La crise humanitaire à Cuba s’aggrave, touchant plus durement les communautés chrétiennes. La pénurie alimentaire, les coupures d’électricité prolongées, le manque de médicaments et la surveillance de l’État marquent le quotidien de milliers de Cubains. Les églises constituent l’un des rares refuges, offrant une aide de base malgré des ressources extrêmement limitées.

Selon de nombreux témoignages de pasteurs ou de prêtres, le poids de la crise se traduit par des difficultés quotidiennes pour les familles, auxquelles s’ajoute une surveillance constante de la part des autorités. Le poids des restrictions économiques s’ajoute à la pression institutionnelle, rendant difficiles la poursuite des activités religieuses et l’accompagnement des fidèles en situation de vulnérabilité.

Aggravation de l’insécurité alimentaire
Les difficultés d’approvisionnement alimentaire sont dues à une inflation élevée, à des restrictions économiques et à l’instabilité énergétique. L’embargo américain n’y est pour rien, car Cuba peut importer des denrées alimentaires. Selon des témoignages locaux, l’accès aux produits de première nécessité s’est réduit, et dans certaines régions, les services alimentaires sont réservés en priorité aux enfants. L’Observatoire cubain des droits de l’homme souligne que la majorité de la population ne parvient pas à prendre trois repas par jour.

Des coupures de courant généralisées
La situation énergétique est généralisée : depuis 2025, les coupures quotidiennes d’électricité durent entre 12 et 20 heures. En raison de l’approvisionnement intermittent en électricité, il est de plus en plus difficile de cuisiner et de s’approvisionner en eau potable, en particulier en dehors des grandes villes. Les responsables locaux indiquent que la population dépend de sources alternatives pour subvenir à ses besoins fondamentaux.
Parallèlement à la crise, on assiste à une intensification de la répression étatique à l’encontre des chefs religieux et de leurs proches. L’Observatoire cubain des droits de l’homme recense des centaines d’actes répressifs en peu de temps, notamment des détentions arbitraires, des menaces et des mesures de surveillance. Les chefs religieux affirment se sentir constamment surveillés, même lorsqu’ils ne font que discuter de questions de foi.

Les jeunes et les mineurs sous pression
De jeunes chrétiens sont victimes de persécutions à la suite de manifestations contre le gouvernement, avec des cas d’arrestations arbitraires. Des enfants et des adolescents figurent parmi les personnes touchées ; on signale des saisies de matériel et des perquisitions à domicile, tandis que les détenus attendent indéfiniment leur procès.

Des responsables chrétiens appellent au soutien international, soulignant la nécessité de trouver la force de persévérer et d’améliorer la situation sociale. 

Agriculture et alimentation

La dégradation de la situation au Venezuela à partir de 2016 entraîne une chute des livraisons pétrolières, tandis que le durcissement de l’embargo américain complique l’accès aux engrais, aux pesticides, à l’énergie et aux financements. À ces contraintes externes, s’ajoutent des fragilités internes : forte dépendance aux importations alimentaires, vétusté des infrastructures et dysfonctionnements logistiques persistants. Si bien que, à partir de 2017, la production agricole nationale recule dans la plupart des filières stratégiques (riz, légumes, légumineuses, racines et tubercules, fruits et agrumes).

En 2020, cette fragilité bascule en crise systémique : la pandémie de Covid-19 interrompt brutalement les recettes touristiques, principale source de devises du pays. Privé de ressources extérieures, l’État cubain voit ses marges de manœuvre financières se contracter fortement, fragilisant le modèle centralisé d’approvisionnement, de distribution et de don. La réunification monétaire engagée en 2021, en générant une forte inflation, accentue encore cette dynamique.

Résultat : Cuba importe aujourd’hui 70 % à 80 % de son alimentation, pour un coût annuel proche de deux milliards de dollars (plus de 1,6 milliard d’euros). 

Sources : presse Amérique latine, Le Nouvelliste, The Conversation, Courrier International, archives personnelles

Le blocus laisse passer des produits

1. Produits alimentaires et agricoles

C’est le plus gros poste d’exportation amĂ©ricaine vers l’Ă®le. Paradoxalement, les États-Unis sont l’un des premiers fournisseurs de nourriture de Cuba.

  • Viandes : Le poulet congelĂ© (cuisses et hauts de cuisse) reprĂ©sente la majoritĂ© des importations. On trouve aussi du porc et des abats.

  • CĂ©rĂ©ales et bases alimentaires : MaĂŻs, soja (sous forme d’huile ou de tourteaux pour le bĂ©tail), riz, blĂ© et farine.

  • Produits laitiers et Ĺ“ufs : Lait en poudre, Ĺ“ufs frais et prĂ©parations lactĂ©es.

  • Produits transformĂ©s : Condiments, sauces, prĂ©parations alimentaires diverses et parfois des boissons (non alcoolisĂ©es).

2. Médicaments et matériel médical

La loi autorise thĂ©oriquement l’exportation de produits de santĂ©, mais le processus est beaucoup plus complexe que pour l’alimentaire (nĂ©cessitĂ© de licences spĂ©cifiques et de vĂ©rification de « l’usage final »).

  • MĂ©dicaments : Antibiotiques, traitements spĂ©cifiques et mĂ©dicaments en vente libre.

  • Fournitures : Instruments chirurgicaux, dispositifs mĂ©dicaux et pièces de rechange pour les Ă©quipements hospitaliers.

  • Note importante : MalgrĂ© l’autorisation lĂ©gale, de nombreuses entreprises pharmaceutiques refusent de vendre Ă  Cuba pour Ă©viter les complications administratives ou par peur que les transactions financières ne soient bloquĂ©es par les banques.

3. Nouvelles ouvertures (Secteur privé)

Depuis 2022-2023, des licences spĂ©cifiques permettent d’exporter des biens destinĂ©s non pas Ă  l’État cubain, mais aux entrepreneurs privĂ©s (MSMEs/Pymes) :

  • VĂ©hicules : Des voitures (souvent d’occasion), des motos Ă©lectriques et des pièces dĂ©tachĂ©es peuvent dĂ©sormais ĂŞtre importĂ©es par des particuliers ou des entreprises privĂ©es cubaines via des licences amĂ©ricaines.

  • Outils et intrants : MatĂ©riel de microfinance, Ă©quipements pour petits entrepreneurs et intrants agricoles.

4. Aide humanitaire et dons

  • MatĂ©riel d’urgence : En cas de catastrophe naturelle (ouragans), des dĂ©rogations permettent l’envoi de kits d’urgence, de gĂ©nĂ©rateurs ou de vĂŞtements.

  • Savons et produits d’hygiène : Bien que restreints, certains produits de première nĂ©cessitĂ© circulent via des canaux humanitaires ou des colis familiaux.

En résumé

Si les Ă©tals des magasins d’État cubains sont souvent vides, c’est moins par une interdiction totale de produits que par le manque de devises du gouvernement cubain pour payer ces denrĂ©es (au prix fort et sans crĂ©dit) et par la frilositĂ© des banques internationales face au risque de sanctions amĂ©ricaines.

Le blocus : qu’en est-il ?

1. Une décision américaine unilatérale

L’embargo (ou bloqueo) est une politique strictement amĂ©ricaine. Il n’a jamais Ă©tĂ© validĂ© par le Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU. Au contraire, chaque annĂ©e depuis 1992, l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies vote une rĂ©solution demandant sa levĂ©e Ă  une majoritĂ© Ă©crasante.

  • Les seuls soutiens : Lors des derniers votes (comme en octobre 2025), seuls les États-Unis et IsraĂ«l ont systĂ©matiquement votĂ© contre la levĂ©e. Quelques pays, comme l’Ukraine ou l’Argentine, ont pu s’abstenir ou s’aligner ponctuellement selon le contexte gĂ©opolitique, mais l’isolement amĂ©ricain sur ce sujet est quasi total.

2. Le mĂ©canisme de l’extraterritorialitĂ© (Lois Torricelli et Helms-Burton)

C’est ici que l’embargo dĂ©passe les frontières amĂ©ricaines. Les États-Unis appliquent des lois dites extraterritoriales qui contraignent indirectement les autres pays :

  • Sanctions contre les tiers : Une entreprise europĂ©enne ou brĂ©silienne qui utilise des composants amĂ©ricains ou qui rĂ©alise des transactions en dollars avec Cuba peut ĂŞtre lourdement sanctionnĂ©e par la justice amĂ©ricaine.

  • Loi Helms-Burton (1996) : Elle permet notamment de poursuivre en justice toute entreprise Ă©trangère qui « trafique » avec des biens nationalisĂ©s par le gouvernement cubain après 1959.

  • ConsĂ©quence : De nombreuses banques internationales (comme la BNP Paribas par le passĂ©) ou entreprises Ă©trangères prĂ©fèrent ne pas commercer avec Cuba par peur des reprĂ©sailles financières amĂ©ricaines, ce qui donne Ă  l’embargo une dimension mondiale « de fait ».

3. Les nuances : Cuba n’est pas totalement isolĂ©e

Cuba entretient des relations commerciales avec le reste du monde :

  • L’Union EuropĂ©enne et la Chine : Ce sont des partenaires commerciaux majeurs de l’Ă®le. L’UE rejette officiellement l’extraterritorialitĂ© des lois amĂ©ricaines.

  • L’exception humanitaire : paradoxalement, les États-Unis sont parfois l’un des premiers fournisseurs de produits agricoles et mĂ©dicaux de Cuba, car des dĂ©rogations existent pour la vente de nourriture et de mĂ©dicaments (souvent payables d’avance et en liquide).

4. Le rĂ´le du gouvernement cubain

Si l’embargo est un frein indiscutable (estimĂ© Ă  plus de 160 milliards de dollars de pertes cumulĂ©es), certains analystes et opposants soulignent que la centralisation de l’Ă©conomie et les restrictions imposĂ©es par le gouvernement cubain lui-mĂŞme sur l’initiative privĂ©e contribuent Ă©galement aux difficultĂ©s de l’Ă®le.

En rĂ©sumĂ©, si les États-Unis sont les seuls instigateurs de ces sanctions, leur domination financière oblige une grande partie du monde Ă  s’y plier indirectement, crĂ©ant un blocus qui dĂ©passe largement les simples relations bilatĂ©rales.