Argentine :

Javier Malei, ses chiens, sa folie, la catastrophe économique…

Javier Milei ne se contente pas d’être président, il se prend pour Moïse. Le 8 février, lorsque les députés rejettent son projet de loi Omnibus prévoyant des hausses d’impôts, des privatisations et lui accordant des pouvoirs étendus dans plusieurs domaines clés, Milei décide de saborder son propre projet. Il insulte les parlementaires et publie un extrait de l’Exode en hébreu sur les réseaux sociaux. Les rabbins et talmudistes sont invités dans les médias pour interpréter ses propos. Ils expliquent que Milei faisait référence à son voyage en Israël et qu’à son retour, il a découvert que les députés avaient commencé à adorer une autre idole que sa loi omnibus, ce qui l’a rendu fou de rage.

Javier Milei, né le  à Buenos Aires, est un économiste, ancien animateur de télévision. Il est président de l’Argentine depuis le 10 décembre 2023.

Cependant, le judaïsme n’est que la partie visible de la pratique religieuse de Milei, qui mêle ésotérisme et science-fiction. Dans la biographie de Milei intitulée El Loco (le fou, l’excentrique), le journaliste Juan Luis Gonzalez révèle que l’histoire a commencé avec son chien, Conan. Milei considérait Conan comme son fils et a fait appel à une médium spécialisée dans la communication inter-espèces lorsque le chien est tombé gravement malade. Impressionné par les premières séances, Milei a recommandé la médium à ses amis proches. Le chien est décédé et Milei l’a fait cloner aux États-Unis.

Milei et sa sœur Karina sont les adeptes d’une religion mystérieuse : l’adoration de Conan (le chien disparu, donc), qui aurait acquis le statut de divinité après sa mort. Conan aurait confié à Milei la mission de convertir l’Argentine au libertarianisme, et c’est lui qui aurait inspiré à Milei l’idée de cloner Conan après sa mort. Milei a ainsi fait cloner Conan aux États-Unis et a baptisé les chiots Murray, Milton, Robert et Lucas en référence à ses économistes préférés. Milei communique régulièrement avec ses conseillers quadrupèdes, chacun ayant son propre champ d’expertise.

Bien que la presse internationale se moque de l’histoire de Conan et des clones, l’anthropologue et spécialiste des questions religieuses Alejandro Frigerio affirme que c’est très sérieux. Le financier et influenceur Carlos Maslaton, qui était proche de Milei avant de s’en éloigner, a assisté à une scène hallucinante lors de la présentation du livre de Milei, El Camino del libertario, au Salon du livre de la capitale. Milei avait laissé les chaises du premier rang vides pour les chiens, elles sont restées inoccupées pendant toute la durée de la conférence.

La gravure du bâton présidentiel avec les visages de ses cinq chiens…

Les Argentins protestent régulièrement contre les mesures économiques du nouveau président après l’avoir élu à une large majorité…

Karina est non seulement la prêtresse du culte de Conan, mais aussi la réincarnation du prophète le plus important de la religion juive. Milei a déclaré à plusieurs reprises que Karina était Moïse et qu’elle n’était qu’une divulgatrice. Il l’a dit à de nombreux entrepreneurs argentins et au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors de son investiture présidentielle en décembre à Buenos Aires. Bien que personne ne puisse prétendre avoir totalement compris la pensée du mystique président, une chose est sûre : le destin de l’Argentine est entre les mains d’une bande de cinglés et de quelques chiens clonés…

En apprenant les résultats des élections, le leader de La Libertad Avanza (LLA) a fêté la victoire avec ses militants dans son bunker situé dans l’hôtel Libertador à Buenos Aires. Et à la fin de son discours, il a affirmé : « Je veux remercier mes enfants à quatre pattes, même si cela ne plaît pas aux journalistes avares : Conan, Murray, Milton, Robert et Lucas ».

Plus sérieusement la situation économique de l’Argentine est plus catastrophique que jamais. Le nouveau président n’a pu, évidemment, appliquer les mesures phares qu’il avait vantées comme des panacées. Dès la première semaine, la dollarisation qui devait relancer l’économie et la finance a été abandonnée. De toute façon il n’y avait pas un dollar dans les caisses de l’État. Voilà 32 ans que l’Argentine n’avait pas connu une telle situation économique. Le pays a subi une inflation annuelle de plus de 90 % en 2022, déjà parmi les plus élevées du monde. Aujourd’hui elle est de… 276 % (2024) ! À titre d’exemple, l’inflation en France, cette année, est de 2,46 %. Le précédent record, datant de 1991, marquait la fin d’un cycle de récessions et de périodes d’hyperinflation (3 100 % d’inflation en 1989, 2 300 % en 1990). Pour lutter contre cette hyperinflation, les autorités avaient alors aligné le taux de change du peso sur le dollar américain, selon le principe 1 dollar = 1 peso. Cela a permis de reprendre confiance dans la monnaie argentine et d’arrêter l’effet « planche à billets », c’est-à-dire la création à outrance de monnaie par la Banque centrale, ce qui provoquait une inflation rapide. Mais il semble que le nouveau gouvernement n’a même plus les moyens de reproduire la même manœuvre.

Du coup, mirage ou pansement sur une jambe de bois, l’Argentine se tourne vers le Bitcoin. En effet, face à cette montée dans prix vertigineuse, les Argentins cherchent des solutions pour protéger leur épargne. Avant, ils se tournaient vers le dollar américain comme valeur refuge. Mais les temps changent, et aujourd’hui, c’est le Bitcoin qui attire les foules, d’après un rapport de Bloomberg.

Un jour, Javier Milei a dit à la radio : « Lorsque j’étais au chômage et que j’avais reçu mon indemnité de licenciement, j’ai calculé le temps qu’il me faudrait pour retrouver un emploi. Dans ce contexte, j’ai fixé certaines restrictions : la santé et le bien-être de Conan ne devaient pas être touchés, pas plus que la qualité de sa nourriture. Pour le soutenir, j’ai décidé de manger une pizza par jour ». Le problème est qu’aujourd’hui beaucoup d’Argentins ne peuvent même pas manger une pizza par jour !

 

Sources : La Nación, Infobae, Bloomberg, Globo.