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Un ver invasif venu d’Argentine prolifère dans les jardins français

 

C’est un prédateur qui vit la nuit, se déplace très lentement, mais prolifère à toute allure : une espèce de ver plat invasif, venue d’Argentine, est en train d’envahir les jardins de France et d’Europe, menaçant potentiellement la biodiversité, selon une étude de la revue scientifique PeerJ, qui, sur son site, titre non sans humour : Obama chez moi ! (en français dans le texte…)

L’Obama nungara est signalée sur les trois-quarts du territoire français. Ce ver se propage notamment via le commerce des plantes en pot, selon des données principalement fondées sur la science participative, et donc publiées dans la revue scientifique PeerJ. L’espèce est particulièrement abondante le long de la côte atlantique, de la frontière espagnole à la Bretagne, et le long de la côte méditerranéenne, de la frontière espagnole à la frontière italienne.

« C’est une jolie histoire qui a commencé en mars 2013 : un amateur naturaliste observe dans son jardin de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) un ver bizarre, et envoie sa photo » sur les réseaux spécialisés, raconte à l’AFP Jean-Lou Justine, professeur au Muséum d’histoire naturelle à Paris, qui a dirigé l’étude.

Intrigués, les scientifiques mettent en place un vaste réseau de sciences participatives, qui recueille en cinq ans plusieurs centaines de signalements, essentiellement en France mais aussi en Europe (Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Belgique, Italie et Suisse). Plusieurs espèces sont identifiées, mais Obama nungara semble dominer. Il s’agit de spécimens pour la plupart de couleur brun foncé, mesurant 5 à 10 cm. Grâce à des analyses moléculaires, les scientifiques parviennent à en trouver l’origine : l’Argentine, d’où l’espèce a débarqué via des plantes en pot. « Une fois qu’une espèce est dans un jardin, elle a beau se déplacer très lentement, elle peut envahir le jardin voisin en quelques mois », détaille le Pr Justine.

« C’est un phénomène classique pour les espèces invasives : sa présence est d’abord discrète et on ne s’en aperçoit que quand elle a envahi toute une partie du territoire », explique Jean-Lou Justine. Il y aurait des milliards d’individus, répertoriés dans plus de 70 départements de français. « L’une des surprises a été de ne pas le trouver en altitude, probablement parce que les nuits y sont trop froides », ajoute le scientifique.

 Que lui reproche-t-on ? D’être un prédateur mangeant les petits  animaux du sol (vers de terre et escargots), et d’être une espèce non-autochtone qui n’a pas sa place dans l’écosystème des sols. L’étude ne donne néanmoins pas de chiffres sur l’importance de la prédation, et donc sur l’impact écologique exact. « Invasif n’est pas synonyme de nocif : ça veut dire que la prolifération devient très visible, et que c’est potentiellement dangereux pour l’écosystème.

Si c’est un animal prédateur, il va forcément diminuer la population des animaux qu’il mange », explique le professeur Justine.

C’est surtout une drôle de bestiole, avec des centaines d’yeux répartis le long du corps. Ils forment une rangée unique à l’extrémité avant, puis au bout de quelques millimètres se répartissent en plusieurs séries réparties sur un tiers de la largeur de chaque côté du dos. Les yeux dorsaux sont entourés de halos plus clairs.

Jean-Lou Justine est un parasitologiste et zoologiste français, Professeur au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, spécialiste des parasites de poissons et des Plathelminthes terrestres invasifs.