Le génocide des Amérindiens est toujours d’actualité

 

Comme chacun sait, Christophe Colomb avait cru atteindre les Indes orientales. D’où le nom d’Indiens.

Aujourd’hui, on préfère celui d’Amérindiens ou tout simplement de peuples premiers ou autochtones.

Les peuples indigènes au Brésil étaient surtout des tribus semi-nomades dont l’économie se basait sur la chasse, la pêche, la cueillette et l’agriculture de subsistance. Yuval Noah Harari les qualifierait de peuples fourragers.

Beaucoup des groupes qui existaient à la fin du XVe siècle ont été assimilés à la culture européenne. Ils constituent la principale origine de peuplement du Brésil malgré les apports de l’immigration européenne et japonaise.

Les peuples autochtones ont une connaissance remarquable des plantes qu’ils utilisent et des animaux qu’ils chassent ; ils jouent un rôle décisif dans la préservation de la biodiversité.

« Vous avez des écoles, pas nous, mais nous savons comment prendre soin de la forêt ».

(Davi Kopenawa Yanomami, cité par Survival International)

Les Amérindiens obstacles à la déforestation voulue par Bolsonaro

 

Selon des études scientifiques, les territoires autochtones représentent l’obstacle majeur à la déforestation de l’Amazonie d’où leur mise en danger par les grands propriétaires, les bûcherons et, aujourd’hui par Jair Borsalino et l’extrême droite évangélique. Déjà durant la dictature militaire de 1964 à 1985, ils avaient été déplacés ou tués.

On estime entre 15 et 20 millions le nombre d’habitants du Brésil répartis en 2 000 tribus. À l’époque de la découverte. Les explorateurs en arrivant dans l’État actuel de Bahia furent d’abord admiratifs des habitants et des paysages ainsi que des richesses naturelles.

Là où ont abordé les nouveaux arrivants, les Indiens étaient hospitaliers et intéressés à négocier. Bientôt, les Portugais s’aperçurent que les Indiens étaient constitués en différentes ethnies. Comme tous les peuples à ce stade de développement, ils pratiquaient le cannibalisme comme un rite religieux. On trouvait ces mêmes pratiques encore récemment en Nouvelle-Guinée.

Les peuples indigènes du Brésil (Povos indígenas) comprenaient donc un grand nombre de groupes ethniques distincts, parlant des langues différentes. C’est encore le cas aujourd’hui. Seulement, ils ne sont plus que quelques centaines de milliers.

Le nombre de langues distinctes identifiées par les ethnologues pour le Brésil est d’un peu moins de 200, toujours parlées. 215 peuples indiens sont actuellement identifiés, majoritairement localisés dans l’ouest et le nord amazonien. En nombre d’habitants, c’est assez difficile à évaluer en ce premier quart du XXIe siècle (entre 500 000 et 1 million).

Toujours est-il que, pour ne parler que de l’époque contemporaine, l’éradication des peuples amérindiens glace le sang.

En effet, un rapport alarmant sur les atrocités commises contre les Indiens du Brésil dans les années 1940, 1950 et 1960 vient de refaire surface, 50 ans après avoir été mystérieusement détruit dans un incendie.

Le massacre du 11e parallèle

Le rapport Figueiredo, commandé en 1967 par le ministre de l’Intérieur brésilien, avait déclenché un scandale international suite à la révélation des crimes commis contre les Indiens aux mains des puissants propriétaires terriens et du service gouvernemental de protection des Indiens (SPI). Ce rapport fut à l’origine de la création de Survival International deux ans plus tard.

« Dans ce document de 7 000 pages, le procureur public Jader de Figueiredo Correia énumère les meurtres de masse, la torture, l’esclavagisme, la guerre bactériologique, les abus sexuels, les spoliations territoriales dont furent victimes les Indiens du Brésil. Suite à ces atrocités, certains peuples ont complètement disparu et de nombreux autres ont été décimés ».

Le rapport a été retrouvé au musée de l’Indien au Brésil.

L’un des faits les plus horribles de ce rapport est celui du Massacre du 11e parallèle (1963). Un baron du caoutchouc fit lancer des bâtons de dynamite dans un village de Cinta Larga. Un petit avion largua les explosifs sur le village. Deux habitants seulement survécurent et purent témoigner.

Après ce massacre, certains des meurtriers se rendirent sur les lieux du crime afin d’exterminer les derniers survivants. Ils y trouvèrent une mère allaitant son bébé. Ils tuèrent le nourrisson, suspendirent la mère par les pieds et la découpèrent en deux. Lors du procès d’un des accusés, le juge déclara : « Nous n’avons jamais vu de cas d’une telle violence, d’une telle ignominie, de tant d’égoïsme, aussi dépourvu de considération pour la vie humaine ».

En 1975, l’un des auteurs du crime, José Duarte de Prado, fut condamné à dix ans d’emprisonnement, mais fut gracié plus tard dans l’année. Il déclara durant le procès : « II est bon de tuer les Indiens – ils sont paresseux et traîtres ».

1975 : au cœur des années de plomb de la dictature militaire. Ces années sont admirées par le président Bolsonaro et il tient à peu près le même langage que José Duarte de Prado.

D’autres massacres eurent lieu dans les années 1960 et 1970, notamment l’empoisonnement (à l’arsenic dans l’eau et les aliments) ou la torture avec par exemple l’écrasement des membres aussi bien ceux des enfants devant leurs parents que ceux des parents devant leur famille. Tueries par balles, par incendies se sont enchaînées. On estime que le génocide a concerné 5 à 6 millions d’Amérindiens de tous âges.

La torture, les exécutions et l’empoisonnement ne sont pas nouveaux et datent de l’arrivée des colons au Brésil. La façon dont l’immigration européenne infléchit la politique officielle sur les Amérindiens est illustrée par un épisode tragique, intervenu au tournant du XIXe siècle : les raids d’extermination. Des massacres sont délibérément organisés des tueurs d’Indiens à la solde des fermiers, ces attaques se déroulèrent dans une région marquée par la présence d’immigrants d’origines germanique et italienne. Comme le rappelle R. M. Wright, ces bugreiros allaient même, dans certains cas, jusqu’à empoisonner les points d’eau des villages.

Le peuplement brésilien et l’héritage amérindien

L’héritage culturel des Indiens dans la culture brésilienne se rencontre dans les noms des lieux géographiques, la langue, la musique. Cet héritage reste largement déprécié encore aujourd’hui, comme faisant part d’une culture dominée. De manière anecdotique, l’habitude de se laver tous les jours en se baignant provient de la culture amérindienne, de même que l’usage du hamac ou du manioc, nourriture typique des régions rurales.

Le peuplement brésilien est le résultat de la fusion entre les autochtones, les esclaves noirs (déportés à hauteur d’au moins 4 000 000 rien que pour le seul Brésil) et les immigrés européens, moyen-orientaux ou asiatiques (syro-libanais ou japonais).

Le Service national de l’Indien (aujourd’hui FUNAI, Fondation nationale de l’Indien) a été créé par Cândido Rondon, lui-même Indien bororo et officier supérieur de l’armée brésilienne. Les tribus non-assimilées sont contactées par la FUNAI, aujourd’hui rattachée au ministère de la Justice. Mais Bolsonaro veut la vider de son sens et de ses missions en l’intégrant au ministère de l’Agriculture ! D’où de nouvelles invasions, expulsions et de nouveaux massacres.

Si toutefois, de nombreux progrès ont été accomplis, les Indiens ne jouissent toujours pas de la propriété foncière collective à laquelle ils ont droit en vertu de la législation internationale. Seules des réserves ont été créées avec plus ou moins de résultats positifs pour les Amérindiens.

Depuis l’arrivée des Européens au Brésil, il y a plus de 500 ans, les Indiens ont subi un génocide à grande échelle et ont été spoliés de la plupart de leurs terres.

« Nous ne savions pas que les Blancs allaient prendre notre terre. Nous ne savions rien à propos de la déforestation. Nous ne connaissions pas les lois des Blancs », explique un Enawene Nawe à Suvival.

 

Aujourd’hui, le Brésil s’emploie à développer et industrialiser l’Amazonie à travers des projets agressifs, même les zones les plus reculées sont à présent menacées. Plusieurs barrages hydro-électriques sont en cours de construction à proximité de groupes d’Indiens isolés ; des milliers d’autres Indiens seront privés d’eau, de nourriture et de terres. Ces barrages fourniront de l’énergie bon marché aux compagnies minières qui s’apprêtent à exploiter les territoires autochtones si le Congrès adopte un projet de loi promu par le lobby minier.

De nombreuses tribus, à l’image des Guarani, vivent sous des bâches le long des routes dans des conditions déplorables et indignes. Leurs leaders sont pris pour cible et assassinés par des milices privées constituées d’hommes armés à la solde des éleveurs pour les empêcher de réoccuper leur territoire ancestral.

« Auparavant, nous étions libres. À présent, nous ne le sommes plus. Nos jeunes pensent alors qu’il ne leur reste plus rien. Ils s’assoient et boivent, ils se perdent et se suicident», Rosalino Ortiz, Guarani à Survival.

Il existe toutefois aujourd’hui plus de 200 organisations autochtones qui sont au premier plan dans la défense de leurs droits. Des centaines d’Indiens ont envahi les rues pour protester contre les projets gouvernementaux visant à les affaiblir. Beaucoup gèrent leurs propres projets, de santé ou d’éducation. Les Tikuna ont fondé un musée pour montrer au monde leurs technologies, leur art, leur culture et leur langage.

Selon les dernières études, aujourd’hui au Brésil, il y aurait un peu plus de 900 000 autochtones amérindiens qui occupent 594 territoires indigènes sur un total de 100 millions d’hectares (12 % du territoire brésilien). 215 ethnies sont répertoriées, utilisant 188 langues et dialectes. En 2002, on a signalé 45 groupes d’indigènes qui n’étaient pas encore entrés en contact avec le reste du monde. Une des tâches de la FUNAI est de tenter de les approcher afin que ce contact soit le moins traumatique possible.

Les autochtones considérés comme des mineurs irresponsables

Le statut appliqué aux Indiens est un statut dérogatoire, explique l’ONG Survival International. À l’exception d’une petite minorité, ils sont considérés comme des mineurs protégés, dépourvus de droits civiques. Le « Statut de l’Indien » datant de 1973 (loi 6001) est toujours appliqué, bien qu’il ne soit plus en conformité avec la Constitution en vigueur. Un projet de loi, déposé en 1991 au Congrès, est… toujours discuté. En fait non, avec J. Bolsonaro il est quasi enterré !

Un racisme endémique persiste vis-à-vis des Indiens du Brésil. Au regard de la loi, répétons-le, ils sont toujours considérés comme des mineurs. L’objectif principal des peuples autochtones du Brésil est le contrôle de leurs terres — le Brésil est l’un des deux seuls pays sud-américains à ne pas encore reconnaître leurs droits à posséder la terre.

« Nous existons. Je veux dire au monde que nous sommes vivants et que nous voulons être respectés en tant que peuple », Marta Guarani/Survival.

En décembre 2018, Jair Bolsonaro annonce vouloir exploiter les ressources de la réserve de Raposa Serra do Sol, sur laquelle vivent 17 000 indigènes. Des milliers d’indigènes manifestent en mai 2019 contre la réduction de leurs droits par le gouvernement.

La démarcation des terres indigènes est en cours dans diverses régions du pays. Elle consiste à reconnaître les contours de la réserve, à en marquer les limites sur le terrain et la faire homologuer par l’Union par décret présidentiel avec enregistrement notarial.

 

Très souvent des intérêts particuliers sont menacés comme dernièrement lors de la tentative d’homologation de la réserve Raposa-Serra do Sol déjà démarquée depuis 1998, mais contestée en justice.

De toute façon tous ces projets sont bloqués depuis le départ de la présidente Dilma Rousseff victime d’un coup d’État constitutionnel.

La campagne de Survival

Survival est née en 1969 de l’inquiétude suscitée par le génocide que subissaient les Indiens du Brésil ; elle continue depuis lors de défendre activement leurs droits.

L’organisation mène actuellement de nombreuses campagnes au Brésil — parmi les plus importantes figurent celles des Awá, des Guarani et des Yanomami.

À un niveau plus général, « nous soutenons les Indiens dans leur refus de la militarisation de leurs terres et appelons le Brésil à reconnaître leur droit à posséder leurs terres, conformément aux deux Conventions des Nations-Unies qu’il a ratifiées en 1965 et en 2002 ».

L’industrialisation de l’Amazonie plus que jamais au programme du gouvernement brésilien

Les groupes ethniques les plus nombreux aujourd’hui sont les Guajajara (Tenetehára), Guaraní et Guarani Kaiowas (Paĩ-Tavyterã).

Il y a 45 à 75 groupes répartis entre le Brésil, la Guyane (française), le Guyana, le Venezuela (où ils sont très mal traités actuellement) et le Pérou. Ces groupes ethniques vont d’une vingtaine de familles à 8000 pour les plus nombreux. On pense qu’il y a encore quelques groupes isolés vivant au plus profond de la forêt n’ayant quasiment aucun contact avec les autorités. Parfois, ils sortent volontairement de la jungle pour demander de l’aide quand ils se sentent menacés par les entreprises agroalimentaires, les mineurs et les bûcherons. Trop souvent depuis Bolsonaro, la police et les militaires arrivent… trop tard !

Mais la plupart des peuples indigènes aujourd’hui isolés sont en fait les survivants (ou descendants de survivants) d’actes génocidaires subis dans le passé. Ces atrocités (massacres, épidémies, violences effroyables) sont désormais ancrées dans leur mémoire collective et du coup ils refusent d’entrer en contact avec le monde extérieur. Par exemple, note l’ONG internationale Survival, beaucoup d’Indiens d’Amazonie occidentale sont les descendants des rares survivants du boom du caoutchouc qui eut pour conséquence, à la fin du XIXe siècle, la destruction de cette partie de la région amazonienne et l’extermination de 90 % de la population indigène, due à une montée de l’esclavagisme et de brutalités inouïes.

Pire encore : le 1er août 2019, c’est la police militaire qui a attaqué des Indigènes Kinikinawa sur leurs terres ancestrales dans le Mato Grosso do Sul ! ils sont arrivés fortement armés avec des véhicules et même un hélicoptère.

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