Plus de deux ans d’état d’urgence et sept couvre-feux ont fait de la peur une routine en Équateur. À Guayaquil, officiellement Santiago de Guayaquil, surnommée la « Perle du Pacifique » et qui est la plus grande ville du pays avec presque quatre millions d’habitants, les quartiers vivent au rythme des fusillades, des restrictions et de la vigilance constante face à l’évolution de la criminalité.
En deux ans et demi, l’Équateur a connu 846 jours d’état d’urgence, soit presque autant de temps que Daniel Noboa est au pouvoir. Au cours de cette période, le président a restreint la liberté de circulation des citoyens pendant 272 jours, décrétant sept couvre-feux, que le gouvernement a maintenus comme sa principale stratégie pour lutter contre la violence. Pour les autorités, le succès supposé de cette initiative se mesure au nombre de personnes arrêtées : au cours des 15 jours de couvre-feu en mars dernier, 1 283 personnes ont été appréhendées pour avoir enfreint la mesure et les homicides ont été réduits de près de 30 % pendant la nuit. Pourtant, le pays en est à son septième couvre-feu depuis l’arrivée au pouvoir de ce gouvernement. La situation sécuritaire en Équateur a connu une dégradation dramatique ces dernières années, transformant ce qui était autrefois considéré comme une « île de paix » en l’un des pays les plus violents de la région. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Daniel Noboa (fin 2023), le pays vit quasiment sans interruption sous un régime d’exception. Au 30 avril 2026, on estime que 95 % du mandat de Noboa s’est déroulé sous état d’urgence ou couvre-feu.
Déclaré début 2024, ce statut juridique permet de déployer l’armée (environ 75 000 soldats) pour des missions de police et de désigner une vingtaine de gangs comme des organisations terroristes et des « acteurs non étatiques belligérants ».
Les couvre-feux sont dĂ©sormais souvent modulĂ©s par zones de risque. Les provinces cĂ´tières (Guayas, ManabĂ, Esmeraldas) et les zones frontalières sont quasi systĂ©matiquement soumises Ă des restrictions nocturnes strictes, tandis que d’autres rĂ©gions comme les Galapagos restent Ă©pargnĂ©es.
Une explosion de la violence sans précédent
La violence en Équateur n’est plus une simple délinquance, mais une guerre de territoire entre cartels.
Une hausse statistique vertigineuse : Le taux d’homicides a bondi de 5 pour 100 000 habitants en 2017 à 46 en 2023, soit une augmentation de près de 800 % en quelques années. En 2025, l’Équateur a été classé comme le 5 ème pays au monde le plus sous influence de la criminalité organisée. Les gangs locaux (comme les Choneros ou les Lobos) agissent comme sous-traitants pour les cartels mexicains (Sinaloa et Jalisco Nouvelle Génération) et la mafia albanaise pour l’exportation de cocaïne vers l’Europe et les États-Unis.
Les prisons sont les centres de commandement des gangs. On y dénombre des massacres réguliers (plus de 460 morts depuis 2021). Parallèlement, la corruption a infiltré les hautes sphères de l’État : fin 2023, l’opération « Metástasis » a révélé des liens profonds entre des juges, des policiers et le narcotrafic.
Les risques actuels pour la population et les voyageurs
La violence se manifeste par des attentats à l’explosif, des assassinats de personnalités politiques (comme celui du candidat Villavicencio en 2023), des enlèvements et des extorsions (le « vacunación »). Les autorités déconseillent formellement les déplacements nocturnes et recommandent d’éviter les quartiers populaires de Guayaquil et les zones frontalières avec la Colombie (Esmeraldas, Carchi), où les groupes armés sont omniprésents. Guayaquil est la capitale économique et le principal port du pays de la côte ouest de l’Amérique latine.
Le retour à la démocratie commence par une tragédie : le président réformateur Jaime Roldós meurt dans un accident d’avion en 1981.
Comme le reste de l’Amérique latine, l’Équateur subit la crise de la dette et la chute des cours du pétrole.
Cette pĂ©riode voit l’alternance entre la droite nĂ©olibĂ©rale (LĂ©on Febres Cordero) et la gauche sociale-dĂ©mocrate (Rodrigo Borja). Le pays reste toutefois relativement stable comparĂ© Ă ses voisins touchĂ©s par des guĂ©rillas.L’instabilitĂ© chronique et la Dollarisation (1996 – 2006)
C’est la période la plus chaotique du pays : en 10 ans, l’Équateur connaît sept présidents. Par exemple, la chute de Bucaram (1997), destitué pour « incapacité mentale » après seulement six mois. En pleine hyperinflation et après un effondrement du système bancaire, le président Jamil Mahuad impose le dollar américain comme monnaie officielle. Cette mesure, radicale, stoppe l’inflation, mais appauvrit une grande partie de la population et provoque l’exil de millions d’Équatoriens.
Les mouvements indigènes (CONAIE) deviennent une force politique majeure, renversant plusieurs présidents (Mahuad en 2000, Lucio Gutiérrez en 2005).
L’ère Rafael Correa (2007 – 2017)
L’arrivée de l’économiste Rafael Correa marque la fin de l’instabilité et l’entrée dans le « Socialisme du XXIe siècle ». L’histoire de Rafael Correa vis-à -vis du pouvoir est complexe : il n’a jamais tenté de coup d’État au sens militaire classique (renverser un gouvernement par la force), mais on peut parler d’un coup d’État institutionnel pour s’assurer une mainmise totale sur l’État. À son arrivée, Correa a immédiatement cherché à contourner un Congrès hostile. Il a poussé pour une Assemblée Constituante. Lors du processus, le Tribunal électoral (allié à Correa) a destitué 57 députés d’opposition qui s’opposaient au référendum. La nouvelle Constitution de 2008 a considérablement renforcé les pouvoirs du président et lui a permis de remettre les compteurs de mandats à zéro.
Le départ de Correa ouvre une période de tensions politiques intenses.
Le virage de LenĂn Moreno (2017-2021). Élu comme successeur de Correa, il rompt brutalement avec lui et revient Ă des politiques libĂ©rales, provoquant de violentes Ă©meutes en 2019.
Guillermo Lasso (2021-2023), premier président de droite depuis 20 ans, il fait face à une assemblée hostile et à une montée en flèche du narcotrafic. Il dissout l’Assemblée pour éviter une destitution.
Daniel Noboa et le défi sécuritaire. Élu fin 2023, il doit gérer une nation en proie à une violence sans précédent. L’Équateur, autrefois paisible, est devenu une plateforme logistique mondiale pour la cocaïne, menaçant les fondements mêmes de l’État.

Le palais Carondelet, résidence du président de la République, à Quito.


Volcan Tungurahua, 5023 mètres. Comme tous les pays de la Ceinture de feu du Pacifique, l’activité volcanique est intense en Équateur. Le grand nombre de volcans implique qu’il est fréquent que plusieurs d’entre eux soient en éruption simultanément ; émission de gaz et de cendres, plus rarement de la lave. Les tremblements de terre constituent le premier risque de catastrophe naturelle. Comme tous les pays andins, situés près de la zone d’affrontement de la plaque continentale d’Amérique du Sud et de la plaque océanique du Pacifique, l’Équateur est victime de tremblements de terre et d’éruptions volcaniques.






