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Deuxième bataille du Río de la Plata

L’Uruguay se déchire sur le sort d’un aigle de bronze nazi

L’histoire a commencé en décembre 1939, à l’occasion de la seule bataille qui a eu lieu en Amérique du Sud durant la Seconde Guerre mondiale, dans l’estuaire du Río de la Plata, une large baie au niveau de Montevideo, sur la côte Atlantique.

Lors d’un affrontement avec la flotte britannique, le puissant navire amiral allemand Graf Spee a trouvé refuge dans le port de Montevideo pour remettre en état le bâtiment. Lorsqu’il est reparti, cet emblématique navire nazi a dû se saborder, pour échapper à l’ennemi, sous les yeux médusés des Montévidéens.

Le navire était un croiseur cuirassé appartenant à la Kriegsmarine. Il était le dernier sorti d’une série de trois bâtiments en 1934. Sa construction coûta 82 millions de Reichsmark.

 

Technologiquement, l’Admiral Graf Spee était très en avance sur son temps, notamment en ce qui concerne sa vitesse. La réalisation de sa coque, soudée à l’arc, et non rivetée comme il était courant de le faire à l’époque, assurait un énorme gain de masse et ses puissants moteurs Diesel lui permettaient de combiner vitesse et protection. Sa manœuvrabilité était exceptionnelle, il effectuait des changements de cap bien plus rapidement que la plupart des autres cuirassés. Ses six canons de 280 mm, d’une portée de 27 kilomètres pouvaient tirer deux obus à la minute. En plus de cet armement exceptionnel, il embarquait une vingtaine de canons classiques, une tourelle double et deux hydravions. Oui, des Arado Ar 196, catapultés à partir du navire. Une fois leur mission terminée, ils étaient remontés à bord grâce à une grue.

 Il y avait donc un aigle de bronze flanqué d’un insigne nazi. L’objet a été découvert lors de plusieurs fouilles du bateau et remonté à la surface seulement en février 2006. La sculpture en bronze fait trois mètres de large, deux mètres de hauteur et 350 kilos. Elle a pour socle un symbole nazi (la croix gammée) et d’autres inscriptions ou dessins sont dans les bas-reliefs.

Après 67 ans donc passée sous l’eau, « l’œuvre » est en parfait état de conservation.

Que faire d’un tel trophée, somme toute relativement embarrassant ?

Il a d’abord été exposé à l’entrée d’un hôtel (ce devait être d’un goût !) avant de rejoindre un entrepôt de la marine nationale. Il fut un temps question de l’exposer dans un musée uruguayen. Puis après de multiples débats et péripéties, le 21 juin dernier, la justice uruguayenne a ordonné sa vente dans un délai de 90 jours. Mais, quatre jours plus tard, le gouvernement a fait appel. La vente, qui pourrait atteindre les 10 millions d’euros, dont la moitié pour les acteurs privés ayant aidé à la découverte, comme le prévoyait un accord de 2004, est donc suspendue.

Désormais, l’État exige que la totalité du navire soit récupérée. Car, selon lui, l’entreprise des frères Echegaray devait, aux termes d’un contrat passé en 2004, totalement nettoyer la baie et le chenal, donc remonter le cuirasser. Ce qui au passage serait, historiquement, un évènement considérable. Mais il semble que de polémiques en polémiques de recours en appels on se dirige vers une histoire sans fin…

 

La bataille maritime de La Plata a fait l’objet de plusieurs livres, mais surtout d’un film célèbre avec notamment John Gregson, Anthony Quayle et Ian Hunter :  

 

La Bataille du Rio de la Plata : film britannique de 1956 (The Battle of the River Plate).