Pérou : Le complexe archéologique de la Vallée Sacrée revisité avec des technologies de pointe

 Les bains rituels incas, nourris par une source et des canaux, révèlent un peu de leurs secrets

 Au cœur de la Vallée Sacrée du Pérou, un complexe cérémoniel inca, doté d’un autel en pierre et de 14 bassins pour des bains rituels a été mis à jour il y a déjà longtemps dans une clairière de la jungle. Désormais, grâce aux nouvelles technologies et notamment des balayages radar et laser, ainsi que de nouvelles fouilles sur le terrain, on en sait un peu plus sur ce site et à quel point les Incas ont construit et utilisé ces structures il y a plus de 500 ans. Des fouilles approfondies avec un radar capable de voir dans le sol a détecté les fondations du complexe et d’innombrables balayages au laser effectués par un drone ont révélé deux structures incas inconnues auparavant dissimulées dans la forêt tropicale, raconte le magazine scientifique LiveSciences.  

De plus, les fouilles manuelles sur le site ont révélé comment l’Inca avait construit et utilisé les bains de cérémonie, a déclaré le chercheur responsable du projet Mariusz Ziółkowski, directeur du Centre d’études andines de l’Université de Varsovie à Cusco, au Pérou. De nouveaux tests au radiocarbone suggèrent que le site remonte au 15e siècle, peu avant que les Européens ne débarquent dans le Nouveau Monde.

(Flickr)

Les chercheurs étudient le site, connu sous le nom de Chachabamba, depuis 1941, année où les archéologues ont découvert des terrasses, des bains et des canaux qui auraient fourni de l’eau aux bains, selon une étude de Ziółkowski et de ses collègues, publiée en novembre 2018 dans la revue Surveys in Geophysics.

Chachabamba est un site qui se trouve sur le Rio Urubamba au centre-est du Pérou entre Lima et le lac Titicaca, dans une zone montagneuse, non loin du Huayna Picchu.

 Une étude de 2018 a révélé que Chachabamba n’avait pas été construit en une seule fois, mais en deux étapes ou peut-être plus, selon l’équipe internationale de chercheurs polonais et italiens.

 Centre religieux

 Depuis la publication de cette étude, l’équipe internationale se penche sur Chachabamba, en se concentrant particulièrement sur le système complexe d’approvisionnement en eau qui remplissait les bains. En effet, le grand nombre de bains et de canaux indique que Chachabamba était probablement un lieu religieux important pour adorer les déesses de l’eau et de la fertilité, ont indiqué les chercheurs.

« C’était sans aucun doute un site de cérémonies religieuses », mais probablement uniquement utilisé par les élites incas et non par le peuple, a indiqué Ziółkowski. « Les caractéristiques les plus remarquables du site sont la présence d’un rocher sacré sculpté, probablement un huaca [un monument vénéré], et un nombre inhabituel de bassins ».

Ces bains étaient vraisemblablement utilisés pour la purification rituelle, « un élément très important, en particulier dans les diverses cérémonies incas, en particulier lors de la fête de Citua », la fête de la Lune. D’ailleurs non loin du site, un peu au nord de celui-ci, on a découvert les ruines d’un temple dédié à la Lune.

Les Incas trouvaient extrêmement important de laver leurs péchés avec de l’eau. Ensuite, les baigneuses et baigneurs se débarrasseraient de leurs vieux vêtements et en porteraient de nouveaux.

Les canaux qui alimentaient les bassins en eau étaient très avancés dans leur conception selon Dominika Sieczkowska, doctorante au Centre de recherche andine de l’Université de Varsovie à Cusco. « Au fil du temps, le complexe a été agrandi et les canaux d’approvisionnement en eau ont été modifiés ». La source de l’eau, cependant, n’a pas changé. Cette eau provenait d’une cascade proche. Les Incas ont construit un système de voies navigables avec des blocs de pierre. Le système fonctionnait partiellement sous terre pour alimenter le complexe cérémoniel en eau, ont indiqué les chercheurs. Ensuite, après avoir traversé les bassins, l’eau rejoignait un autre système de drainage jusqu’à une rivière située dans la vallée.

 La Vallée Sacrée des Incas

 Chachabamba n’était pas le seul complexe inca avec des bains rituels. « Souvenons-nous que la première rencontre des Espagnols avec [l’empereur inca] Atahuallpa, le prétendant au trône inca, s’est déroulée précisément dans un lieu similaire à celui de Chachabamba », explique Ziółkowski à LiveSciences. À ce moment de la confrontation entre l’ancien et le Nouveau Monde, Atahuallpa effectuait des rituels de purification à Conoc, un site inca du Pérou. Mais Conoc n’avait pas autant de bains que Chachabamba. En outre, Chachabamba est connue pour son aménagement : les 14 bains sont répartis en groupes de sept sur les deux côtés du rocher sacré.

La Vallée Sacrée s’étend de Písac à Ollantaytambo, berceau de l’Empire inca dont la capitale était Cusco. Sur la route du Machu Picchu, la Vallée sacrée est particulièrement prisée par les touristes et les voyageurs en quête d’une expérience mystique chargée d’histoire.

Son climat agréable et ses terres fertiles firent de la vallée de l’Urubamba le grenier de l’empire inca. C’était également un site stratégique à l’entrée de la jungle.

La Vallée Sacrée des Incas est généralement considérée comme incluant tout ce qui se trouve entre Písac et Ollantaytambo, tout au long de la rivière Urubamba. Cette rivière, elle aussi considérée par les Incas comme sacrée, est alimentée par les nombreux cours d’eau et torrents qui descendent des montagne. Toute la région regroupe de nombreux sites archéologiques.