Le président brésilien a annoncé qu’il jetterait tout son poids politique dans la balance pour faire adopter au Sénat la réforme historique du temps de travail. Une mesure ultra-populaire à l’approche des élections générales.

C’est un pavé dans la mare sociale et économique du Brésil. Le président Luiz Inácio Lula da Silva a tapé du poing sur la table en affirmant que son gouvernement mettrait « tout en œuvre » pour que la loi scellant la fin du régime de travail « 6×1 » soit définitivement adoptée par le Sénat. Cette déclaration forte intervient alors que le texte vient de franchir une étape cruciale à la Chambre des députés, ouvrant la voie à une révision de la Constitution.

Le « 6×1 » : un quotidien épuisant pour 37 millions de Brésiliens

Derrière ce jargon technique se cache une réalité quotidienne éprouvante pour des millions de travailleurs, notamment dans les secteurs du commerce, de la restauration, de la sécurité et des services. Actuellement, la législation brésilienne autorise une semaine de travail de 44 heures. En pratique, le modèle « 6×1 » impose de travailler huit heures par jour du lundi au vendredi, auxquelles s’ajoutent quatre heures le samedi, laissant le seul dimanche pour récupérer.

Qualifié d’anachronique et de destructeur pour la santé mentale et familiale par ses détracteurs, ce rythme est au cœur de la refonte voulue par l’exécutif.

La nouvelle loi prévoit un basculement progressif mais radical :

  • Réduction du temps de travail : Passage de 44 à 40 heures hebdomadaires.

  • Généralisation du « 5×2 » : Instauration de deux jours de repos consécutifs, de préférence le week-end.

  • Garantie salariale : Interdiction stricte de baisser les rémunérations, une ligne rouge fixée par Lula.

Pour arrondir les angles avec le secteur privé, qui réclamait une décennie pour absorber le choc, un compromis a été trouvé : les entreprises disposeront d’un délai de transition de 14 mois pour réorganiser leurs plannings.

Un catalyseur politique à l’approche des élections

Si l’enjeu social est immense, la mesure concernant directement 37 millions de salariés du secteur formel, l’opportunité politique est tout aussi majeure. Le Brésil entre en pleine effervescence électorale à l’approche des élections générales et présidentielle. Face à un Congrès majoritairement conservateur et à des sondages parfois fluctuants, Lula a trouvé là un projet rassembleur : près de 70 % des Brésiliens soutiennent la fin du 6×1.

En s’appropriant ce combat, le président braque les projecteurs sur les lignes de fracture avec l’opposition. Le camp adverse, emmené notamment par le sénateur Flávio Bolsonaro, défend une vision diamétralement opposée, axée sur la flexibilisation du travail et une rémunération à l’heure. Lula n’hésite d’ailleurs pas à qualifier de « terrorisme économique » les arguments des organisations patronales qui brandissent le spectre de vagues de licenciements et d’une explosion de l’inflation.

Prochaine étape : l’épreuve du feu au Sénat

La bataille quitte désormais les bancs de la Chambre basse pour s’installer au Sénat. C’est là que le gouvernement va devoir déployer toutes ses compétences de négociation pour arracher les voix manquantes au sein d’un hémicycle traditionnellement réticent aux réformes sociales d’envergure.

Si Lula réussit son pari, la modification constitutionnelle entrera en vigueur, marquant l’une des plus grandes victoires sociales de son mandat et un argument de poids pour sa campagne. Le compte à rebours est lancé.

Mais un problème demeure. les employés n’ont que peu d’opportunités de régler leurs problèmes quotidiens comme leursd émarches administratives ou privées (médecin, dentiste…). En effet, le week-end ces démarches sont impossibles. Une vraie réforme serait d’instaurer un jour de congé en semaine. Comme en France, le lundi, pour les commerçants et leurs employés.