En Grèce, les phoques moines contraints à la clandestinité pour survivre
Le monde insolite
Longtemps symboles familiers du littoral méditerranéen, les phoques moines de Méditerranée (Monachus monachus) figurent aujourd’hui parmi les mammifères marins les plus menacés au monde. En Grèce, qui abrite désormais la plus grande population restante, leur présence est paradoxale : bien que le pays soit un sanctuaire essentiel pour l’espèce, ces animaux y vivent cachés, réfugiés dans des grottes marines pour échapper à la pression humaine — en particulier touristique.
D’une coexistence côtière à une vie souterraine
Historiquement, les phoques moines occupaient des plages ouvertes, où ils se reposaient et mettaient bas. Cette situation a progressivement disparu à partir du XIXᵉ siècle. La chasse intensive, la persécution par les pêcheurs — qui les accusaient de dégrader les filets — et l’urbanisation massive des côtes ont profondément modifié leur comportement. Confrontés à un dérangement permanent, les phoques moines ont adopté une stratégie de survie radicale : le repli dans des grottes marines isolées, souvent difficiles d’accès et parfois dangereuses.
Ce changement n’est pas anodin. Il ne s’agit pas d’une adaptation naturelle mais d’une réponse contrainte à la présence humaine, y compris lorsque celle-ci se manifeste sous une forme non violente, comme le tourisme de loisirs.
La Grèce, dernier bastion de l’espèce
On estime qu’il reste entre 700 et 800 phoques moines dans le monde, dont plus de la moitié en Grèce. Les principales zones de présence se situent dans les Cyclades, les Sporades — avec le parc marin national d’Alonissos — certaines régions de Crète, le Dodécanèse et les îles Ioniennes.

Un bébé phoque trouvé orphelin est préparé pour être relâché à la Société hellénique pour la protection du phoque moine. Photo : P. Dendrinos
Les grottes utilisées par les femelles pour la reproduction jouent un rôle vital. Elles servent de lieux de mise bas et d’allaitement, offrant un refuge contre les dérangements. Mais cette protection a un revers : lors de fortes tempêtes, les vagues peuvent pénétrer dans ces cavités, exposant les jeunes phoques à un risque élevé de noyade. La survie des petits dépend donc étroitement de la stabilité de ces sites et de l’absence totale de perturbation.
Le tourisme, une menace silencieuse
La Grèce accueille chaque année des millions de visiteurs, attirés par ses côtes et ses eaux claires. Kayaks, bateaux de plaisance, plongeurs et excursions organisées s’approchent parfois, souvent sans le savoir, de grottes occupées par des phoques moines. Or, la simple présence humaine peut suffire à provoquer l’abandon d’un site par une femelle, avec des conséquences souvent fatales pour son petit.
Pour cette raison, certaines zones sont strictement interdites d’accès, parfois sans signalisation visible afin d’éviter toute curiosité supplémentaire. La protection repose largement sur la discrétion et la responsabilisation des usagers de la mer.
Des efforts de conservation déterminants
Consciente de l’enjeu, la Grèce a mis en place plusieurs dispositifs de protection. Des parcs marins ont été créés, des ONG spécialisées — notamment la Hellenic Society for the Study and Protection of the Monk Seal (MOm) — assurent la surveillance et le suivi scientifique, et des programmes de sensibilisation visent à réduire les conflits avec les pêcheurs, notamment par des mécanismes d’indemnisation.
Malgré ces efforts, l’espèce demeure extrêmement vulnérable : faible diversité génétique, reproduction lente et dépendance à un nombre limité de sites de reproduction rendent chaque perturbation potentiellement critique.






