Le Brésil dans la Seconde Guerre mondiale

Les soldats brésiliens participèrent à la Libération de l’Italie

Naturellement, les livres d’histoire épiloguent longuement sur l’intervention américaine (États-Unis et Canada) lors de la Seconde Guerre mondiale. Et c’est justice. Mais ce que l’on sait moins est l’entrée en guerre du Brésil aux côtés des Alliés alors même que le régime politique en place à Rio de Janeiro (1) était (très) loin d’être un exemple de démocratie.

Le Brésil est entré dans la Seconde Guerre mondiale en 1942, aux côtés des pays alliés. Mais pourquoi et dans quelles conditions le Brésil est-il entré en guerre ?

 

 

Le Brésil est à cette époque une dictature dirigée par Getúlio Vargas (2) depuis le coup d’État du 4 octobre 1930. En 1942, à la suite d’attaques par des sous-marins allemands, il engage le Brésil dans la Seconde Guerre mondiale au côté des Alliés (cf. la Déclaration des Nations unies). Toutefois Getúlio Vargas avait mis en place un appareil politique policier très similaire à celui de l’Italie fasciste et à celui de l’Allemagne nazie, pays avec lesquels l’Estado Novo a entretenu des relations étroites jusqu’en 1941.

Les Américains savaient qu’ils avaient besoin de Vargas comme allié et ont commencé à faire pression sur lui et son gouvernement. Comme l’écrit l’historien Boris Fausto, dans son ouvrage História do Brasil : « […] Avant même le début de la guerre, Roosevelt était déjà convaincu qu’elle se déroulerait à l’échelle mondiale et impliquerait les États-Unis. Cette perspective a conduit les stratèges américains à élargir ce qu’ils considéraient comme le cercle de sécurité du pays, y compris l’Amérique du Sud et en particulier le nord-est du Brésil. Les Américains ont également lancé une offensive politico-idéologique, promouvant, entre autres initiatives, les conférences panaméricaines, autour d’un objectif commun : la défense des Amériques, quel que soit le régime politique en vigueur dans chaque pays, sous le commandement du États-Unis ».

Un seul sous-marin allemand coule 6 navires marchands brésiliens et fait plus de 600 victimes en moins de 15 jours !

Dès le début de 1942, le Brésil avait autorisé les États-Unis à installer des bases aériennes dans les États de Bahia, Pernambouc et Rio Grande do Norte. La ville de Natal, par exemple, abrita une partie de l’escadron de l’US Navy VP-52. Même si le Brésil de Vargas se disait officiellement neutre. Les nazis, conscients du rapprochement de Vargas avec les États-Unis, ont commencé à attaquer des navires marchands brésiliens, d’abord en haute mer puis de plus en plus près des côtes brésiliennes du nord-est. Entre le 5 et le 17 août 1942, six navires brésiliens ont été coulés par un seul sous-marin (l’U-507) allemand entraînant la mort de plus de 600 personnes. Cela a ému la nation, qui a commencé à encourager Vargas à se ranger du côté des Alliés et à déclarer la guerre à l’Allemagne et aux puissances de l’Axe.

 

 

Membres d’une compagnie brésilienne du IIIe bataillon du 11e régiment.

Il faut se rendre compte que les Brésiliens captaient Radio-Berlin (la Großdeutscher Rundfunk « radio de la Grande Allemagne ») et ils entendirent égrener la liste macabre des navires coulés : Le Baependy, naviguant de Salvador à Recife, est coulé avec ses 215 passagers et 55 membres d’équipage, l’Araraquara, naviguant aussi depuis Salvador vers le nord du pays, est envoyé par le fond avec 142 passagers, l’Aníbal Benévolo (83 passagers et seulement quatre membres d’équipage survivront sur 71 est torpillé, au large de Vitória, le paquebot Itabiga est endommagé. Enfin, le Arará, naviguant de Salvador à Santos, venu en aide à l’Itabiga est torpillé. Il y aura plus de 20 morts.

Toutes ces annonces bouleversèrent les Brésiliens et les Cariocas se révoltèrent. La population mena des représailles contre les entreprises allemandes comme les restaurants ayant pignon sur rue. La position passive du gouvernement de Vargas devint dès lors de plus en plus intenable face à une opinion publique nerveuse et de moins en moins contrôlable. Finalement, le dictateur déclare la guerre à l’Allemagne et à l’Italie le 22 août 1942.

Dans les faits, la participation active du Brésil sur le champ de bataille européen a été lancée après que le président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, de retour du Maroc, ait rencontré Getúlio Vargas, à Natal, dans le Rio Grande do Norte. Cette rencontre, connue sous le nom de Conférence de la rivière Potenji, eut lieu les 28 et 29 janvier 1943 à bord de l’USS Humboldt dans le port de la rivière Potenji à Natal, dans le Rio Grande do Norte. La conférence aboutit à la création de la Force expéditionnaire brésilienne. Les Américains entraînèrent les soldats de la FEB [Força Expedicionària Brasileira créée le 13 novembre 1943]. Puis le corps brésilien fut placé sous le commandement du 15e groupe d’armées du maréchal Harold Alexander via la 5e armée américaine du général Mark Clark et le IVe corps d’armée américain du général Willis Crittenberger. Le QG de la FEB se situait à Rio de Janeiro sous le commandement du général Eurico Gaspar Dutra, alors ministre de la Guerre brésilien. C’est le général Mascarenhas de Morais qui commandait la FEB sur le terrain, en Italie.

La Conférence de la rivière Potenji, eut lieu les 28 et 29 janvier 1943 à bord de l’USS Humboldt. Ci-dessus, à gauche le président brésilien Getúlio Vargas et le président américain Franklin Delano Roosevelt

Le détachement brésilien envoyé sur le terrain avait donc pour objectif principal de se rendre sur le front aux côtés des puissances alliées, en Italie au sein de la 5e armée des États-Unis. Les soldats de la FEB, [environ 27 000], ont ainsi essentiellement combattu à Monte Castelo où il y a eu la plus importante des batailles pour la libération de l’Italie. 443 soldats brésiliens ont versé leur sang pour la libération du pays de Dante.

Le Brésil et le Mexique furent les seuls pays à envoyer des troupes en Europe. Cependant, plusieurs pays d’Amérique latine subirent des attaques de sous-marins allemands et des croiseurs dans les Caraïbes et l’Atlantique Sud. Le Mexique envoya un escadron de chasse de 300 volontaires dans le Pacifique, l’Escadron 201, connu sous le nom des Aigles aztèques ( Águilas Aztecas ).

À cette époque, le Brésil s’appelait les États-Unis du Brésil (ci-dessus un billet de 10 Cruzeiros à leffigie de Getúlio Vargas (régime dictatorial dit de l’Estado Novo).

(1) Rio était alors la capitale du Brésil de 1763 à 1960. Salvador de Bahia de 1549 à 1763 a été la première capitale du Brésil. Aujourd’hui Brasília est la capitale (District fédéral), mais on dit souvent que Rio demeure la capitale culturelle du pays et São Paulo la capitale économique.

(2) Getúlio Vargas est le chef civil de la Révolution de 1930, qui met fin à la Vieille République en renversant par un coup d’État son président, Washington Luís. De 1930 à 1945, il gouverne le Brésil en trois phases distinctes : de 1930 à 1934 dans le gouvernement provisoire, de 1934 à 1937 dans le gouvernement constitutionnel, élu par le Congrès national du Brésil, et de 1937 à 1945 dans le cadre autoritaire de l’Estado Novo (« État nouveau »). Voir sa biographie complète ici et .