Mais personne ne soupçonne personne et l’affaire est rapidement classée. Sept mois plus tards deux corps sont retrouvés dans le même secteur, non-loin de l’établissement des Bender. Dès 1873, des rumeurs de disparition de voyageurs commencèrent à circuler, à tel point que des comités de vigilances furent organisés. On arrêta bien quelques brigands, mais ils furent rapidement relâchés.

Le rideau et la trappe

À l’hiver 1872, après les obsèques de sa femme, George Loncher et sa fille, disparurent subitement. Au printemps de 1873, un voisin, le docteur William York, partit à leur recherche. Et il s’évapora à son tour. Les deux frères du Dr York (l’un était colonel et l’autre sénateur) partirent à leur tour à la recherche du docteur mais aussi des Loncher père et fille. Le , le colonel York arriva à l’auberge des Bender accompagné d’un certain Johnson, expliquant à la famille que son frère avait disparu et leur demandant s’ils l’avaient vu. Ils admirent que le Dr York avait logé chez eux et suggérèrent la possibilité qu’il avait eu des ennuis avec des Amérindiens ou des voleurs de chevaux (il y en avait beaucoup dans la région) après son départ. Le colonel  accepta l’explication et resta pour le dîner. Mais une bagarre éclata dans l’auberge, la patronne, Almira Bender, ayant accusé une cliente d’être une sorcière. Du coup, le colonel gagné par le doute revint quelques jours plus tard avec un détachement armé. Ils menèrent une perquisition en règle et commencèrent alors à sonder le sol autour de la cabane dans les terres meubles du potager et du verger, où le premier corps fut trouvé. Celui du Dr York qui était enterré face contre terre à une très faible profondeur. Puis ont mit à jour d’autres corps. Les preuves trouvées sur le terrain des Bender permettent aux autorités d’établir la chronologie des faits et le mode opératoire des crimes. Lorsqu’un voyageur qui semblait riche entrait dans l’auberge, il était placé à la table d’honneur, le dos contre un épais rideau. Sous ses pieds, une trappe. Sous la trappe, les enquêteurs décrouvrirent un horrible spectacle : une cave  pleine de sang. Ils comprirent facilement le stratagème. Un ou une Bender s’étant glissé derrière le rideau, frappait le cient avec un marteau. On précipitait l’assommé dans la trappe ou ‘attendait celui ou celle qui l’égorgeait. 

Sur le terrain des Bender, on a trouvé onze cadavres. Mais selon plusieurs recoupements, on a dit que la famille avait tué au moins 25 personnes !

Les Bender savaient que l’éteau se reserraient et ils avaient pris la fuite juste avant le retor du colonel avec ses hommes puis la police. S’ensuivit une chasse à l’homme avec récompences à la clé. Mais on ne retrouva jamais la famille Bender. Volatilisée. Le chariot de la famille est quant à lui retrouvé abandonné. On pense alors que les quatre meurtriers sont parvenus à fuir jusqu’au Texas puis au Nouveau-Mexique. Ils seraient également passés par le Missouri ou encore l’Idaho. On dit qu’ils se sont échappés, ou qu’ils ont été exécutés par vengeance. Leur histoire est en fait non résolue et reste l’un des grands mystères de l’Ouest…

Quant à l’auberge Rouge ou plutôt celle de Peyrebeille qui existe toujours et est située sur la commune de Lanarce, en Ardèche, popularisée par le cinéma, il semble que, dans la réalité, ses propriétaires furent bien moins sanglants que les Bender. Pendant près de vingt-trois ans, aux alentours des années 1805-1830, les époux Pierre et Marie Martin (née Breysse), d’anciens fermiers pauvres devenus propriétaires et tenanciers de l’auberge de Peyrebeille, auraient détroussé plus de cinquante voyageurs avant de leur ôter la vie. À leur mort, leur fortune fut évaluée à 30 000 francs or. Ils auraient eu pour complices leur domestique Jean Rochette, surnommé « Fétiche », et leur neveu, André Martin. L’affaire débuta le . Ce jour-là, on découvrit le cadavre d’un homme sur les berges de l’Allier, à dix kilomètres de l’auberge. Il avait le crâne fracassé et l’un des genoux broyé, mais son argent se trouvait toujours dans son portefeuille. Jamais on ne trouva un véritable lien entre la victime et les Martin. Ces derniers ont sans doute volé beaucoup de leurs clients, mais ont-ils réellement assassiné plusieurs dizaines d’entre eux ? Il semble que, lors du procès, plusieurs témoignages douteux ont été retenus.

L’auberge dite rouge, de son vrai nom auberge de Peyrebeille existe toujours, c’est un hôtel-resaurant avec une station-service sur la N 102 au croisement de la D 16. On peut visiter un petit musée avec une reconstitution de l’établissement au début du XIXe siècle.

La saga des Bloody Benders a été publiée en 2008, Rick Geary. Le livre en anglais est disponible ici (Amazon)