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Brésil

D’anciens diplomates sont effarés par le ministre des Affaires étrangères de Bolsonaro

Ils déplorent l’isolement du pays

Le Ministère des Affaires étrangères brésilien (Itamaraty), fort de deux siècles d’expérience a longtemps été réputé pour le savoir-faire de ses diplomates et leur fiabilité, aussi bien sur tout le continent américain que dans le monde entier.

Mais ça, c’était avant. Avant l’élection du néo-fasciste Bolsonaro.

D’anciens ambassadeurs et des diplomates chevronnés sont atterrés. Dévastés. « On a réussi à froisser la Chine et à se fâcher avec les puissances du Proche-Orient », déplorent-ils. En effet le rapprochement avec Trump et Netanyahou a été dévastateur. Jusqu’alors le Brésil affichait une neutralité bienveillante, assez proche de la France.

« Je suis dégoûté », a déclaré Rubens Ricupero, ancien ambassadeur du Brésil aux États-Unis. Plus grave, le Brésil a abandonné son leadership en matière de lutte contre le changement climatique (déjà bien entamé il est vrai avec le gouvernement Temer).

En conflit avec personne, le Brésil avait la réputation d’être un État modéré, prudent sur la scène internationale et toujours prêt à donner un « coup de main » notamment avec son armée de Casques bleus (en Haïti par exemple). L’Itamary a souvent servi de médiateur en Amérique du Sud, ménageant les uns et les autres. Lula avait d’excellentes relations avec Cuba tout comme avec la Colombie ou le Venezuela ou le Chili. Au-delà, il parlait aussi bien aux dirigeants européens qu’aux Chinois ou aux Russes. Présent en Afrique, le Brésil, pays incontournable au sein des BRIC, faisait figure de celui sur lequel on pouvait compter pour désamorcer un conflit ou rapprocher des ennemis de toujours.

Tout a changé. Clivant, Jair Bolsonaro a réussi le tour de force, en six mois, d’isoler le Brésil sur la scène internationale. Persona non grata à New York et à Paris, accueilli du bout des lèvres en Argentine et au Chili, les grands voisins, il a surpris son monde dans le plus mauvais sens du terme. Et ce dès le tout début, lors de sa pitoyable prestation à Davos, le 21 janvier dernier. C’était son premier déplacement à l’étranger en tant que président de la République brésilienne. Invité à prononcer le discours d’ouverture de la 49 e édition du Forum économique mondial à Davos, il s’est tout simplement ridiculisé. « Son minuscule discours ressemblait à une compilation de tweets mal écrits » a rapporté un éditorialiste du groupe de médias Globo.

Des dirigeants d’entreprises internationales sont médusés à la sortie de la conférence. Un milliardaire a même déclaré : « ce type c’est n’importe quoi, en plus il est dangereux ».

D’ailleurs, depuis le début de l’année, on ne compte plus les investisseurs et les multinationales qui fuient le pays sur la pointe des pieds : Ford-Truck, Nikon, Walmart, Eli Lilly (pharmacie), Häagen-Dazs… Bref, le montant des investissements directs étrangers a décliné de 12 %. Treize millions d’emplois ont été détruits en six mois !

Le régime nazi : un gouvernement de… gauche !

Pour en revenir au Ministère des Affaires étrangères et ses diplomates sidérés, le Brésil est comme ankylosé. Endormi. Carbonisé. Il n’est plus du tout le centre diplomatique de l’Amérique latine.

« Notre politique étrangère actuelle ramène [notre pays] à une période de l’Histoire au cours de laquelle le Brésil n’existait même pas : le Moyen Âge », se plaint Roberto Abdenur, ancien ambassadeur en Chine, en Allemagne et aux États-Unis.

Quant à l’actuel ministre des Affaires étrangères (Ministro das Relações Exteriores do Brasil), il est bien le rejeton d’un procureur général de la République ayant refusé l’extradition du nazi Gustav Wagner, accusé d’avoir permis l’extermination de 250 000 juifs, puisque lui-même a qualifié le régime nazi d’avoir été un gouvernement de… gauche ! Il a également écrit en conclusion d’un article à la gloire de Trump : « Dieu seul peut encore sauver l’Occident, un Dieu qui agit au travers de la nation – y compris et peut-être surtout de la nation américaine ». Lequel Donald a une « vision du monde [qui] dépasse de mille lieues, en profondeur et en extension, les visions des élites hyper-intellectualisées qui le méprisent ». Trump sauvera l’occident, affirme-t-il sans rire !

À propos de cette nouvelle politique internationale du Brésil, « Je dirais que c’est le changement le plus spectaculaire de la politique étrangère brésilienne en un siècle », a expliqué Oliver Stuenkel, spécialiste des relations internationales de la Fondation Getúlio Vargas de São Paulo.

Dans des entretiens avec The Guardian, des diplomates brésiliens ont décrit leur désarroi, leur malaise et leur indignation de voir un ministère aussi prestigieux, et la place de leur pays dans le monde, ainsi blessés et ridiculisés.